Il est devenu compliqué de mobiliser les troupes enseignantes afin de les pousser à la révolte, alors même que leur statut régresse d’année en année, en harmonie parfaite avec leur pouvoir d’achat et la considération populaire à leur égard.

J’ai l’impression que les personnels enseignants se sont accoutumés à une certaine forme de maltraitance. Souvent, les enfants maltraités n’ont aucune conscience de l’anormalité de leur situation, ils s’imaginent qu’elle est équivalente à …celle des autres enfants, et il est très compliqué de se mettre à distance de sa propre réalité afin de l’entrevoir avec une saine objectivité.

Car oui, je pense que l’analogie avec la maltraitance est pertinente. L’enseignant est sous-traité, sous-considéré, sous payé. Mais il finit par trouver sa situation parfaitement normale, puisque la société lui martelle inlassablement qu’il est un privilégié, que la sécurité de l’emploi l’écarte de tout aléa professionnel. (D’ailleurs, mais c’est un autre débat : peut-on encore VRAIMENT parler de sécurité de l’emploi quand on sait qu’un enseignant est envoyé à l’autre bout de la France, souvent dans les régions les plus coûteuses au niveau de l’immobilier, sans espoir d’un retour rapide parmi ses proches ? Qu’il subit une pression permanente des chefs d’établissement, des inspecteurs, des politiciens, des réformes, et de plus en plus, des élèves ?)

Un semblant de syndrome de Stockholm s’est pourtant développé chez l’enseignant qui, las et parfois honteux d’espérer une revalorisation, s’estime chanceux et reconnaissant à l’égard d’une institution qui le malmène. Parce qu’après tout, il n’est pas le plus à plaindre, il a les vacances, il n’est pas à la rue.De la même manière qu’un enfant maltraité aura une reconnaissance aveugle à l’égard de ses géniteurs, l’enseignant manifeste une réelle gratitude à l’égard d’un système qui a pourtant enfanté ses souffrances. Et bercé par la routine, par ces petites souffrances confortablement installées, il ne semble plus avoir le recul nécessaire pour réaliser qu’une telle dévalorisation de sa profession et souvent même de sa personne n’est pas une chose NORMALE.
M’est avis qu’avant de lutter pour convaincre les familles, les politiciens et la société entière des fondements de notre révolte, ce sont d’abord les enseignants eux-mêmes que nous devrons convaincre de la légitimité de leur cri ; eux qui n’ont même plus l’envie d’espérer un murmure.

par Yo

9

 

Écrasée comme une mouche.
577 députés nommés à l’assemblée nationale. Le texte qui crée les établissements publics des savoirs fondamentaux a été voté à 35 contre 7.
La Loi Blanquer (il avait juré ses grands dieux qu’il ne ferait pas de réforme. Et en fait c’est vrai. Il ne fait pas de réforme, il passe l’éducation nationale au broyeur pour la modeler à sa main (aux intérêts des entreprises) au détriment du bien être de l’enfant. Feu l’éducation nationale, vive l’éducation Blanquer !) a entériné cet amendement sur “l’école du socle”.
Il y a beaucoup à dire, et à redire, sur la loi Blanquer.
Mais dire ne servira à rien si l’on n’agit pas… Si l’on ne réagit pas.
Les établissements publics des savoirs fondamentaux qui ont été créés le sont sur le cadavre des écoles primaires actuelles.
Concrètement le but est de regrouper les écoles autour d’un collège.
D’annexer les écoles au collège.
Une école ne sera plus qu’une portion d’un grand établissement auquel elle sera attachée. Attachée.
Il n’y aura plus de directeur/directrice d’école.
Il y aura un chef d’établissement, au collège.
Les actuels directeurs/directrices d’écoles qui se battaient pour voir mieux reconnaître leur métier, mieux valoriser leur travail se verront, au mieux, attribuer le titre de directeur adjoint.
Adjoint-e.
Donc quand l’adjoint-e arrivera à l’école et qu’il/elle constatera que l’accès est verglacé et dangereux il/elle en référera à son chef d’établissement (qui appellera, ou fera appeler la mairie qui appellera les services techniques), si le chauffage a disjoncté dans la nuit il/elle en référera à son chef d’établissement (qui appellera, ou fera appeler la mairie qui appellera les services techniques).
Si à l’ouverture de la grille un parent est tracassé par ce qui est arrivé à son enfant lors de la récréation de la cantine hier, cherche le bonnet/la veste/la toupie/le crayon quatre couleur doré/etc de son enfant, se fait du soucis parce que sa situation familiale, professionnelle peut avoir des répercutions sur son enfant, n’est pas content parce que son enfant à trop/pas assez/mal écrit/pas compris les devoirs, qui va gérer? Qui va prendre cinq, dix minutes pour désamorcer la crise, pour rassurer le parent? L’adjoint-e?
Quand un enfant aura dépassé les bornes, la collègue excédée l’enverra illico dans le bureau de l’adjoint-e? Aura t-il/elle seulement encore un bureau? Cela aura t-il un quelconque poids?
Quand, il manquera 5 élèves à l’appel c’est la secrétaire du collège qui appellera les parents qui n’ont pas prévenu de l’absence?
Quand l’ambulancier, viendra chercher Lola, ou Joseph, ou Gaspard, qui aller au CMPP, chez la psychologue, au centre de soin, quand la mamie, la nounou, la voisine viendra chercher Bernard, ou Caroline, ou Samira qui a vomi, a de la fièvre, s’est ouvert l’arcade sourcilière, qui leur ouvrira la porte? Les aiguillera?
Quand un enfant témoignera de violences, aura des traces de coups, c’est le chef d’établissement qui prendra les choses en mains? Qui ira témoigner chez les gendarmes? Sans jamais avoir seulement croisé l’enfant et ses parents?
Quand un-e collège sera fatigué-e, usé-e, démoralisé-e c’est le chef d’établissement qui va offrir son épaule? C’est lui qui fera l’animation d’équipe? Qui en assurera la cohésion? De loin, de son bureau au collège?
Quel sera le respect accordé aux enseignants et à l’adjoint-e par les partenaires, mairie, association de parents, partenaires culturels et sportifs si l’autorité n’est plus représentée que par un-e adjoint-e?
Quand les collègues décideront d’un projet, élaboreront une organisation, prépareront une sortie, une fête, une porte ouverte, un décloisonnement c’est le chef d’établissement qui décidera? Jusque là c’était discuté, décidé en conseil des maîtres. De façon démocratique. En concertation. Le/la directeur/directrice n’est pas le supérieur hiérarchique de ses collègues. Le/la directeur/directrice n’était pas là pour juger, évaluer ses collègues. Un chef d’établissement le sera.
Il pourra gérer son stock d’enseignants.
Et comme l’établissement comprendra plusieurs écoles les effectifs seront calculés de façon globale. Tant d’élèves divisés par tant de profs, peut importe comment ils sont répartis, et hop, on rationalise, on supprime des postes.

577 députés nommés à l’assemblée nationale. Le texte qui crée les établissements publics des savoirs fondamentaux a été voté à 35 contre 7.
Merci aux 7.

Je suis écœurée. Je suis désolée. Blanquer a tué mon métier comme on écrase une mouche.

A gérer l’éducation nationale comme on gère une entreprise on déshumanise l’enseignement et l’on robotise nos élèves. L’école n’aura plus vocation à former des citoyens éclairés, mais de parfaits petits soldats, de la chair à usine, qui fonctionnent sans réfléchir et obéissent sans protester aux ordres venus de l’élite pour servir l’élite. Cette maltraitance programmée va t-elle, enfin, faire réagir l’opinion?

par Anne

27

 

Bonnes gens ayez confiance!

L’assemblée nationale est au chevet de l’éducation nationale.

Et des mesures fortes ont été votées.

Que les enseignants se garderont bien de critiquer puisque l’article premier de la loi sur l’école de la confiance leur impose de ne rien dire qui pourrait porter atteinte à la réputation du service public.

Nul doute que la réputation du service public d’enseignement soit sauvé par les drapeaux (et carte de France?) imposés dans toutes les classes. Nul doute que le sang impur collé sur les murs des classes rendra à l’éducation nationale son lustre d’antan.

Parce qu’il s’agit bien de cela, n’est pas?

Caresser le bon peuple dans le sens de la seule direction à prendre, celle qui rend l’école responsable de tous les maux de la société actuelle.

La mal bouffe, les grossesses précoces, l’homophobie, les poubelles non triées, les attentats, les casseurs , les dealeurs, les chômeurs, les glandeurs, les profiteurs (ceux qui vivent des aloc, bien sûr, pas ceux qui vivent des dividendes) l’école n’a pas fait son boulot.

C’était bien avant. On avait le sens des valeurs et celui de sa valeur.

Chacun à sa place. L’élite guidée vers les grandes écoles, le peuple vers les usines.

Les drapeaux qui vont désormais flotter vont donner aux enseignants l’assise et l’autorité nécessaire pour éviter que nos élèves ne se fourvoient sur les ronds points en chantant la marseillaise de façon dévoyée.

Les drapeaux vont sauver l’école.

Nul besoin pour les enseignants de mettre la réputation de l’institution en danger. Elle va sombrer toute seule. La pente est bien savonnée:

Point d’indice et salaire bloqué, au ras du plancher européen, dissimulés sous des heures supplémentaires imposées pour les profs (destruction de postes), inexistantes pour les professeurs des écoles.

Temps de travail toujours plus lourd, évaluations chronophage et nocives, l’éducation en statistiques. Effet d’annonces et mise au pas des professeurs: seule la méthode scientifique est la bonne et haro sur les “fantaisies” pédagogiques. Le ministre invente, quasi chaque jour, le fil à couper le beurre et le fait savoir à grand renfort de communication de presse.

Classes surchargées bien cachées derrière l’annonce en grande pompe de quelques CP et CE1 dédoublés.

Réforme du lycée pour bien canaliser chacun à sa place.

Parcoursup pour bien aiguiller vers les filières privées.

Bonnes gens ayez confiance!

L’assemblée nationale est au chevet de l’éducation nationale.

Et des mesures fortes ont été votées.

Certaines ne sont pas passées, comme c’est dommage! Bien sûr imposer un dress code plus rigoureux aux profs aurait été marquant! Ils sont si mal attifés…

Heureusement, maintenant ils ont des drapeaux!

 

Par Anne

5

 

Monsieur le ministre,

 

Je suis l’une de ces directrices qui font tourner la machine école avec mes collègues adjoint-e-s et j’ai écouté, ce dimanche matin, votre intervention sur RTL.

J’avais déjà regardé votre vidéo de vœux et j’étais restée sur ma faim. Sur ma faim de reconnaissance. J’attendais donc un mot de votre part sur l’amélioration de nos conditions de travail, j’ai entendu suppression de poste. Alors que c’est de moyens humains, plus de maîtres que de classes, un vrai RASED dans chaque école, dans toutes les écoles, dont nous avons besoin pour réussir.

J’attendais une décision de revalorisation, de remise à niveau de mon salaire. J’ai entendu heures supplémentaires, “travailler plus pour gagner plus”, alors que nous travaillons bénévolement jusqu’à plus soif, bien au-delà des 108 heures qui nous sont imparties. Ajouter des heures aux heures, encore et encore?

J’ai entendu défiscalisation de ces hypothétiques heures supplémentaires. Elles ne compteront donc pas pour notre de plus en plus lointaine retraite. Vous annoncez un observatoire du pouvoir d’achat. Que souhaitez-vous observer? Interrogez vos services, ils vous diront ce que nous avons comme pouvoir d’achat. Lisez les études de l’OCDE, elles vous diront où se trouve notre pouvoir d’achat. Ce qui n’est pour vous qu’un coût est notre pouvoir d’achat. Ne dépensez pas notre argent en études et observations. Nous pouvons vous dire, nous, que nous sommes déclassés.

J’ai entendu que vous nous écoutez. Vous aviez même l’air sincère. Cela a été pour moi, pour beaucoup d’entre nous, une humiliation de plus. Vous nous écoutez dites-vous? Moi je vous dis que vous ne nous entendez pas. Sans doute parce que vous nous écoutez à travers le matelas de la hiérarchie (pas de vagues). Sans doute parce que vous êtes bien loin de notre réalité. Une visite de quelques minutes dans une école, préparée, peignée, lissée, une discussion entre deux portes avec un-e enseignant-e est une vision faussée de la réalité.

Parce que la réalité, Monsieur le ministre, c’est que nous nous sentons comme une bouée abandonnée en pleine mer. Dans les quartiers, dans les campagnes, derniers représentants des ruines du service public. Seuls, et sans aide, face aux besoins toujours plus prégnants de nos élèves, assistantes sociales, orthophonistes, psychologues, psychomotricien-ne-s, médecin scolaire, médecin de ville, disparus dans la machine à mouliner la société ces dernières années. Seuls face aux parents de plus en plus perdus, de plus en plus souvent agressifs, confrontés à la violence sociale de la société actuelle. Nous nous sentons comme une bouée abandonnée en pleine mer, pas de médecine du travail, pas de gestion des ressources humaines, pas de formation continue de qualité (formations au rabais, imposées, sans relation avec nos besoins), outils inadaptés (matériel personnel, LSU imposé, chronophage et inutile pédagogiquement, magistère désespérant, évaluations nationales détachées de la réalité d’une classe, chronophage, inutilisables…), hiérarchie au mieux inexistante, au pire infantilisante.

Vous ne nous entendez pas. Vos consultations, questions fermées, questionnaires à remplir pendant les vacances, sont une insulte à notre intelligence, à notre expertise. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous nous assénez des changements de programmes (appelez cela comme vous le souhaitez, vous ne leurrez personne) pendant l’été. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous nous faites parvenir vos injonctions à de grandes innovations (croyez-vous réellement avoir inventé le fil à couper le beurre avec une dictée par jour, une chorale dans chaque école, la disparition de la méthode globale (la méthode globale!!! Plus de 30 ans que chaque ministre l’agite sous le nez des parents pour détourner leur regard de la disparition des aides)?) par voie de presse.

Par voie de presse. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous laissez des élus, des journalistes, dénigrer notre fonction, notre mission, en colportant encore et encore la caricature de l’enseignant fainéant et nanti. Vous appelez la bienveillance de vos vœux. Nous n’attendons que cela. Je reste à votre disposition pour plus de précision de ce que nous, professeurs des écoles, directeurs, vivons au quotidien.

Salutations sincères.

par Anne

44

 

Voilà, voilà, voilà..
J’ai fait grève.

Mes élèves étaient en classe, comme d’hab.
Parce que le lundi je suis au bureau et que ma collègue n’a pas fait grève. Parce que perdre une journée de salaire c’est compliqué pour beaucoup. Et puis…
Quand on fait grève en élémentaire personne n’est vraiment gêné, la mairie est tenue de mettre en place un service de garde (cela ne s’appelle pas comme ça mais c’est exactement ça). Alors faire grève n’est pas très efficace.
Donc j’ai fait grève mais le travail que je n’ai pas effectué hier s’est juste empilé sur le bureau.
Il reste à faire.
J’ai fait grève en me disant que j’allais apporter ma pierre, porter ma colère avec d’autres. Et que nombreux à être insatisfaits, en colère, nous serions nombreux à le montrer.
10% dit le gouvernement. 30% disent les syndicats. Comme je suis pragmatique j’aurais tendance à couper la poire en deux. Que diriez vous de 20%?
A Blois nous étions 500 à manifester devant la permanence des deux ministres issus de notre département.
Nos délégués, reçus par le préfet, sont ressortis avec le message: “la France est endettée, il faut faire des efforts”.
Faire des efforts c’est travailler au rabais.
C’est maltraiter les plus faibles.
Des classes plus chargées, des enseignants de moins en moins formés, des dispositifs d’aide qui se dissolvent (RASED où es tu?), des outils imposés et le métier dévalorisé par ceux là même qui nous dirigent (ils prescrivent, nous exécutons, plus besoin de réfléchir, trop bêtes nous sommes, l’échec de l’école ne peut être que le notre, pas le leur, à nous donner les moyens de réussir). L’école à deux vitesses avance à grand pas. L’école, sélective, le collège idem. Pour n’envoyer au lycée général que ceux qui proviennent des classes les plus aisées, pour cantonner dans les lycée pro et l’apprentissage ceux qui serviront le capital en travaillant pour que d’autres s’enrichissent, pour survivre.
La France est endettée…
Alors on rabiote sur les fondations même de la société.
L’éducation (et la santé, nul ne l’ignore).
Pensez vous que cette société va encore pouvoir tenir debout longtemps sans fondations? En donnant toujours plus aux mêmes, là haut?
Je sais que je suis qu’une pauvre prof des écoles, pas une première de cordée, mais il me semble que quand une construction, un système, est déséquilibré il se casse la gueule…
Non?
Se mobiliser pour ça pourrait être une idée fédératrice. Un moteur.
Le système maltraite nos enfants, sape la société de demain (d’aujourd’hui aussi).
Se mobiliser.
Mais, je le vois, l’éducation nationale ne coûte pas aux “usagers” (pour l’instant), ce n’est pas visible comme quand on fait son plein. Alors sa détérioration ne fait pas de vague. Il n’y a pas de blocage en vue. Nous allons juste sombrer en silence.

 

texte de Anne Allet

17

Demain, je serai en grève.

J’entends déjà le citoyen lambda : “Aaaaaahhh… Ces fonctionnaires, jamais contents ! Pfff… Avec tous leurs avantages, ils n’ont pas honte !”
Oh que non, je n’ai pas honte de défendre l’école publique !! J’ai choisi de perdre une journée de salaire pour dire ma colère…
Ma colère à propos des suppressions de postes annoncés, et de la surcharge des classes, pour recruter en plus petit nombre et à moindre coût des contractuels non formés au MÉTIER d’enseignant. Car oui, enseigner, ça s’apprend… Qui irait se faire couper les cheveux chez un coiffeur sans formation ? Personne. Pourtant, confier ses enfants à un enseignant pas formé tend à devenir la règle et cela ne gêne personne ?
Ma colère de voir des enfants en situation de handicap toujours en attente de leur AVS à 1 mois et demi de la fin de l’année scolaire.
Ma colère de voir la précarité des postes d’AVS, et les défaillances dans le recrutement. MERCI de tout coeur à nos perles rares qui sont un accompagnement précieux, malgré leur salaire tellement bas !
Ma colère du manque de remplaçants en cas d’absence. La semaine dernière, j’ai travaillé en dormant 4 à 5 h par nuit, en toussant à m’écorcher le gosier nuit et jour parce que je savais que je ne serai pas remplacée… Je suis désolée si malgré mes précautions j’ai contaminé certains de “mes petits”…
Ma colère aussi du manque de considération de notre métier… J’accompagne dans les apprentissages et avec bienveillance entre 21 et 31 enfants chaque année, 6h par jour, quand bien des parents ne supportent plus leur chère progéniture (1 à 3 enfants le plus souvent) au bout de 15 jours de vacances…
Donc oui, je suis en colère… Parce que j’aime mon boulot et que j’entends défendre une qualité de l’enseignement public, gratuit et obligatoire…
Je serai donc en colère, demain, sur le Vieux Port !!….
Merci de m’avoir lue jusqu’au bout !

par Pris Gi, une instit de tout son coeur

 

16

Mes sixièmes n’ont plus de prof de maths.
Encore un collègue qui démissionne. Pierre*, la trentaine, vacataire depuis cette année. Épuisé, trop de classes, trop de niveaux, trop d’heures sup, trop de boulot, paye de m… (ce n’est déjà pas reluisant quand on a 15 ans d’ancienneté et qu’on a le concours, mais là, c’est bien pire).
Il n’a pas tenu le choc.

Terminale ES de ma fille. La prof (de maths encore) en absentéisme perlé depuis 5 mois. Un trimestre de maths en moins, coeff 5 au bac. Gloups. Le premier remplaçant est resté une journée. Avec les parents, on s’est démenés (pendant 2 mois), un autre remplaçant vient d’arriver, ça fait quatre jours, on espère…

Mon fils, en 4ème, a un remplaçant en maths (arrêt maladie prévu et donc anticipé de sa prof), il n’a jamais enseigné, la quarantaine. On espère là aussi qu’il va tenir.

Etc… je pourrais en lister des pages.


C’est triste, plus personne ne veut devenir prof, c’est pas le métier dont les parents rêvent pour leurs enfants.
Pourtant, ces parents, il faut voir ce qu’ils exigent des profs de leurs enfants, les critiques pleuvent, les exigences fusent. Il faut tout savoir faire, devenir superwoman ou superman ! Pas le droit à l’erreur, on est surveillés, et parfois saqués.


Avant, quand on devenait prof, c’était un but, que dis-je, un rêve. Le métier était valorisé, reconnu. Ça en imposait un peu, d’être “professeur”. Maintenant, c’est plutôt la honte. En soirée, faut pas trop le dire. ça casse l’ambiance. On vous jette un regard de pitié “ah, tu n’as rien pu faire d’autre…” ou de condescendance “encore un planqué qui ne travaille que 18 heures par semaine, est en vacances 15 jours toutes les 6 semaines, a 2 mois de congés l’été et est payé avec nos impôts”.

C’est en partie vrai. En partie. L’autre partie, celle qu’on ignore, c’est les 20 à 30 heures (voire plus en période de bac/brevet blanc) : de “crypto-travail”, celui qu’on fait mais qui ne se voit pas, et qu’il est bien commode d’ignorer en ces temps de grignotage budgétaire, en ces temps où l’on aime opposer les “privilégiés” (entendez les fonctionnaires) au reste de la population pour mieux obtenir l’assentiment de la masse qui regardera avec joie nos “privilèges” disparaître.

En dehors des 18 heures :
– RDV individuels avec les parents.
– RDV de mise en place des PAP (accueil personnalisé pour les élèves à problèmes, et croyez-moi, ils sont de plus en plus à en avoir !)
– Réunions parents-profs classiques
– Conseils de classe (1h30 -2h00 par conseil)
– Mails administratifs pour les coulisses de notre métier (interfaces rectorat, établissement, parents, élèves)
– Gestion du cahier de texte en ligne (cours, compléments)
– Formation continue (stagiaire ou formateur), stages
– Les bulletins, appréciations, notes
– Parcoursup, appréciations
– Journées pédagogiques
– Convocation examens, barémisation
– Oraux des EPI, entraînements bacs blancs
– Préparation des projets (de classe, de division, d’équipe, transdisciplinaire)
– Préparation des sorties, des voyages
– La vie de classe, l’orientation
– Gestion/manutention des photocopies
et tiens, je n’ai pas encore parlé de la préparation des cours
ni de la correction des copies, de la veille scientifique indispensable…


Alors, voilà, il n’y a plus de profs. Les postes aux concours ne sont pas tous pourvus (en particulier en maths, lettres, langues).
Oui, c’est sûr, les bons en maths, c’est pas pour finir prof. Faut pas délirer non plus.
Il n’y a plus de profs. Mais on ne se pose pas de questions, ou du moins, pas les bonnes. On fait des économies.
Il en reste quelques-uns, des profs, ceux-là vont le faire le boulot, ils vont avoir des heures sup. On va augmenter leur temps de travail, et on fera d’une pierre deux coups, ça améliorera leur ordinaire et puis les gens seront contents : ça rogne un peu leurs fameux “privilèges”.
Et c’est comme ça qu’on tire sur la corde, et qu’à la fin, elle casse.
C’est comme ça qu’une prof de maths qui a toujours donné satisfaction se retrouve en absentéisme perlé car elle n’y arrive pas, plus. Plus la force.
C’est le burn-out des privilégiés.

Mais vos enfants, en attendant, des profs, ils n’en n’ont plus.
Bizarre quand même, qu’un métier aussi privilégié ne fasse pas plus envie. On se demande, hein.
On sait très bien ce qu’il faudrait faire, mais on ne va pas le faire.
Re-valoriser les profs.
Leur offrir un salaire décent. Et non, n’allez pas croire que la dernière réforme a changé les choses, le PPCR n’est qu’un cynique tour de passe-passe.
Un salaire décent disais-je. Un qui soit attractif. Vraiment.
Certes re-valoriser, c’est redonner de la valeur sonnante et trébuchante. Mais pas seulement. Il faut aussi de la valeur dans le discours. Du respect. Du respect quand on parle des enseignants en général, ou à ses enfants. C’est montrer à ces derniers que oui, on a réussi quand on est prof. On l’a voulu, on avait le choix et on est là. Malgré les réformes, malgré l’épuisement, malgré les critiques et surtout, pour vos enfants.

Aimez-nous.

(* prénom changé)

Écrit pas Julie

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Coup médiatique, atteinte à la liberté pédagogique, arrogance et mépris des enseignants avec “le petit livre orange” du 26 avril 2018.

Bien sûr, Monsieur le ministre nous vous répondons « non »…

En passant, remise en cause de la devise de notre République : “Liberté, égalité, fraternité” !

La méthode de ce gouvernement est simple et ne lui coûte pas un sou : diviser pour mieux régner ce qui est valable pour notre ministre mais aussi pour les autres et même pour le chef de l’état… Voilà qu’il oppose maintenant avec ces dernières annonces du 26 avril 2018, les enseignants du 1er degré aux enseignants du 2nd degré : si les enfants arrivent au collège avec des lacunes c’est la faute des enseignants du 1er degré…

Les privilégiés des uns sont les privilégiés des autres ne l’oubliez pas… Tout le monde est touché. Toujours plus d’austérité malgré la reprise de la croissance. Le peuple s’appauvrit encore plus et les grands s’enrichissent toujours plus. Ils tapent sur tout le monde… Alors les grands de ce pays nous disent que les cheminots qui se plaignent actuellement le font pour rien parce que ce n’est pas à leur statut que l’on touche mais à celui des nouveaux recrutés…. Alors… non à la solidarité et toujours plus d’individualisme ?

Et des exemples comme ça il y en a à longueur de journée. Il n’y a qu’à voir dans les médias le nombre d’annonces par jour. Alors toutes ces mesures sont prises loin de nous, loin du peuple. On leur dit que ce qu’ils font ne nous plait pas mais ils ne veulent rien entendre. Ils ne discutent pas avec nous, le peuple. Ils suivent seulement les conseils de leurs «spécialistes». Serait-ce là une dictature déguisée ?

Mesures après mesures toutes plus mauvaises, pour les uns que que les autres, on ne dit rien parce qu’ils ont trouvé la parade pour semer la pagaille au sein du peuple… la division… alors là haut, ils doivent bien rigoler et s’en mettre plein les poches. On en n’est pas encore arrivé au summum de ce que l’on peut encore supporter.

Alors rien ne se passe… Mais à un moment donné, à force de subir, les gens vont en avoir marre et le système va toucher ses limites… Allons-nous vers une catastrophe ? Seul l’avenir nous le dira…

Là haut, ils ne devraient pas oublier que le pays c’est nous, c’est le peuple, qu’on s’est battu dans le passé pour nos droits et libertés actuels, qu’ils ne devraient pas y toucher, que l’on refuse de retourner dans le passé. Que du travail non rémunéré ce n’est pas une ou deux journées de solidarité, c’est de l’esclavage, parce que tout travail mérite salaire, surtout quand le patron, lui s’en met plein les poches.

Avant la journée de solidarité n’était pas travaillée, actuellement elle l’est et on nous dit qu’on va sûrement nous en mettre une deuxième. Mais où allons-nous ? Seul l’avenir nous le dira…

Chacun est encore libre de penser et d’exprimer ses opinions… et pourtant, certains journalistes n’ont apparement plus le droit de nous donner une info qui mettrait à mal le fonctionnement d’une entreprise sous peine d’être poursuivis.

Une atteinte à leur liberté d’expression et une tragédie pour nous les français, la France.

par Sara L.

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“Monsieur le Ministre,

 

 

Permettez que je ne vous prenne pas pour un imbécile.

On vous dit fin connaisseur de l’éducation nationale. Je suis prêt à le croire, surtout que votre parcours professionnel tend à la prouver, que ce soit dans le supérieur, à l’académie de Créteil, comme conseiller de Monsieur Chatel.

Il me semble donc impossible, que vous ignoriez que la méthode globale n’est plus utilisée dans nos classes, ou alors d’une manière extrêmement marginale, que l’étude des sons, la dictée, l’écriture font partie des activités quotidiennes dans tous les CP de France. Il en va de même pour le calcul mental, écrit et la numération.

On vous dit pragmatique, tendant à n’appliquer que ce qui est scientifiquement prouvé et qui marche.

Pouvez-vous, dès lors, m’expliquer pourquoi vous ne considérez qu’un seul et unique champ de la recherche. Les neurosciences ont été d’un apport considérable, il faut le reconnaitre, mais est-ce une raison pour complètement ignorer tout ce qui peut se faire d’autre ? Et même des neurosciences, vous ne tirez qu’un constat simpliste, détournant ces dernières pour en tirer des conclusions que même Stanislas Dehaene ne se risque pas à avancer.

On vous dit fin psychologue et animal politique. Je suis tout à fait prêt à le croire.

Comment est-il, donc, possible que vous n’ayez pas anticipé la réaction du corps enseignant devant cette série de préconisations bateau, mâtinée d’autoritarisme. Un petit livre orange qui fait passer les enseignants pour des incompétents, ne sachant même pas quelle réglure choisir pour l’apprentissage de l’écriture, par exemple. Un petit livre orange qui fait passer les enseignants pour des paresseux qui en font le minimum, refusant de se remettre en question. Un petit livre orange qui fait passer les enseignants pour des idiots pratiquant, sans même s’en rendre compte, une méthode de travail menant inéluctablement leurs élèves à l’échec. J’en passe et des meilleures.

Je vous ai promis, Monsieur le Ministre, de ne pas vous prendre pour un imbécile, car vous n’en êtes pas un. Vous êtes fin connaisseur de l’éducation nationale, vous êtes pragmatique et psychologue. Et, il n’y a aucun doute à cela, vous êtes fin politicien.

Tous ce qui précède, vous le savez déjà. Mais alors pourquoi ? Pourquoi se mettre à dos le corps enseignant sans raison aucune ?

Je ne vois qu’une explication possible. Ce petit livre orange (et surtout toute la communication qui l’entoure) n’est pas destinée aux enseignants. Elle n’est pas destinée à faire avancer les choses ou à apporter de l’aide. Elle est destinée aux parents inquiets et à tous ceux qui pensent que l’école n’est plus ce qu’elle était. Elle est destinée à apporter une solution simpliste à un problème complexe. Un problème sociétal mêlant, bien entendu, des problèmes scolaires, mais également la grande pauvreté, l’urbanisme et la ghettoïsation, l’accès à la culture, les problèmes d’éducation, les nouvelles technologies, l’individualisme forcené… Et qu’importe si pour cela il vous faut discréditer l’éducation nationale, participant ainsi à la destruction du lien entre cette institution et le public.

Mais, vous savez, Monsieur le Ministre, apporter des solutions simplistes à des problèmes complexes pour rassurer le peuple tout en leur désignant un bouc émissaire, les enseignants, c’est la définition même du populisme.”

 

Un enseignant de CP qui préfère rester anonyme

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