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“Je viens vers vous pour vous expliquer une situation inédite dont je n’ai pas osé parler jusque là tellement le préjudice moral a été énorme (et il le demeure).

En 2015-2016, j’ai commencé mon année de stagiarisation en Corrèze, j’avais réussi mon Master et le Concours, j’ai donc été admise en “Diplôme Universitaire” avec trois jours en école et deux jours en cours.
Dès le début on nous a prévenu de la dureté de l’année, mais mes collègues et moi ne nous attendions pas à ce qui allait arriver, pleins d’entrain et de bonne volonté à réussir dans le métier que nous avions toujours voulu faire. Nous étions aussi rassurés par le fait que l’on nous avait dit que tout le monde serait “bienveillant”.
Nous avions tous deux tuteurs: un tuteur ESPE et un tuteur Professeur des Ecoles. Un conseiller pédagogique nous suivait également.

Cependant, dès le milieu de l’année, nous nous sommes rendus compte que la bienveillance n’allait pas être de mise. Nous avons du faire face au “suivi renforcé” pour la moitié de la promo, nombre qui nous semblait disproportionné. Par ailleurs, pour ma part, je l’ai appris complètement par hasard au détour d’une conversation avec une de mes tutrices qui m’a dit, comme ça de rien “oui alors pour votre suivi renforcé…”. Surprise par cette annonce je lui ai demandé depuis quand je l’étais, elle m’a répondu “depuis un mois”. Or, je n’avais reçu aucune note écrite qui me le disait, ce qui aurait du être le cas. Par la suite, on nous a envoyé faire une “formation” d’une journée pour nous permettre d’améliorer nos compétences. Or, les compétences à travailler lors de ces journées n’étaient pas totalement claires ou pour certains, ne nous étaient pas énoncées. Nous avons donc continué à avancer dans l’année, sous une pression énorme. On nous répétait qu’il fallait qu’on s’améliore parce que ça n’allait pas du tout (il est beau d’essayer de prendre sur soi dès janvier quand on sait qu’il reste encore plusieurs mois à subir de telles remarques, lesquelles étaient plus ou moins dures à endurer selon les paroles). Nos tuteurs commençaient également à entrer en “compétition” pour certains, c’est à dire qu’i y avait clairement un fossé entre l’ESPE dont l’avis était complètement ignoré, et le rectorat qui prenait le dessus, quand bien même il avait toujours été écrit et stipulé que les deux avis avaient le même poids. Vers avril-mai, la situation s’est encore intensifiée, les visites se passaient très mal pour la plupart d’entre nous, nous étions démoralisés d’entendre à tout va que rien n’allait et le négatif était beaucoup plus important sur les rapports. Les débriefs des visites étaient encore, pour certains cas, assez violents puisque les remarques l’étaient. Mais, bien décidés à surmonter tout ça, encore, du fait de notre amour du métier, nous avons décidé de nous accrocher en gardant notre but.

Oui mais voilà, les derniers mois sont arrivés. Tous ceux qui étaient en suivi renforcé ont eu plusieurs visites des inspecteurs, ce qui met encore plus la pression pour les visites, le nombre d’observateurs passant alors de une à trois personnes. Forcément, les retours étaient que nous étions stressés, chose aisée à comprendre au vu de la pression encore plus forte.
Tous les cas de suivi renforcé sont par la suite passés en commission à la mi-juin.
Avant la commission, nous avions la possibilité de consulter nos dossiers, lesquels regroupaient normalement tous les bulletins de visites de nos deux tuteurs (ceux que nous avions déjà eu tout au long de l’année complétés de nouveaux rapports de nos tuteurs ESPE et de l’inspecteur). Cependant, à la consultation, nous avons découvert des bulletins remplis de remarques qui ne nous avaient pas forcément été dites au long de l’année et qui n’étaient pas forcément bienveillantes. J’avais fait la démarche de demander au directeur que je remplaçais si les faits énoncés étaient réels, il m’avait répondu que les remarques n’étaient absolument pas justifiés. Fait étrange, les rapports des tuteurs ESPE n’y figuraient pas et avaient “disparus”. Nous avions cependant un document venant de l’ESPE sur lequel figurait l’avis de celle-ci. Pour moi comme plusieurs autres “suivis renforcés”, les rapports de l’ESPE étaient plus que bons et plus que favorables.

Ensuite, cette commission s’est plus rapprochée du “jugement” que de l’entretien bienveillant. Nous étions seuls face au jury, nous avons eu uniquement cinq minutes pour nous exprimer au tout début, le reste de “l’entretien” n’ a été que remarques désobligeantes ne nous laissant pas la possibilité de nous défendre ni de nous exprimer. Il m’a même été reproché des faits totalement faux auxquels je n’ai même pas pu répondre puisque j’étais tout le temps coupée quand je souhaitais m’exprimer. Le souci est que, quand bien même nous avons été “attaqués” durant toute la durée de la commission que nous avons tous vécu comme extrêmement éprouvante moralement, le rapport qui a été édité à la fin de la commission est encore une fois allé du côté du jury. Cette commission n’a donc fait que renforcer la “non-bienveillance” à laquelle nous avons été confrontés tout au long de l’année.

 

Il restait quelques jours d’école après cette commission, nous avons donc essayé d’en “profiter” comme nous le pouvions malgré tout ceci.
Or, quelques jours plus tard, nous avons reçu les résultats: toutes les vingt minutes environ, nous recevions des mails nous indiquant notre situation: admis, reconduits pour une année ou licenciés. Tout ceci s’est fait dans l’ordre, d’abord les admis, vingt minutes plus tard les reconduits (3) et pour finir les licenciés (8 dont moi pour la seule Corrèze!). Très beau mail de quelques lignes seulement, sans explication, sans motif. Par la suite, nous avons reçu nos lettres de licenciement. Totalement sous le choc de cette nouvelle, nous attendions avec “impatience” de comprendre et de découvrir le motif, qui ne nous a jamais été dit. Là encore, lettre sans aucune explication (forcément il n’y en avait pas).

A la fin de l’année, nous nous sommes donc retrouvés 8 licenciés en Corrèze, mais le bilan de la région n’était pas forcément mieux avec 15 licenciés en tout pour le Limousin. Une vague de licenciements donc. Le rectorat a mis fin à toute communication, n’a même pas pris la peine de répondre aux courriers adressés (lettres recommandés ou autres) et nous a laissés dans le flou absolu même quant à la suite. Nous avons tout de même appris par la suite que la raison de ces licenciements était budgétaire, raison nettement soupçonnable.

 

Depuis cette fin d’année 2016, nous nous sommes inscrits à Pôle Emploi (qui m’a d’ailleurs appelée au tout début pour me demander si c’était une blague). Nous avons pu voir l’année d’après que nos postes supprimés étaient d’ailleurs recherchés sur Pôle Emploi (moins “chers”). Toutes les personnes, les employeurs que nous avons rencontrés ont tout bonnement cru à une blague à chaque fois.

Mais voilà, la “blague” ne passe pas, le préjudice moral mettra énormément de temps à passer car nous ne pourrons pas oublier ce qui nous est arrivé.

J’ai bien déposé un recours… le rectorat s’était bien gardé de nous en communiquer les délais ( pour éviter que nous ne le fassions? ).”

Anonyme.

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“De retour en métropole vendredi dernier après avoir vécu et enseigné à l’étranger, je suis… surpris par ma première heure de cours avec des secondes. Je décide de passer par la poésie (notre objet d’étude) pour leur parler. Voici donc le texte que je leur ai lu ce matin, et que j’avais envie de partager sur ce groupe, avec toute ma solidarité avec ceux qui se lèvent chaque matin pour vivre ce type d’expériences.”

 

Le périmètre de l’île

 

J’ai vu des îles entourées d’eau, chaleureuses et luxuriantes
Et au cœur de l’un de ces paradis, le regard triste mais le sourire aux lèvres
Un Homme souffrir d’être trop seul
J’ai exploré son périmètre, nagé avec ses fauves, guidé par le chant des baleines
Jusqu’à prendre la fuite

Vers une autre de ces îles où, ivre déjà
Un Homme rencontré par le plus grand des hasard
M’installant à l’arrière d’une automobile d’un autre temps
M’a servi son monde sur un plateau sans argent
N’acceptant pour salaire
Qu’un peu de musique et de temps

J’ai vu des îles si grandes que ses habitants n’avaient jamais vu la mer, ni d’Homme blanc
Mais en dépit de leur ignorance, chacun me prenait par le bras
Et m’emmenant dans des taudis de tôle sombres et froids
M’asseyait près de l’âtre et, partageant un fond de thé noir,
Me disait en souriant que l’invité est roi.

Lorsqu’en ce vendredi, je poussai la porte de la salle de classe
Curieux d’explorer le périmètre de ma nouvelle escale
S’est offerte à mes yeux la plus monstrueuse des parades

J’ai croisé quelques sourires et j’en ai cherché d’autres
Curieux de voir certains fuir en hurlant au son d’un simple « bonjour »
Peut-être n’avais-je pas parlé assez fort
Peut-être n’avaient-ils pas bien entendu

J’ai vu des regards vides, des regards vagues et des regards hostiles
Comme si, inconscient d’une guerre qui s’était jouée sans moi,
J’avais par mégarde posé le pied
En territoire ennemi.

J’ai distingué, au cœur de cette fanfare hystérique
Où tous se parlent mais personne ne s’écoute
Quelques questions curieuses étouffées par des rires
Dans lesquels ne résonnaient ni joie ni partage
Des rires d’ignorance, de méfiance et d’indifférence

J’observe curieusement cette assemblée de ruminants révolutionnaires

Qui a fait de la bataille du chewing-gum une cause nationale
Singulière mixture d’alliés et de chefs de guerre
Et, à la fois amusé et perplexe,
Je les remplace, le temps d’une minuscule seconde
Par mes étudiants à la peau sombres, affables et souriants

Par ces hommes et ces femmes qui, sans me connaître,
M’ont accueilli dans leur petite salle de classe sans ordinateur ni vidéoprojecteur
Avec la bienveillance que l’on accorde inconditionnellement à tout inconnu
Pour lesquels la curiosité s’exprime par le silence
Dans un monde où les questions appellent des réponses que l’on sait attendre et entendre.
Ces hommes et ces femmes pour lesquels l’éducation a un prix
Mais qui savent que le respect se partage avec profusion plus qu’il ne se dépense.

Lorsqu’une seconde s’est écoulée et que m’apparaissent en filigrane
Cet enfant avachi comme un vieillard sur son sac à dos de marque
Le dos de l’un et la nuque d’une autre en guise de présentations
Les négociations passionnées pour la pause d’un cours qui n’a pas encore commencé
Et surtout cette masse de bruit dans laquelle résonne tout l’égocentrisme
D’une génération habituée à exiger ce qu’on ne lui a jamais appris à donner.

Alors, m’installant tranquillement à mon bureau dans l’attente du silence
Je me dis que cette île est bien la plus exotique qu’il m’ait été donnée de découvrir
Et que jamais on ne m’a réservé si mauvais accueil.
Il n’est toutefois pas d’aventure que l’on refuse
Et je me risque à jouer la carte de la sincérité.
Pour dissiper l’orage,
Le pari des mots plutôt que celui de l’autorité,
Dans l’attente tranquille que tombent les masques d’enfants terribles
Et que se révèle, peu à peu, le visage plus sympathique
Des adultes que vous êtes déjà en train de devenir.

 

par Valérian MacRabbit

 

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Comment est-ce possible que l’on puisse sacrifier aujourd’hui notre jeunesse. Je ne comprends pas pourquoi les élèves se retrouvent à 36 par classe au lycée alors qu’il n’y a qu’une personne en face pour les aider. Je ne comprends pas pourquoi on supprime des conseillers d’orientation alors que nos jeunes sont de plus en plus perdus. Je ne comprends pas pourquoi on veut faire des classes avec tous les niveaux alors qu’en faisant cela on empêche chaque élève d’évoluer à son rythme ! Je ne comprends pas pourquoi les mathématiques sont encore considérées comme une matière supérieure à l’EPS par beaucoup de monde alors qu’il faut aussi comprendre notre corps. Je ne comprends pas pourquoi la filière scientifique se sent si intelligente face à la filière professionnelle. Je ne comprends pas pourquoi l’école est parfois si loin de la réalité alors qu’il faudrait les aider à la comprendre. Je ne comprends pas pourquoi l’élève n’est qu’un numéro, qu’une note aux yeux du système ou bien de ses parents alors que nous même ne l’avons pas forcément toujours bien vécu. Je ne comprends pas pourquoi nos jeunes sont assis aussi longtemps sur une chaise par jour alors qu’on ne pourrait plus le faire. Je ne comprends pas pourquoi la place des loisirs ou de la vie de famille passe après les nombreux devoirs journaliers alors que dans la journée ils sont déjà à l’école. Je ne comprends pas pourquoi l’école se forme essentiellement au numérique alors que de nombreuses personnes ne savent pas encore lire ou compter correctement. Je ne comprends pas pourquoi un enseignant est souvent livré, abandonné devant une classe alors qu’il débute. Je ne comprends pas pourquoi certains parents veulent faire de leurs enfants des machines alors qu’ils ont d’abord besoin de s’épanouir. Je ne comprends pas pourquoi l’école est parfois devenue si inintéressante alors qu’il y a un tas de choses à apprendre. Je ne comprends pas pourquoi un élève sait appliquer le théorème de Pythagore alors qu’il a du mal à faire une réduction de 20 %. Je ne comprends pas pourquoi certains se révoltent contre l’enseignement alors qu’il faudrait l’aider. Je ne comprends pas pourquoi nos politiciens abordent uniquement le nombre de profs ou les zones prioritaires alors qu’il y a un tas d’autres questions à répondre. Je ne comprends pas pourquoi le ministre de l’éducation n’a jamais été prof alors qu’il doit les diriger. Je ne comprends pas pourquoi l’école doit dire amen à tout alors qu’elle doit soit disant les former. Je ne comprends pas pourquoi certains élèves ne pourraient pas partager leurs compétences musicales ou autres… Je ne comprends pas pourquoi l’élève n’aime pas l’école alors qu’il y passe ses journées.
Je ne comprends pas pourquoi autant de profs démissionnent ou font un burn-out alors qu’il faudrait se battre.
En fait … Si je comprends.
Je comprends pourquoi …
Je comprends que le jour où l’élève sera considéré comme unique et non plus 1/36ème on aura la capacité de le faire évoluer.
Je comprends que le jour où tout le monde travaillera pour faire évoluer l’enseignement on progressera.
Je comprends que le jour où l’enseignant ne sera pas pointé du doigt pour une broutille mais soutenu pour son travail, le système éducatif évoluera.
Je comprends que notre école va mal et qu’elle doit évoluer alors que nous avons tous les acteurs pour réussir.
Je comprends que le métier d’enseignants fasse aussi peur aujourd’hui …
Mais je comprends que des centaines de milliers d’enseignants font un travail super chaque jour et qu’il ne faut surtout rien lâcher !
Et je comprends également que nos jeunes sont les principaux acteurs de demain et qu’il faut les aider à avancer.

N.R. 

N’hésitez pas à répondre à N.R. sur sa page:

Coup de gueule d'un enseignant. Comment est-ce possible que l'on puisse sacrifier aujourd'hui notre jeunesse. Je ne…

Publié par Niko Las sur lundi 3 avril 2017

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On le sait tous, les profs sont des feignasses. Mention spéciale au prof de svt de mon grand (élève en 5e absent la semaine dernière pour grippe) qui prend 5 minutes de son dimanche pour nous envoyer par mail la leçon, le diaporama powerpoint de son cours, l’ensemble des devoirs et l’organisation de la semaine prochaine pour mon fils qui devra rattraper l’évaluation loupée (ce qui est tout à fait normal!). Et bien moi je dis “chapeau Monsieur!!!!”. Et bien, un tel prof montre bien que la réputation des enseignants est bien fausse et qu’il est très concerné par ses élèves et leur réussite. Merci

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boris-cyrulnikVu chez nos amis de vousnousils, un article intéressant parlant de l’impact de l’affectif dans la relation prof/élève. Il s’agit d’une interview de Boris Cyrulnik dans laquelle il rappelle l’importance de l’affectif dans le travail de professeur.

Le professeur est un adulte référent et à ce titre, il a place importante dans la vie de l’élève et de la classe.

La classe représente à elle seule, une mini-représentation de la société. On y retrouve les mêmes règles, les mêmes interactions. Et les élèves ont besoin d’être sécurisés, rassurés,  encouragés afin de prendre confiance en eux et de devenir des adultes autonomes et responsables.

Mais toute la difficulté est de trouver la bonne distance. Ni trop, ni pas assez. Ne pas trop s’attacher à nos élèves qui ne sont finalement que de passage.

A la fin de l’article, Boris Cyrulnik essaie de donner quelques pistes d’amélioration de la relation prof/élève. Et vous comment vous positionnez vous dans cette relation ? A vos claviers pour les commentaires !

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Par Mélanie Thomas

Aujourd’hui je retrouve mon patronyme mais je reste une feignasse.
Parce que je ne travaille que 18 heures par semaine.
Parce  que je suis tout le temps en vacances.
Parce que de nos jours on trouve des cours déjà tout faits sur Internet.
Parce que depuis je j’évalue des compétences je ne mets plus de notes alors les corrections vont plus vite : 😃 ou 😞.
Parce que j’ai réinstallé l’ordre et la discipline dans mes cours et maintenant je travaille dans le calme et le silence.
Parce que je ne crois ni à la pédagogie de projet ni à l’innovation.
Parce que je suis la première à sortir de la classe dès que ça sonne.
Parce que l’ouverture culturelle est devenue obsolète depuis que nos élèves ont des tablettes.
Parce que je peux aller chercher mes enfants tous les jours à la sortie de l’école et ainsi papoter avec d’autres feignasses.
Parce que pour moi tout va bien tant qu’on laisse mon mercredi pour aller faire les soldes.
Parce que je dors très bien et que je rêve de prochaines vacances.
Parce que les conseils de classe ne se préparent pas, ne servent à rien et en plus ne sont pas obligatoires.
Parce que malgré toutes mes journées d’absence face aux élèves je n’ai pas assez de temps pour dépenser tout l’argent que je gagne.
Parce que je suis super fière de faire un métier que tout le monde se sent capable de faire mieux que moi.
Pour toutes ces raisons, je suis et resterai une feignasse…et fière de l’être !

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Prof en lycée, je fais remplir la petite fiche traditionnelle, avec carrément une section “problèmes personnels”.
Il y a des années de ça, j’avais un élève en Terminale, il ne fichait rien. Il était souvent absent. Oubliait ses affaires. Rêvassait, voire s’endormait en classe. Chaque fois que j’essayais de le ramener dans les activités, il essayait, mais avec tellement de mauvaise volonté… limite agressif. Dans une classe de 36,  pas beaucoup plus volontaires que lui d’ailleurs.
Bref, ça ne décollait pas, les leçons non sues et les absences ont continué toute l’année. Les bulletins étaient forcément mauvais… “travail très insuffisant”, “trop de passivité en cours” etc… La veille du conseil du 3e trimestre, il est venu me parler.
“Madame je voulais vous dire…  je sais que j’ai mal travaillé cette année… mais vous savez, ma mère avait un cancer, alors j’étais tout le temps à l’höpital. Mais maintenant elle est morte.  Alors je vais me reprendre, je vais faire des efforts…”
😱😱😱 L’horreur… un gamin complètement éteint… il répondait à mes questions (pourquoi ne pas l’avoir dit avant ? Etc…) par des haussements d’épaules et des borborygmes…
J’ai cru mourir sur place de pur chagrin. Evidemment,
branle-bas de combat avec le PP, on a réussi à lui sauver ses bulletins… mais je me suis dit : plus jamais.
Depuis je raconte cette petite histoire (avec variantes pour raison d’anonymat) à tous mes élèves le premier jour. Je leur donne la fiche, et je leur fais ensuite le même discours :
Vous n’êtes obligés de rien. On ne se connaît même pas ! Mais je vous en prie, si vous êtes en danger, si vous êtes en difficulté, ne laissez pas l’équipe pédagogique dans le noir. On aurait pu faire tellement de choses pour cet élève ! À commencer par des appréciations plus indulgentes.

Il faut parler à quelqu’un, prof, surveillant, un ami même, mais ne restez pas seul avec votre souffrance. Et sachez que l’équipe est là pour vous. Dès aujourd’hui sur cette fiche (qui reste ma seule propriété), et/ou quand vous voulez dans l’année.
Car la réussite scolaire c’est aussi, pour certains, malheureusement, survivre à de grands désastres.

(Depuis 15 ans que j’exerce, j’en ai vues des vertes et des pas mûres. Viols, violences, harcèlements, racisme, tentatives de suicide, un cas de torture, mariages forcés… What a wonderful world !).
Les ados sont assez réceptifs. Je n’ai jamais eu de plainte.

Je ne pense pas non plus mettre l’élève d’emblée dans une case par rapport à son milieu d’origine, ni sur les “cas difficiles”, ni sur les élèves apparemment plus privilégiés.
Par contre je récolte beaucoup de confidences entre les cours, et parfois, on en “sauve”. Parfois littéralement.

Aujourd’hui je me vois mal faire une rentrée sans ma petite fiche et mon petit discours.😊

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Ca y est, je le vois, le bout du tunnel ! Dans quelques mois, je rangerai définitivement ma valise à roulettes qui fait souvent sourire mes parents d’élèves. Hé oui, pour moi, ça n’a jamais été un cartable de cuir « Old school », bien mal proportionné aux exigences de mes transbordements de cahiers et autres manuels … quelques tonnes dans une carrière, j’imagine…

39 ans derrière le bureau, dont au moins 30 à ruminer tellement fort que cela m’a souvent étouffée, 39 ans d’exercice d’une profession incomprise mais essentielle, riche en émotions mais pauvre en relations, solitaire mais éminemment sociale et construite sur le rapport  humain, chronophage, intellectuellement invasive et encombrante mais exaltante car foncièrement nécessaire au progrès social!  A la veille de mettre la clé sur la porte de ma classe, j’ai l’impression d’avoir été vampirisée, tellement habitée par mon métier, multifonctionnelle au point d’avoir souvent sombré dans l’hyperactivité pédagogique et relationnelle, qu’une question se pose : quelle est la profondeur du vide que cela va causer en moi ?

Il a fallu attendre les vacances de Toussaint 2016 pour qu’un espace d’expression s’ouvre enfin en réponse aux perfides insinuations du monde politique et d’une société qui scie la branche sur laquelle elle est assise.  Cet espace a ouvert les vannes d’une expression longtemps restée inaudible, d’une profession ostracisée, donnée en pâture à une opinion publique en recherche d’exutoire. L’espace de paroles ainsi créé met chaque jour en lumière avec une incroyable force, la multiplicité des aspects de notre profession. C’est un vrai scanner des problèmes sociétaux de la France mais c’est aussi et surtout le révélateur d’une grande souffrance : celle  d’une profession humiliée et souvent abandonnée à son sort.

« 800 000 feignasses » est une plateforme salvatrice qui va, je n’en doute pas, trouver son ton et sa forme dans les mois et années à venir, et, pourquoi pas, devenir une force de propositions qui pourraient plaire aux adeptes de la démocratie participative. Merci à ceux qui ont décidé de lui donner cette première forme de vie, ces créatifs géniteurs du web,  qui vont contribuer à la faire grandir et devoir aussi lui donner les moyens d’être entendue.

Quant à moi, institutrice, modeste héritière des hussards de la République, je m’apprête à vivre mes dernières fois : dernier bricolage de Noël, dernier concert aux parents, dernières séances piscines, dernière sortie au musée… avec  cette sensation étrange et ambivalente, de les vivre avec un grand soulagement mais aussi avec l’impression de ne pas avoir eu le temps de faire assez et plus encore ! Je prépare l’après « Feignasse », que j’aimerais vivre avec bonheur : voyages, rencontres, bénévolat, pouvoir assouvir mes envies de lectures, de peinture, de cuisine, inassouvies par manque de temps et aussi, plus simplement,  écouter pousser mes salades ! Enfin !

Inutile de lister toutes les frustrations de ma carrière, la page Facebook en évoque à peu près une par post sur la page Facebook de 800 000 feignasses !

Et à l’instar de mes centaines de milliers de collègues, j’ai souvent eu envie de dire (et je l’ai fait chaque fois que je le pouvais) mon désaccord, ma révolte devant les manques de mon administration, devant la négligence, l’absence de reconnaissance, le mépris de la parole des professionnel de terrain que nous sommes, subissant des réformes autoritaires aux orientations discutables…

J’ai souvent et sans fausse modestie, revendiqué mon professionnalisme, aussi bien devant des parents à qui j’ai consacré des centaines d’heures, que devant ma hiérarchie, qui d’ailleurs a souvent admis son impuissance par manque de moyens.

Cette année est sans doute l’année de trop: J’ai pris en pleine figure par cette page Facebook la mesure du désarroi, des questions sans réponses, des inégalités territoriales, des différences de traitement, des manques institutionnels, de l’absurdité  de réformes inadaptées, pansements sur une jambe de bois, mais aussi de la précarisation de notre profession… et ça c’est la honte d’une démocratie qui se veut héritière du siècle des Lumières dont je pensais être une courroie de transmission et que je n’imaginais pas à ce point malade.

En juillet prochain, je cesserai (j’espère) d’être rongée et cette perspective me réjouit !! Je tâcherai de ne garder en mémoire que ce qui a guidé ma vie professionnelle, commencée à 18 ans, et qui a définitivement impacté toute ma vie:

Rendre à la société ce que l’école de la République m’a donné, à moi, petite fille de milieu défavorisé : la bienveillance de mes enseignants, l’importance de l’empathie, les valeurs permettant le vivre ensemble mais aussi l’amour de la langue, de la littérature et de l’art. Je me souviens avec émotion de la confiance qu’ils m’ont faite et qui m’a portée tout au long de mon parcours d’élève, éveillant chez moi la curiosité et l’envie d’apprendre et de comprendre le monde. Une confiance qui a impacté mon parcours de vie.

Au soir d’une carrière de 39 années, je me retourne avec bonheur et nostalgie sur cette longue route peuplée du souvenir de quelques 975 (plus ou moins) petits humains. J’espère être parvenue à leur donner cet accompagnement bienveillant, cette écoute et cet enthousiasme pour aller vers la connaissance, dont on oublie trop souvent qu’ils sont un moteur essentiel au fonctionnement humain. J’espère avoir été, malgré les dogmes d’une institution rigide qui ne juge qu’à travers ses propres filtres, et dont il faut savoir s’affranchir, une passerelle. J’espère avoir été à la hauteur de mes rêves et de leurs attentes.

Je n’ai été qu’un maillon d’une chaîne puissante, celle de la transmission…

CM

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2011-2012, Je suis T4, TRB dans ma circo, 8h10 le tél n’a toujours pas sonné, je me dirige vers mon école de rattachement.
Puis la voix de la secrétaire me demande “un service que je peux refuser” … heu … ça va très très vite dans ma tête.
Naaaaaaaaaaaaaaaan !!! Pas la segpa !! Naaaaaaaaaaaaan, pas l’ime !!! Naaaaaaaaaaaaaaaaaaan pas la rep+ :-p
Rien de tout cela, mais elle comprendrait si je refuse …
Après ses explications, elle me demande si je suis ok, si je me sens. Bien sûr que non je ne me sens pas, mais ces enfants ont besoin d’une maîtresse, alors j’y vais et puis ce sera sûrement très formateur (à ce point je ne pensais pas).
Je me gare aux places réservées personnel, je longe les grands couloirs, ça ne sent pas bon, cette odeur qui serre les narines. Le cœur tape fort fort …
La salle de classe est fermée à clef, une dame accepte de me l’ouvrir, mais elle va se faire enguirlander de l’avoir fait quelques minutes plus tard par sa chef. Et oui, ça n’est pas écrit sur mon front que je suis la remplaçante de la maîtresse ! Et puis c’est la directrice qui doit ouvrir la classe, c’est comme ça, c’est la règle ! Je suis embêtée pour elle et je m’excuse, elle me dit que ce n’est pas grave avec un clin d’œil et un sourire. Ouf ! Sympa!
J’entre dans la très grande salle de classe qui n’a de salle de classe que le nom et pas le look.
8h35, c’est bon j’ai le temps, la classe ne commence qu’à 9h00, je vois un peu le matos mis à disposition.
Sur la gauche, un petit coin maternelle (enfin c’est ce que je pense sur le coup) : une petite table ovale avec des petites chaises tout autour, une petite chauffeuse qui commence à dater un peu, pas de jeux, pas de livres … de grandes armoires fermées à double tour : le matos doit être bien planqué !
Pfff ! 8h40 … je ne vois toujours rien pour commencer la journée.
Sur la droite, encore de grandes armoires, aussi fermées, 5 ou 6 ordis le long du mur. Des tiroirs (fermés, cela va sans dire !) attirent mon attention : cycle 1, cycle 2, cycle 3 et … 6ème, 5ème, 4ème, 3ème, sde, 1ères (L, S, ES), terminales (idem) et … prépa !!
Ben merde alors !!!
8h45, bon tu sais quoi, il reste 15 minutes, je vais sortir trouver quelqu’un qui pourra m’ouvrir les placards.
“Oups ! Pardon, je suis en avance, j’aime bien arriver la première ! Je suis Camille et je suis en 5ème !” “Heu … bonjour Camille.” Cheveux courts, large sourire, cette gosse respire la joie de vivre, enfin, c’est ce que je croyais.
Laura lui emboîte le pas, jolie brunette un peu trop lolita : “Bonjour, je suis Laura et je suis en Terminale L” me dit-elle en s’affalant sur une des chaises face à un ordi.
Bon, ben tu sais quoi, c’est mort pour aller chercher quelqu’un : je ne peux pas laisser ces “enfants” sans surveillance (je comprends pourquoi il faut attendre la directrice pour ouvrir la classe : on ne m’y reprendra plus ;-) ).
“Salut je suis Benjamin et je suis en 3ème”. Un peu enrobé le jeune garçon de 13 ans sourit à peine et se jette sur un ordi pour l’allumer.
Mais où sont les petits loulous de 6-10 ans bordel !!!!!!!!!!!!
Un gars d’une petite quarantaine entre à son tour. Nan, tu sais quoi ? Là je vais m’évanouir ! Il est en quoi lui ????????? Comment je vais faire la classe à une Terminale L, une 5ème et un 3ème ??!!! Je ne sais pas faire ça moi, je suis PE …
“Salut je suis Fred, en général, je me charge des matières mathématiques et scientifiques pour le cycle 4, mais si tu veux en prendre en charge, pas de souci.”
“Bonjour, je suis Chantal, moi je suis la maîtresse qui s’occupe des matières littéraires pour le cycle 4, mais comme Fred hein, si tu veux aussi en prendre en charge, pas de problème ! Bonjour les enfants !!!”
Je commence à reprendre des couleurs !
Enfin la directrice, Dominique arrive avec des pains au chocolat et des croissants : “C’est pour notre pause de 10h30 ;-) , moi je m’occupe des 3-10 ans, cycles 1, 2 et 3 , on bossera ensemble si ça te va ?” Tu parles si ça me va !!! Ouf ! Ça y est, je respire un peu mieux. Les enseignants ouvrent les armoires, sortent les jeux, les cahiers, les manuels, les ardoises … la salle commence à ressembler à une salle de classe.
“Bienvenue à l’école de l’hôpital, nous sommes ravis de t’avoir avec nous pour 3 semaines.”
C’est parti !

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