Étiquette : travail

 

30 ans, 8 mois, 13 jours au service de sa majesté “Education Nationale”.

Et…

(Si, si, je suis bien en vacances. C’est à dire que je travaille (oui, M et Mme Toulemonde, élus, commerçants, retraités (y’en a un qui m’a énervée en interpellant son petit fils qui n’allait pas assez vite à son goût: “T’es fonctionnaire ou quoi?”) les instits travaillent pendant les vacances) au calme, sans les élèves, avec de la musique…)

Et je suis irritée à mon boulot.

Ça me démange, ça me serre, ça m’étouffe, ça me rend malade.

Encore.

30 ans, 8 mois et 13 jours (c’est mon dossier I-prof qui le dit) et voilà une nouvelle vague de réforme, rénovation, refondation,… Ça recommence, encore, et encore, d’accord, d’accord (en fait, non, pas d’accord et c’est le propos). A chaque ministre, à chaque lubie (au max tous les 3 ans) une nouvelle rafale dans les pattes.

Par presse interposée (nous pourrons attendre longtemps, je pense, les livres orange que doit nous adresser le ministre. Nous recevrons plutôt, peut être, des injonctions à aller lire en ligne, sur l’ergonomique et le sublime site de l’éducation nationale (qui plantera sous l’affut de professionnels passionnés) la “bonne” parole de Jean-Michel Blanquer).

Nous sommes mauvais.

Ouaip! Mauvais. Nous n’arrivons pas à enseigner correctement la lecture, l’écriture et les maths aux petits français dont nous avons la charge.

Nous n’arrivons pas à effacer la fracture sociale.

C’est de notre faute.

Nous sommes mauvais.

Nous employons de mauvaises méthodes.

Le ministre a la recette lui: calcul mental, tous les jours, dictée, tous les jours, méthode syllabique, pour tous.

Et à venir une liste des “bons manuels” (bons pour les finances des éditeurs?).

Nous ne sommes pas… Bons.

Nous nous plions au calendrier du tourisme, aux rythmes qui conviennent aux uns, ou aux autres (mais pas aux élèves) et si l’on parle de fatigue on nous regarde de travers. Nous avons les vacances quand même! Y’en a même pour exiger que l’on travaille 35 heures (j’adorerai ne travailler que 35 heures).

Nous accueillons tous les élèves. Tous, et c’est juste, et c’est bien, et c’est dans la loi.

Tous, sans formation.

Sans formation au handicap.

Sans formation à la gestion de crise.

Sans soutien de spécialistes.

Sans temps supplémentaire.

Sans allègement des effectifs (je n’ai pas besoin de vous expliquer que certains “prennent plus de place” que d’autres, n’est ce pas?).

Et c’est une souffrance.

L’inclusion dans ces conditions.

Pour l’enfant qui ne reçoit pas ce dont il a besoin pour se développer, pour les parents à qui l’on a fait miroiter la “normalité”, pour l’enseignant qui lutte pour se maintenir à flot (et je ne parle pas des camarades de classe).

Nous n’utilisons pas les “bonnes” méthodes, qui fonctionnaient si bien “avant”.

Ah?

Avant quel était le pourcentage de gosses qui avaient le BAC?

Et puis, et puis…

Avant combien d’heures passaient-ils, les élèves, devant la TV (avec la TV comme berceuse, pour s’endormir, dans la chambre), devant des écrans, devant des contenus violents…?

Combien étaient nourris au gras, au sucré, aux additifs provoquant l’hyperactivité (et je ne parle pas de la violence, de la pauvreté dans les familles)?

Nous recevons pour tout soutien des injonctions à la bienveillance (c’est bien connu, les instits sont malveillants de nature, tout le monde se souvient avoir été martyrisé à l’école. Et quand les gosses vont mal c’est toujours la faute de l’école).

Nous n’utilisons pas les bonnes méthodes.

A moins que ce soit une question de temps, de priorités?

Un attentat? L’école de la république a failli.

La drogue? Les grossesses précoces? Les violences urbaines? Les incivilités? Le racisme? L’école n’a pas assuré la prévention.

Trop occupée qu’elle était à valider (attention, à partir d’ici je vais utiliser des acronymes dont même moi je n’arrive pas à retenir le sens. Le début de la sénilité, sans doute.) l’APER, l’APS, l’ASSN, le (à moins que ce soit la?) PSC1, le niveau A1 en langue vivante…

Tout cela sans formation premier secours pour l’enseignant, qui peut très bien ne pas avoir son permis, ne pas savoir nager (dans mon cas je sais nager la brasse sur 15/20 mètres mais personne ne m’a jamais rien demandé), ne pas savoir aligner deux mots en anglais (ou en allemand, ou en swahili..).

Le maître mot: formation continue…

Rires!!! Jaunes les rires.

Notre temps de formation continue est gaspillé en réunions pédagogiques essentiellement basées sur les échanges de pratique.

Jamais, jamais de recul possible. De respiration.

Et l’on se doit d’utiliser les beaux, si beaux outils que nous offre le numérique.

LSU, ENT et j’en passe…

On doit.

On doit se former seul. Utiliser des outils au rabais, sans raccourcis clavier, qui plantent.

C’est censé nous simplifier la tâche…

Le TBI qui se désynchronise, l’ordi portable (perso, la plupart du temps) qui flanche.

Oui, nous ne sommes pas bons.

Et cela ne va sans doute pas s’améliorer.

Il n’y a pas foule pour embrasser la “carrière” (la voie sans issue) de prof.

Et ce n’est pas notre médecine du travail (de prévention) qui peut nous aider (quand je clique sur la rubrique santé au travail sur la page de mon académie je tombe sur un message d’erreur 404).

La presse relaye la voix du ministre: “La liberté pédagogique n’a jamais été l’anarchisme”.

Parce que, c’est sur, c’est de cette liberté que découle tous les maux de notre école (de notre société?).

Mouaip!

30 ans, 8 mois, 13 jours et…

Heureusement je suis en vacances (au travail mais en vacances, et tout cela ne m’a pas avancée dans mes corrections, “mon” LSU, mes programmations, la rédaction des projets pédagogiques, l’organisation de la classe de découverte (“une connerie” décrète un papa, qui sait, lui, ce qu’il faut faire à l’école. Il y a été à l’école, alors..)).

Je suis en vacances.

Par Anne Allet

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Voici un témoignage poignant sur lequel je suis tombée …

 

“Monsieur le proviseur adjoint,

Puisque les élèves n’ont pas eu de prof devant eux depuis deux mois, la seule appréciation équitable et honnête me semble quelque chose du genre : « moyenne non représentative du niveau de l’élève, difficilement évaluable en raison d’une longue absence du professeur » (multipliée par 36). Je vous fais confiance pour trouver la bonne formule à destination des parents. Il m’est difficile d’évaluer individuellement les élèves après une absence de deux mois, mais n’hésitez pas à le faire si vous l’estimez nécessaire. M’est avis que tous les gamins méritent d’être encouragés.

Par ailleurs et surtout, réalisez-vous l’incroyable sécheresse de vos voeux de prompt rétablissement ? J’ai passé la nuit à réfléchir à votre prose et j’en suis venu à formuler quelques questions purement rhétoriques. Lors des réunions de cadres au rectorat, vous arrive-t-il d’évoquer les « risques psychosociaux » liés aux politiques d’affectation des TZR et des contractuels ? Et plus généralement de réfléchir aux conditions de travail que vous participez à mettre en œuvre ? J’ai constaté que les chefs d’établissement souffrent aussi parfois de la brutalité administrative qui est leur « coeur de métier » et qui ne doit pas manquer d’être en décalage avec leur vocation et leurs aspirations… Mais depuis six ans que je suis TZR, les personnels de direction qui me supervisent ne cessent de me montrer que je ne suis pour eux qu’un volume horaire interchangeable, un bloc de moyens provisoires, bmp pour les intimes, et aucun d’entre eux ne semble entrevoir les effets produits par la pensée néomanagériale dont l’Etat les abreuve apparement. Plus simplement, aucun d’entre eux ne semble non plus se préoccuper des effets produits par cette distance physique et symbolique qu’ils maintiennent entre eux et nous à coups de costumes, de vouvoiement et de postures d’autorité. Sommes nous collègues, ou pas ? Sommes-nous des êtres humains, ou pas ? Pas un coup de fil en deux mois pour savoir comment j’allais. Ça vous indiffère ? ou bien vous préférerez ne pas savoir ?

Dans une autre vie les cadres ne parleront plus sèchement à leurs collègues, il y aura de l’attention, de la chaleur, ils cesseront de gérer des flux et des masses numérotés. Je vous recommande à ce propos le film La question humaine de Nicolas Klotz, sorti en 2007. Le sort du personnage incarné par Michael Lonsdale n’est pas très enviable. Vous êtes jeune, il n’est pas trop tard pour vous éviter ça.

Jusqu’aujourd’hui, j’étais assez bien parvenu à résister à la condition qui m’était faite, j’avais accepté ma place et je m’étais résolu à ne rien attendre de la part de « l’administration » qu’un salaire. Ni reconnaissance, ni protection. On m’a envoyé un peu partout pour boucher les trous, en me prévenant toujours au dernier moment et sans me demander mon avis (c’est pourtant prévu par les textes lorsqu’on est affecté hors de sa zone). C’était le contrat, en quelque sorte (!) et même si c’était déjà assez difficile je ne l’ai pas vécu trop mal. Avec les élèves je me sentais bien, avec certains collègues aussi. Mon existence administrative me pesait un peu, mais sans plus.

Mais cette année, je me permets un petit craquage… Je n’ai pas réussi à tenir les trois jours à Carmaux/deux jours à Castres, deux affectations à deux heures de chez moi. Deux jours avant la rentrée de septembre (quand j’ai appris mes affectations), je vous avais fait part de mon appréhension, j’avais peur que vous ne parveniez pas à vous coordonner avec l’autre lycée pour m’éviter des trajets trop nombreux. « Vous n’avez qu’à acheter une voiture », m’aviez-vous rétorqué. « Et puis vous avez trois heures supplémentaires » avez-vous ajouté d’un ton impératif, comme si je ne pouvais pas en refuser, légalement, deux sur trois, et comme si les besoins du service vous dispensaient de vous inquiéter de mes conditions de travail, lesquelles ne peuvent pas manquer pourtant d’influencer l’exercice de mon métier et la réussite des élèves… Il avait fallu que je me dresse un peu contre vous, ce jour-là. Bref. Ai-je un problème avec l’autorité ? Pour la voiture, j’aurais peut-être dû vous écouter. Mais on m’aurait retrouvé au petit matin sur une départementale, contre un platane, avec la fatigue (j’ai beaucoup d’imagination). Et puis je préfère le train, on peut lire, travailler, somnoler, regarder les gens. Et puis je suis trop dépensier pour suspendre tout mon budget à mon travail (déjà qu’on finance les trois quarts de nos livres et de nos fournitures…), je préfère acheter des cafés, des cigarettes et des billets de train qu’une sale voiture. Preuve de bonne santé mentale. Je ne suis pas du genre à fuir à pleurnicher à la moindre difficulté, ni à refuser toute contrainte, ce que vous avez sous-entendu d’une manière assez grotesque et injuste. Bref. Trois jours à Carmaux, deux jours à Castres. Il a fallu que je réclame dans les deux lycées des chambres d’internat, que l’intendance m’a louées généreusement 10 ou 15 euros la nuit (loyer supplémentaire entre Carmaux et Castres : 35 euros par semaine, 150 euros par mois). C’était ça ou le train, deux heures porte à porte entre mon domicile et les deux lycées, quatre heures par jour de transport à pieds en train et en bus. Pas tenable, et seulement à moitié remboursé, donc j’ai choisi la chambre, mais les trois nuits par semaines seul dans un mobilier de salle de classe se sont avérées un peu glauques. La solitude et les trajets c’est fatiguant et difficilement supportable à long terme.

Résultat : angoisse larvée, tension nerveuse permanente, creux au ventre, lumbagos, insomnies, troubles digestifs, nausées avant de partir au travail, et repli dépressif, libido fléchissante et ramollissante (si vous voyez ce que je veux dire), entre autres joyeusetés psychosomatiques. Le week end, quand je pouvais enfin être chez moi et auprès des miens, je n’avais aucune envie des voir, j’avais juste envie de m’anesthésier. Plus aucune libido amicale, amoureuse, sexuelle. Aucune libido sciendi non plus, ça la fout mal quand on est censé transmettre un minimum de curiosité intellectuelle à ses élèves… Pour résumer : angoisse qui creuse le ventre et démotivation générale et dépressive. Donc en janvier je me suis fait arrêté une semaine, puis deux, puis cinq, et deux mois après, je ne peux toujours pas reprendre : même la perspective d’arrêts successifs jusqu’aux vacances d’été n’a pas effacé cette tension nerveuse qui s’est installée en moi depuis la Toussaint. J’ai abandonné mes élèves. J’ai compris à quel point c’était mortifère et que ça allait prendre du temps pour me retaper. Et j’ai compris qu’il est au plus haut point légitime de chercher à s’émanciper de ce qui nous détruit et nous dévitalise. J’ai écrit à la DPE pour qu’ils suppriment une de mes deux affectations, aucune réponse. Au téléphone, aucune réponse. De votre part, rien non plus, mais il est vrai que je n’ai pas osé vous appeler. Les responsabilités de ce massacre administratif sont tellement diluées qu’on ne sait pas à qui s’adresser.

Par bonheur mon médecin généraliste est d’une douceur infinie et m’a arrêté avant que je perde complètement pied. J’ai rendez-vous avec un psychiatre. Merci pour le cadeau !

Était-ce à la médecine de régler le problème ?

Je crois que la preuve de mon attachement à la continuité du service public n’est plus à faire. Six ans que je traverse en TER ma « zone de remplacement » et les « zones limitrophes », qui représentent un territoire de 12 000 km carrés (de quoi rendre verts de jalousie la plupart des tueurs en série américains !). Colomiers, Castres, Carmaux, Tarbes, Argelès-Gazost, Castelsarrasin, Valence d’Agen, Toulouse, presque toujours dans deux établissements à la fois. Allez-vous me suggérer de déménager chaque année pour suivre mes affectations ?

Je vais finir par me prendre en exemple dans le chapitre sur l’intégration sociale en terminale. Existence fantomatique, liens distendus avec les collègues, impossibilité de me nourrir en participant à des projets pédagogiques de long terme… Parfois en fin d’année on me demande encore qui je suis ! Je paye des chambres tristes qui étaient gratuites il y a encore quelques années pour les personnels qui viennent de loin. Au passage : je vous signale que mes heures supplémentaires n’ont toujours pas été payées (depuis septembre) et que j’ai avancé plus de 1400 euros de billets de train entre septembre et janvier. Je ne suis pas loin d’envoyer des lettres d’insultes au rectorat pour réclamer mon argent, comme Céline à Gallimard (point commun : on met nos tripes sur la table, chacun dans nos métiers respectifs ! ). À mon grand père ouvrier qui s’esquintait à enfourner du charbon la nuit pour que l’usine à briques continue de tourner, on ne payait pas non plus ses heures sup. C’est triste de constater à quel point on continue d’être méprisés, dans la famille, malgré l’ascension sociale ! Il était en colère, et moi aussi, mais lui n’était pas allé à l’école, ne savait pas lire ses feuilles de salaire, sa colère était impuissante et vaine. Moi je me dis que je pourrais peut être attaquer le Rectorat devant le tribunal administratif et exiger le remboursement des chambres, et aussi vous facturer les 100 ou 200 euros dépensés en décontractants musculaires non remboursés que je suis obligé d’avaler depuis six mois pour ne pas enchaîner lumbago sur lumbago. Je plaisante bien sûr.

Je suis désolé, ça ne se fait pas mais j’ai envoyé ce mail à tout les collègues et je décharge un peu de colère. D’ailleurs pourquoi pas aux élèves, à leurs parents, au ministre, à la presse ?! C’est un témoignage qui en vaut bien un autre… ! Il y a des tas de gens qui souffrent de leurs conditions de travail dans cet établissement, comme partout ailleurs dans ce paradis prolétarien qu’est devenue l’Education nationale, et personne ne dit jamais rien. Un jour on retrouvera quelqu’un pendu à l’un beaux arbres du lycée, le Rectorat dira qu’il avait des problèmes personnels, et cela vous touchera peut-être, vous n’aurez que vos yeux pour pleurer. C’est maintenant qu’il faut faire attention, Monsieur le proviseur. Le ton de ce mail mérite peut-être un blâme ? Peut-être que je serai viré comme un malpropre parce que j’ai l’air de m’adresser à vous personnellement de manière ordurière ? Moi je suis convaincu que personne ne mérite la moindre déférence ! Les cadres encore moins lorsqu’ils prennent à cœur leur fonction de valets du gouvernement et du capital. Je ne dis pas que vous le faites. Mais vous outrepassez parfois votre autorité. Acheter une voiture, franchement ? Avec quel argent ? Pourquoi alors ne pas exiger le permis au concours ? En ce qui me concerne je ne vois aucun mal à dire que le roi est nu et je n’ai aucune intention de continuer à accepter n’importe quoi. Je m’attends à tout désormais de la part de l’administration. Je sais qu’il m’est interdit de refuser d’autres affectations délirantes, qu’on me menacera (« abandon de poste » disent-ils alors que c’est l’institution qui abandonne ceux qui sont en dernière ligne !). Faites. Tant pis.

Je n’attends aucune réponse de votre part. Au contraire j’ai besoin de couper véritablement et complètement les ponts avec vous et votre administration, dans les six mois qui viennent. J’ai juste envie de vous mettre pour une fois en face de ce que vous contribuez très modestement et très invisiblement à produire, vous parmi d’autres qui accomplissent consciencieusement leur tâche dans les bureaux introuvables de cette architecture kafkaïenne du pouvoir. Dans le Procès, lorsque l’institution judiciaire s’empare du corps de K, il est incapable de résister, une force assez mystérieuse et intérieure au contraire l’attire toujours plus profondément dans des couloirs sombres et des interactions absurdes et cruelles. À la fin, K se laisse égorger par deux policiers dans une carrière de pierre. Scène comique que je vous invite à relire ! Mais Kafka et Orson Welles sont des génies pessimistes, moi je m’évade.

Pour reprendre votre formule, je vous prie, dans la mesure du possible, de faire plus attention à l’avenir aux gens qui vous entourent. Ne prenez pas votre travail trop au sérieux, voyez comme on vous incite à nous traiter, c’est une imposture. Ce que l’institution fait aux élèves et aux personnels, vous finissez par ne plus le voir, parce que tout le monde préfère le taire… Il n’y a que la voix qui déraille parfois, quand un collègue en souffrance se confie à une oreille amicale dans un recoin du lycée. Le plus souvent il disparaît pour quelques semaines et baisse les yeux parce qu’il a honte et n’ose pas encore se révolter. Est-ce à la médecine de régler ce genre de problème ? Quand elle le fait c’est à sa manière individualisante. Aucun conflit, aucune prise de conscience collective et aucune forme d’action solidaires n’émergent jamais d’un arrêt de travail. C’est le degré zéro de la politique. Et puis c’est toujours déjà trop tard on a perdu l’un des nôtres.

Bien cordialement,

Mathieu Rob

 

 

 

Le 8 mars 2018 à 17:31, XX a écrit :

Mme XXX,
M. Rob,

Je vous prie, dans la mesure du possible, de remplir les appréciations trimestrielles en vue des conseils de classe à venir et vous souhaite un prompt rétablissement.

Bien cordialement,

XXX
Proviseur Adjoint

Lycée Polyvalent XXXXX
XXXXXXXXX
XXXXX

 

 

 

PS

Merci infiniment pour votre soutien et vos témoignages. J’espère que les parents d’élèves comprendront un jour pourquoi leurs enfants se retrouvent parfois sans prof devant eux pour de longues périodes, et qu’alors ils sauront nous aider à obtenir des conditions de travail décentes, dans l’intérêt général.

SVP, ne m’envoyez plus de message en MP ni d’invitation en amitié virtuelle, j’ai besoin de m’extraire un peu de tout ce pataquès et de passer à autre chose… Et puis les travailleurs âbimés par l’organisation brutale du travail ont peut-être moins besoin de compassion que d’une bonne grosse grève générale illimitée qui parvienne à faire changer les règles. À vous de juger !

Faites l’usage que vous souhaitez de cette lettre, c’est pas moi qui vous censurerai, et vous n’avez pas besoin de me demander mon autorisation (!). Mais à titre personnel je m’arrête là pour ne pas risquer de compliquer mes rapports avec le rectorat.

PPS

À ceux qui ont « liké » ou « partagé » ma petite lettre ouverte au proviseur adjoint, et qui n’ont jamais foutu les pieds dans un SYNDICAT ni dans une MANIF :

Des témoignages « émouvants » comme le mien, vous en trouvez plein d’autres partout sur FB, en cherchant bien… En général ça buzze une petite semaine et puis ça disparaît dans le Flux des posts et des émoticônes. Vous cliquez, vous relayez et vous passez à autre chose, c’est la mécanique DÉPOLITISANTE des réseaux sociaux. On se laisse enfermer dans le temps court de l’actualité, on délègue à des algorithmes la tâche nous émouvoir et de nous indigner dans un tempo qui ne soutient pas l’ACTION COLLECTIVE…

De la même façon les tracts syndicaux jaunissent sur les tableaux en liège des salles des profs. Moins de 15 % de syndiqués parmi nous, et c’est mou, mou, mou, on ne parle pas assez POLITIQUE et on n’agit pas ! Pas grand monde en grève, pas grand monde dans la rue, jamais aucune AG… Par contre, beaucoup d’aigreur, de ronchonnements et de résignation. Super !

Alors désolé mais à mes yeux vos « j’aime » et vos « partages » sont complètement FAUX-CUL, du coup !!! On n’en finit pas de déplorer ceci ou cela sur Facebook ou sur Twitter et on se retrouve à 2000 dans les manifs… Je n’ai pas écrit ma lettre ouverte au proviseur pour me plaindre, mais parce qu’après une période de repli dépressif, il m’a paru opportun d’être un poil plus COMBATTIF. Gardez votre blabla compassionnel, il est à côté de la plaque voire un peu humiliant !

Il existe des tas de bonnes et de mauvaises raisons d’être FATIGUÉS de militer, et on n’y peut rien pour l’instant, c’est structurel, elles ne vont pas disparaître comme par enchantement demain. Ça ne se décrète pas… Mais c’est notre démobilisation aussi qui nous tue à petit feu, autant sinon plus que nos conditions de travail mortifères et aliénantes. Alors il est peut-être temps d’ALLUMER LES PERSPECTIVES DE LA FATIGUE ! (Comme disent Éluard et Breton dans leur beau poème Le jugement originel).

Bref, à tous ceux qui se contentent de cliquer : s’informer et partager l’information c’est bien, déplorer et s’indigner c’est parfait, mais en rester là c’est hypocrite et ça n’a aucune efficacité. Ce n’est pas en restant SEULS devant votre écran que vous contribuerez à changer les choses d’un iota. Et si vraiment vous êtes touchés et RÉVOLTÉS par la situation des travailleurs « précaires » (entre autres horreurs à combattre), il va falloir vous bouger le cul et changer de stratégie, les amis ! En commençant par essayer de dépasser un peu ce sentiment écrasant d’impuissance que beaucoup semblent partager ici. À essayer collectivement de conquérir un peu de prise sur les choses, au lieu de seulement les subir, on se sent plus VIVANTS, déjà !

Et la vie militante est belle !

Fin du prêchi-prêcha.”

 

lien de la publication ici

Photo: Rose Zehner par Willy Ronis

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Par Béa

Trouvez-vous normal que l’on ne parle des enseignants QUE sur la base des heures effectuées devant élèves ?? On ne dit pas 0h pour les personnes qui travaillent dans un bureau…. La loi impose l’horaire effectif…. pourquoi ne s’applique-t-elle pas aux enseignants ? Pourquoi cette Injustice? Pourquoi ce refus de reconnaissance? Cela n’est-il pas méprisant???…. La reconnaissance et la considération de notre métier commence peut-être par la prise en compte de TOUT notre travail effectué.

reconnaissance

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(Texte trouvé sur le site Mediapart et datant de 2014).
Un collègue au bord de la rupture à un an de son départ à la retraite. 
“Monsieur l’Inspecteur, vous me prévenez par courriel d’une inspection imminente. Je sais que vous êtes en droit de venir vérifier si j’exerce convenablement ma fonction et c’est bien là ce qui me gêne en l’étrange situation où je me trouve. Je ne puis accepter d’être jugé sur un travail que je ne fais pas comme il se devrait et je me vois contraint de vous refuser ma collaboration. Je complète mon mail sibyllin par une missive plus explicite sur les raisons de mon refus actuel.
Je ne fais pas classe ;je gère au jour le jour un groupe totalement déstructuré, perturbé par des années de dérives disciplinaires et fracassé par l’intrusion de la justice dans son environnement. Chaque jour naissent des conflits, des histoires, des crises qui submergent les esprits et éloignent ces jeunes des préoccupations scolaires.
Je n’enseigne pas : je joue un rôle d’éducateur qui cherche à calmer le jeu, qui donne à comprendre la loi et la règle, qui modère les propos, qui adoucit les querelles. Je régule, je pondère, je calme et je ne fais pas cours comme il est prévu que je devrais le faire . C’est ainsi, et j’avoue que ce programme m’épuise et m’use au-delà de ce qui est supportable.
Avec eux , j’ai depuis longtemps renoncé à coucher sur le papier une de ces préparations modèles que vous préconisez. Je viens avec quelques idées en tête, des supports en réserve et je juge de leur état. Parfois, il est possible de s’écouter et d’échanger dans le calme. Nous avançons sur des sujets qui sont plus des activités que des cours. Il faut survivre au jour le jour, et ce n’est pas, je le suppose , ce que vous venez constater …
D’autres fois, c’est l’effervescence, le désordre le plus total. Les élèves ne s’écoutent plus ; ils sont plongés dans leurs difficultés psychologiques et la classe est en ébullition. Je sais que vous êtes venu inspecter une collègue: durant une heure, ils vous ont montré un visage apaisé car ce ne sont pas des monstres ; ils savent se montrer dignes et respectueux quand les circonstances l’imposent de manière parfaitement artificielle.
Je ne souhaite pas me prêter à ce jeu : il ne correspond pas à la réalité du quotidien. À quoi sert de vous leurrer en vous donnant à juger une réalité qui n’est pas la nôtre ? J’ai passé l’âge, à un an de déposer mon tablier, de vous faire des grimaces. Sanctionnez-moi mais ne me jugez pas sur un mensonge.
Je ne vais pas inventer de jolis documents alors que mes chers élèves ne rangent rien, égarent les feuilles ou les détruisent au sortir de la séquence. Je ne vais pas vous parler de progressions quand il faudrait, hélas, évoquer plutôt le récit de quelques escalades périlleuses si ardues à gravir au quotidien.
Ce n’est pas le métier d’enseignant que j’exerce cette année mais tout autre chose, et je pense le faire de mon mieux en ayant même réussi quelques belles activités. Hélas, chaque jour, il faut remettre en cause ce qui a été obtenu la veille ; il faut maintenir un équilibre qui peut se rompre à tout moment. Je n’ai pas besoin que vous veniez me faire le reproche d’être bien loin des obligations de ma charge. C’est ainsi ; je me contente de travailler sur le groupe en demandant aux enfants de réfléchir à ce qu’ils sont, à ce qu’ils font et aux moyens d’envisager des lendemains plus sereins.
Monsieur l’Inspecteur, je ne suis pas en état de vous recevoir pour vous présenter un pauvre simulacre d’enseignement modèle. Vous allez juger ma démarche cavalière et irrévérencieuse, je vous l’accorde. Elle s’inscrit cependant dans un souci de clarté et d’honnêteté. Je vis une année comme jamais je n’en ai vécu et j’estime que le moment n’est absolument pas propice à vous rendre compte d’un travail que je ne parviens pas toujours à faire selon les canons de votre administration et de ma fonction.
Autant être clair et conséquent. J’estime avec ce groupe, avoir atteint mes limites et j’en ai pleinement tiré les conséquences. Je viens de demander ma mutation car il est hors de question de poursuivre avec eux une aventure qui me laisse sans ressources et sans motivation . Aller à leur rencontre est un effort qui demande trop d’énergie en regard des résultats obtenus. J’ai échoué et le reconnais bien volontiers.
Je vous serais reconnaissant de ne pas venir ajouter à la honte et au désespoir que je vis chaque jour, vos remarques inévitables : elles ne seraient que vinaigre sur une plaie. Je n’en ai nul besoin pour connaître la triste réalité du moment. Je vous prie donc de surseoir à cette inspection afin de ne pas me contraindre à la falsification et au faux-semblant. Vous pouvez tout aussi bien me sanctionner en me déplaçant immédiatement de cet endroit charmant ; ce ne serait certes pas très sympathique pour le collègue qui prendrait la place. Mais je m’en remets à votre décision et ne vous fermerai jamais la porte car elle demeure ouverte à tous.
Acceptez mes salutations
Administrativement vôtre.”

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Les AED (assistants d’éducation) font partie du personnel précaire de l’EN. Pourtant leur travail est indispensable dans un établissement scolaire, notamment au niveau des relations avec les élèves. Ils gèrent les élèves quand ces derniers sont hors du cadre de la classe.

pétition aed

Voici toutes leurs missions :
– encadrement et surveillance des élèves, y compris à l’internat et à la demi-pension ;
– appui aux personnels enseignants pour le soutien et l’accompagnement pédagogiques ;
– aide à l’accueil et à l’intégration individuelle et collective des élèves handicapés et accompagnement des étudiants handicapés ;
– aide à l’utilisation des nouvelles technologies, notamment l’informatique ;
– participation à toute activité éducative, sportive, sociale, artistique ou culturelle complémentaire aux enseignements ;
– participation à l’aide aux devoirs et aux leçons.

Ils travaillent sous l’autorité du conseiller principal d’éducation  (CPE) qui leur délègue une partie de ses missions notamment :
– la saisie des billets d’appels et des relevés d’absence et les appels téléphoniques relatifs à ces absences. ;
– les diverses reprographies ;
– l’actualisation de l’affichage ;
les appels téléphoniques relatifs aux absences.

Recrutés avec un niveau  minimum  BAC, les assistants d’éducation sont des personnels contractuels de l’Etat recrutés pour une durée maximale de 3 ans, renouvelable plusieurs fois dans la limite d’une durée totale de 6 ans. Le contrat comporte une période d’essai, d’un douzième de la durée du contrat, au cours de laquelle les 2 parties peuvent rompre le contrat sans motif, ni préavis, ni indemnité.

Ils peuvent être embauchés à temps partiel ou complet. Leur temps de travail est encadré par le décret n°2000-815 du 25 août 2000, qui fixe à 1607 heures annuelles  la charge d’un AED à  temps complet. Ils exercent leurs fonctions sur une période effective comprise entre 39 et 45 semaines par an. En internat, chaque nuitée est assimilée à 3 heures de travail.

Les assistants d’éducation sont rémunérés selon l’indice de rémunération 292 qui porte leur salaire autour de 1115€ nets au 13 janvier 2012 pour un service à temps complet.

Par cette pétition, ils demandent à être mieux reconnus et qu’il soit possible que leur contrat puisse devenir un CDI (comme dans l’enseignement privé).

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Alors que les professeurs de collège toutes disciplines confondues se disent débordés par la mise en place de la réforme du collège, le bruit court que les professeurs de lettres seraient les professeurs travaillant le plus…. Voici quelques arguments-ci dessous :

honneur prof français

A votre avis, il y a-t-il une discipline plus exigeante que d’autres ? Et si oui, pourquoi ? Votre réponse est attendue en commentaire…A vous de jouer !

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Par Geneviève B.

J’ai trouvé LA solution anti-procrastination… L’avion!!!! Enfermée sans aucune possibilité de m’évader, sans téléphone, télé ou autre distraction, j’ai fini de corriger toutes mes copies de vacances!!😊😊 Alors chers collègues, je cherche des associés pour…acheter un avion et faire ensemble des vols spéciaux “correction de copies” 🛫🛫🛫Qui est partant??!!!

avion

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