Par Bénédicte Bousquet

Coup de fil de l’IA cet après-midi sur le portable perso de notre EVS (secrétaire de direction en école primaire) , pour lui dire “demain restez chez vous, contrat terminé, merci”
Non mais OOOOOOOH ??????? Elle vient d’avoir 60 ans y a 10 jours, l’IA lui avait fait signer son contrat prolongé début juillet et hop, terminé, tu dégages! Alors que normalement, vu son âge elle avait l’assurance d’être prolongée jusqu’à l’âge de la retraite……..mais Emmanuel en a décidé autrement…….Je n’ai jamais vu un truc aussi violent! On te dit “demain t’es au chômage”……mais ça va pas bien non?
Si un patron faisait ça à un employé, il finirait aux prud’hommes direct! Là ça ne choque personne????? On les vire tous sans préavis ?????
Je suis sincèrement écoeurée……..et surtout impuissante……

 

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Par Olive Koenig

On parle beaucoup de la violence en collège ou lycée, beaucoup d’études, de statistiques ont été réalisées sur le sujet, mais relativement peu comparativement, à la violence en maternelle et en primaire.

Qu’est-ce-que la violence ?

L’OMS en donne une définition :

« L’usage intentionnel de la force physique, du pouvoir sous forme de menace ou d’action contre soi-même, autrui ou un groupe ou une communauté dont la conséquence réelle ou probable est une blessure, la mort, un traumatisme psychologique, un mauvais développement ou encore la précarité. »
Cette définition s’en tient essentiellement à ce qui est réprimandé par le Code Pénal. Or, nous savons très bien, pour le vivre au quotidien, qu’il existe entre élèves d’autres formes de violences, que certains auteurs appellent « microviolence », et qui, par leur aspect répétitif, peuvent causer des dégâts psychologiques importants.

Ressenti

J’ai quelques années d’expérience en école primaire, essentiellement du cycle 3. Vendredi matin 25 novembre, je me suis rendu en maternelle, dans l’école où je suis affecté pour mon stage en responsabilité de 15 jours. Je n’y ai donc passé qu’une demi-journée, et ai surveillé une récréation de 30 minutes. Durant cette récréation, j’ai dû intervenir trois fois pour des actes violents (coups de pied, coup de poing) entre enfants de Moyenne et de Grande section. Mes classes de cycle 3 m’ont habitué à régler les conflits des plus grands, mais je dois avouer avoir été perturbé de constater le même type de violence chez les tout-petits. Mon ressenti est que, chez certains enfants, la place d’une phase de dialogue est totalement absente. On part directement vers la violence, et parfois totalement sans raison.

Pourquoi ?

Il serait prétentieux de ma part de répondre à cette question, mais j’ai quelques éléments d’analyse que je souhaite approfondir au cours de ma pratique professionnelle.
Une banalisation de certains actes violents ?
J’ai moi-même 2 enfants, un de 15 ans et une de 10 ans. Lorsqu’il m’arrive d’aller chercher ma dernière à l’école, je vois certains enfants « jouer » à se donner des coups de pied, sous les yeux de leurs parents, qui, non seulement ne réagissent pas, mais que ces actes font sourire, voire rire, voire encore, qu’ils vont attiser par des « Vas-y, te laisse pas faire… ».

Evolution de l’accès à la violence au cours des générations ?

On peut s’interroger sur l’évolution des phénomènes de violence au cours du temps. Je nuis pas d’une génération “récente”, et si j’en appelle à mes souvenirs, il y avait déjà de la violence en école primaire lorsque j’y étais élève. Mais était-ce la même ? Je mets de côté les quelques « caïd » qui ont toujours existé dans les établissements scolaires, et ce de tout temps.
Aussi loin que je me souvienne, avec mes camarades, nous jouions au « gendarme et au voleur », aux « cowboys et aux indiens », etc. Nous faisions semblant de nous tirer dessus avec des armes à feu, parfois en mime, parfois en les fabricant avec des tiges de feuilles de platanes. Dans notre jeu, certains étaient blessés, d’autres mourraient. Tout cela sous l’œil amusé voire bienveillant des adultes, professeurs ou surveillant. Personne n’y trouvait rien à redire. Oui mais voilà, nous faisions « semblant », c’était « pour de faux », et pour cause, rien dans la réalité de notre vie ne nous confrontait à une violence réelle. Nos jeux étaient librement inspirés de quelques films policiers ou de quelques « western » vus à la télé. Le peu de média disponibles à l’époque (Journaux, télévision ou radio), d’une part ne nous étaient pas forcément autorisés par nos parents, d’autre part ne relataient pas forcément la violence du monde, pourtant bien réelle à l’époque (Guerre d’Algérie, guerre du Vietnam, Mai 68 etc.). A tout le moins, les quelques images qui apparaissaient étaient étroitement contrôlées par le pouvoir en place et dirigées en sa faveur.
Les années 1980 ont vu un tournant s’opérer sur la libéralisation des médias, radios libres, liberté de la presse, multiplication des chaînes TV, et bien entendu, internet. Dès lors, les informations, opinions, images ont fusé de toute part, pratiquement hors tout contrôle. Epoque formidable s’il en est, oui, mais, sauf que personne n’était préparé à cela, à ce déversement d’images, de sons, d’émissions, souvent très drôles, mais également qui nous projette dans la réalité de la violence immédiate du monde, dans la violence réelle, et en temps réel.
Dès lors, la violence quotidienne imprime les esprits, et, il convient de comprendre que les parents des enfants dont nous sommes en charge aujourd’hui, ainsi que la majorité des enseignants, sont eux-mêmes nés dans les années 1980 – 1990, donc eux-mêmes baignés dans la profusion des médias et des violences qu’ils diffusent (sans compter l’absence presque totale de contrôle des informations, aboutissant parfois à tout et n’importe quoi, annonce du décès de personnes bien vivantes, théories du complot, etc.).
Entendons-nous bien, je ne suis pas en train de dire « c’était mieux avant », je pense simplement que nous ne sommes pas préparés, et suffisamment affûtés pour faire face et prendre le recul suffisant, en tant que parents ou professeurs (manque de formation ?).
Dès lors, nous aboutissons à la contradiction suivante : une présence de la violence au quotidien hors cadre scolaire, et son refus bien compréhensible dans l’enceinte des établissements. Autrement dit, les enfants ne savent plus « sur quel pied danser », j’en veux pour preuve cette réflexion étonnante qui m’a été servie lorsqu’un Grande Section explique, après avoir frappé un camarade : « Oui, je l’ai tapé…mais je lui ai dit – pardon – ! ». En fait, j’ai fait ce que je sais faire, ce que je vois tous les jours en dehors de l’école, frapper, mais j’ai respecté les règles que vous m’imposez dans l’école, à savoir présenter des excuses…Donc, tout roule…

La relation Parents – Enfants – Professeurs

Certains professeurs des écoles se refusent également d’intervenir en cour de récréation, expliquant qu’il « faut les laisser se débrouiller », que « si tu commences comme ça, tu y va y passer toutes tes récrés, sans compter les parents… ».
La violence verbale est très présente, à travers l’utilisation d’un vocabulaire ordurier. Pour ce que j’en sais, celui-ci n’est pas appris par l’enfant auprès du corps enseignant. Il convient donc de s’interroger sur l’origine de ce vocabulaire dans la bouche de jeunes enfants (dès le CP, voire avant, d’après ma propre expérience). Dans une récente émission sur BFMTV, intitulée « De plus en plus de profs démissionnent : L’Education Nationale m’a dégoûté du métier », un jeune Professeur des écoles explique : « Un enfant, vous lui demandez d’aller se ranger, dans votre dos il va vous insulter. Des insultes qui peuvent être gravissimes. Les parents, vous savez que quand vous les allez les prévenir, ils vont vous traiter de menteur ».
Or, dans la Loi du juillet 2013 de programmation et d’orientation pour la refondation de l’Ecole de la République, l’article 1 des principes généraux du Programme d’enseignement moral et civique stipule :
« L’éducation morale n’est pas du seul fait ni de la seule responsabilité de l’école ; elle commence dans la famille ». Trois remarques :
1 – Il s’agit tout de même d’une Loi, gravée dans le marbre
2 – Il s’agit de l’article premier de cette Loi
3 – Puis, ensuite, dans tout le contenu, plus rien sur le rôle des parents…
Bien entendu, il ne s’agit pas d’un document à l’attention des parents. Dans ce cas, on peut s’interroger sur la présence de cet article 1, qui me semble un peu saugrenue.
Bref, un environnement violent chez l’adulte qui favoriserait la banalisation de la violence ?
L’article de Cécile Carra, Alix Garnier, Christophe Col, Béatrice Carnel et Michel Mas « Les violences à l’école primaire vues par les élèves : une face peu connue du phénomène », explique que :« L’expérience scolaire de l’enfant se confronte aux jugements normatifs de l’adulte, qui imposent à la conscience de l’enfant, dans ce décalage de perception, l’idée d’une réalité de la violence. »
Le rôle des adultes, de l’environnement social, familial, est donc facteur déclenchant des réactions de violence.
Georges Fotinos, ancien Inspecteur Général de l’Education Nationale, membre de l’Observatoire international de la violence à l’école, a codirigé une étude sur la violence scolaire, en particulier sur le phénomène de harcèlement.
Voici l’une de ses réflexions : « La violence à l’égard des professeurs et directeurs d’école augmente aussi. Les élèves sont de moins en moins respectueux. Tous comme les parents. Ces derniers considèrent l’école comme un service public qui doit servir leurs besoins. Ce sont des consommateurs. Leurs attentes vis-à-vis de l’école sont très fortes. Ce qui explique certains dérapages… ».
L’article de Michel Segal, « Traiter la violence scolaire », publié dans la revue Skhole.fr, vient appuyer les propos de Georges Fotinos, en mettant l’accent sur le cercle vicieux qui détériore le climat dans les établissements scolaires : « Outre le signe d’un climat social très dégradé, ces violences – celles commises sur les professeurs- révèlent un monde où les adultes sont incapables de faire régner l’ordre chez les enfants, un monde où les adultes n’ont plus de fonction représentative de l’autorité et du droit…Les familles pensent alors que leur enfant n’y apprend pas grand-chose et qu’il n’est pas en sécurité, et cela ne fait qu’ajouter à leur méfiance et à une mauvaise perception de l’institution, ce qui à son tour détériore la situation. ».

En conclusion : 

Une des explications de la violence à l’école, réside dans la frontière, voire la cassure entre les règles de vie hors institution scolaire et celles qui nous sont demandées d’appliquer en tant que professeur des écoles. Les premiers à en souffrir sont les enfants, qui passent d’un monde à l’autre, plusieurs fois par jour, et qui ne peuvent pas s’adapter à autant de changements rapides. Il nous faut absolument renforcer le triangle gagnant Parents – Professeurs – Enfants, afin de transformer le cercle vicieux décrit par Michel Segal, en cercle vertueux.

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par Elise F.

“Bonsoir à tous, auriez vous des idées pour une classe de Ce2/cm1 dans laquelle les élèves sont très instables émotionnellement, passent constamment de “on s adore” à “on s insulte violemment”. On se vole les affaires, ou bien on les prend pour les jeter dans le buisson d à coté, incapacité à s écouter….. La seule chose qu on ait réussi à stopper à peu près c est la violence physique. Je précise qu on est dans un quartier où l ambiance entre les familles est devenue invivable….. le trafic de drogue s installe…”

N’hésitez pas à répondre en commentaire, nous transmettrons à l’intéressée. Merci pour elle.

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Par anonyme

“À mon tour de raconter: je prends ma classe pour aller en cours (les 5emes chez nous attendent dans la cour) et en montant je me baisse pour rattraper quelque chose.

Je reçois un violent coup à la tête . Je me relève un peu sonnée, l’élève coupable est rouge écarlate et clame qu’il s’est trompé qu’il a réagi instinctivement car quelqu’un a touché son sac, il a donc balancé sa jambe derrière.
À moitié sonnée, je prends son carnet (il me le donne avec peine) et je monte faire mon cours.
Je suis vraiment sonnée, à tel point que je fais appel à  garder  à un surveillant pour garder mes élèves et je me traîne à l’infirmerie en vomissant au passage.

J’apprends 2h plus tard que je suis convoqué demain dans le bureau du principal. La raison est que j’aurai traumatisé le gosse en demandant son carnet, qu’il aurait appelé ses parents en pleurs. Et bla-bla-bla……

Vous en pensez quoi ?”

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Il est question de plus en plus souvent question d’agression ou d’insultes faites à un enseignant ou d’un membre de la communauté éducative par un élève ou un membre de sa famille. Un enseignant sur deux a une assurance personnelle pour ce type d’incident

Et si cela nous arrive : Comment réagir ? Comment sommes-nous protégés ?

Les textes

Le Code pénal – Article 433-5

“Constituent un outrage puni de 7 500 euros d’amende les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l’envoi d’objets quelconques adressés à une personne chargée d’une mission de service public, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de sa mission, et de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect dû à la fonction dont elle est investie.
Lorsqu’il est adressé à une personne chargée d’une mission de service public et que les faits ont été commis à l’intérieur d’un établissement scolaire ou éducatif, ou, à l’occasion des entrées ou sorties des élèves, aux abords d’un tel établissement, l’outrage est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende.”

 La loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires :

“La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l’occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté” .

Les démarches 

1. Porter plainte (et non pas déposer une main courante) auprès d’un officier de police judiciaire de la compétence du lieu de travail, pour “outrage à personne en charge d’une mission de service public dans une école”.

2. Informer le plus rapidement possible, par écrit, son IEN ou le chef d’établissement

3. Demander la protection statutaire.

3. Faire établir un certificat médical initial en cas d’agression physique.

4. Remplir la déclaration d’accident de service.

5. Envoyer la demande de protection statutaire, la plainte, le certificat médical initial et la déclaration d’accident de service (2 exemplaires) au recteur, par voie hiérarchique.

Et que se passe-il ensuite ?

  •  Le recteur saisit par écrit le procureur de la République en lui demandant d’engager une procédure judiciaire contre l’auteur de l’agression ou contre X. Il propose à l’agent une liste d’avocats ayant conclu un partenariat avec le rectorat, notamment pour le montant des honoraires et les modalités de la défense. De plus, il informe par écrit la victime concernée de la procédure à suivre.
  • L’inspecteur de circonscription ou le chef d’établissement doit prendre les mesures nécessaires à la mise en sécurité du fonctionnaire. Il prend contact avec la famille s’il s’agit d’un élève et  prend des mesures disciplinaires à l’encontre de l’élève coupable (excuses du coupable, convocation de la famille, mise en œuvre d’un contrat moral avec l’élève, procédure disciplinaire à son encontre…). S’il s’agit d’un adulte (parents d’un élève, autres majeurs), il doit se donner les moyens de le convoquer pour l’informer des conséquences de son acte.
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