2011-2012, Je suis T4, TRB dans ma circo, 8h10 le tél n’a toujours pas sonné, je me dirige vers mon école de rattachement.
Puis la voix de la secrétaire me demande “un service que je peux refuser” … heu … ça va très très vite dans ma tête.
Naaaaaaaaaaaaaaaan !!! Pas la segpa !! Naaaaaaaaaaaaan, pas l’ime !!! Naaaaaaaaaaaaaaaaaaan pas la rep+ :-p
Rien de tout cela, mais elle comprendrait si je refuse …
Après ses explications, elle me demande si je suis ok, si je me sens. Bien sûr que non je ne me sens pas, mais ces enfants ont besoin d’une maîtresse, alors j’y vais et puis ce sera sûrement très formateur (à ce point je ne pensais pas).
Je me gare aux places réservées personnel, je longe les grands couloirs, ça ne sent pas bon, cette odeur qui serre les narines. Le cœur tape fort fort …
La salle de classe est fermée à clef, une dame accepte de me l’ouvrir, mais elle va se faire enguirlander de l’avoir fait quelques minutes plus tard par sa chef. Et oui, ça n’est pas écrit sur mon front que je suis la remplaçante de la maîtresse ! Et puis c’est la directrice qui doit ouvrir la classe, c’est comme ça, c’est la règle ! Je suis embêtée pour elle et je m’excuse, elle me dit que ce n’est pas grave avec un clin d’œil et un sourire. Ouf ! Sympa!
J’entre dans la très grande salle de classe qui n’a de salle de classe que le nom et pas le look.
8h35, c’est bon j’ai le temps, la classe ne commence qu’à 9h00, je vois un peu le matos mis à disposition.
Sur la gauche, un petit coin maternelle (enfin c’est ce que je pense sur le coup) : une petite table ovale avec des petites chaises tout autour, une petite chauffeuse qui commence à dater un peu, pas de jeux, pas de livres … de grandes armoires fermées à double tour : le matos doit être bien planqué !
Pfff ! 8h40 … je ne vois toujours rien pour commencer la journée.
Sur la droite, encore de grandes armoires, aussi fermées, 5 ou 6 ordis le long du mur. Des tiroirs (fermés, cela va sans dire !) attirent mon attention : cycle 1, cycle 2, cycle 3 et … 6ème, 5ème, 4ème, 3ème, sde, 1ères (L, S, ES), terminales (idem) et … prépa !!
Ben merde alors !!!
8h45, bon tu sais quoi, il reste 15 minutes, je vais sortir trouver quelqu’un qui pourra m’ouvrir les placards.
“Oups ! Pardon, je suis en avance, j’aime bien arriver la première ! Je suis Camille et je suis en 5ème !” “Heu … bonjour Camille.” Cheveux courts, large sourire, cette gosse respire la joie de vivre, enfin, c’est ce que je croyais.
Laura lui emboîte le pas, jolie brunette un peu trop lolita : “Bonjour, je suis Laura et je suis en Terminale L” me dit-elle en s’affalant sur une des chaises face à un ordi.
Bon, ben tu sais quoi, c’est mort pour aller chercher quelqu’un : je ne peux pas laisser ces “enfants” sans surveillance (je comprends pourquoi il faut attendre la directrice pour ouvrir la classe : on ne m’y reprendra plus ;-) ).
“Salut je suis Benjamin et je suis en 3ème”. Un peu enrobé le jeune garçon de 13 ans sourit à peine et se jette sur un ordi pour l’allumer.
Mais où sont les petits loulous de 6-10 ans bordel !!!!!!!!!!!!
Un gars d’une petite quarantaine entre à son tour. Nan, tu sais quoi ? Là je vais m’évanouir ! Il est en quoi lui ????????? Comment je vais faire la classe à une Terminale L, une 5ème et un 3ème ??!!! Je ne sais pas faire ça moi, je suis PE …
“Salut je suis Fred, en général, je me charge des matières mathématiques et scientifiques pour le cycle 4, mais si tu veux en prendre en charge, pas de souci.”
“Bonjour, je suis Chantal, moi je suis la maîtresse qui s’occupe des matières littéraires pour le cycle 4, mais comme Fred hein, si tu veux aussi en prendre en charge, pas de problème ! Bonjour les enfants !!!”
Je commence à reprendre des couleurs !
Enfin la directrice, Dominique arrive avec des pains au chocolat et des croissants : “C’est pour notre pause de 10h30 ;-) , moi je m’occupe des 3-10 ans, cycles 1, 2 et 3 , on bossera ensemble si ça te va ?” Tu parles si ça me va !!! Ouf ! Ça y est, je respire un peu mieux. Les enseignants ouvrent les armoires, sortent les jeux, les cahiers, les manuels, les ardoises … la salle commence à ressembler à une salle de classe.
“Bienvenue à l’école de l’hôpital, nous sommes ravis de t’avoir avec nous pour 3 semaines.”
C’est parti !

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Bonsoir, M. S
Moi aussi, je suis une feignasse. D’ailleurs je vais me mettre au boulot là.
Voilà ma soirée : Je viens de mettre mes enfants au lit. Chouette ! Je vais enfin pouvoir commencer mes deux ou trois heures de travail nocturne quotidiennes. Et quand je songerai à m’endormir, je n’oublierai pas de chercher encore une solution pour cet élève qui m’interpelle en classe et que je souhaiterais aider. Mais heureusement, je pourrai compter sur ma semaine de classe, les 36 cahiers à corriger midi et soir et ce conseil école-collège pour me reposer.

Ah, j’ai aussi ces deux rdv à 18h30 avec des parents…
Bref…No Comment…

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Comme tous les ans, je reçois tous les parents de ma classe au minimum 30 minutes. Certains, toutes les 6 semaines. Je ne compte pas les heures que ça représente puisqu’il est interdit de compter ces heures dans notre temps de travail.
Cette semaine, j’ai reçu des parents pendant 1h15. 1h15 à me justifier et à m’excuser pour tout ce que je fais dans ma classe…
Parmi la longue liste de reproches:
– Un cahier de littérature dont le terme est trop pompeux pour des CP.
– Les enfants ont trop de lecture le soir.
– On me soupçonne d’aller trop vite dans les apprentissages pour pouvoir partir en classe  découverte en fin d’année…
– Et surtout, au retour de la piscine, je fais faire sur ardoise un entrainement à l’écriture, pour l’écriture sur le cahier le lendemain. C’est un scandale ! Après la piscine, les enfants sont trop fatigués, ils ne doivent plus rien faire !

Depuis, je m’interroge : faut-il que je demande à mon inspecteur l’autorisation de faire travailler mes élèves après la piscine ?!!

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Je viens de découvrir votre site et je tiens à apporter ma contribution à travers une anecdote concernant les nouvelles technologies et leurs contraintes sur le métier d’enseignant, chose que beaucoup de gens ne voient pas :

Un samedi soir d’hiver, bien au chaud à la maison, l’ordi sur les genoux, je fais ma visite quotidienne de l’ENT (Espace Numérique de Travail) mis en place par ma circonscription, avant de regarder un film avec ma compagne.
Il est 21h, A m’envoie un message pour savoir s’il y a des devoirs. Je lui réponds qu’il n’a qu’à regarder sur son cahier de texte.
21h10 : Ma compagne me fusille du regard car je suis toujours sur l’ordi et elle attend pour lancer notre film. Je lui dis que je n’en ai pas pour longtemps, 5 mn au maximum. Entre-temps, A me répond qu’il n’a pas copié ses devoirs. Je lui conseille de regarder sur le cahier de l’ENT.
21h15 : A me répond qu’il a trouvé les devoirs mais qu’il ne trouve pas la leçon à apprendre et qu’en plus il a oublié son cahier à l’école. Je lui explique que ce n’est pas grave, qu’il a le cahier multimédia pour apprendre sa leçon. Ma compagne, fatiguée d’attendre, lance le film. Je lui dis que je n’en ai plus pour longtemps et que ce n’est pas grave. Silence de sa part… Le chat sur ses genoux me regarde de travers, l’air de dire : tu vas t’en mordre les doigts…
21h25 : A me renvoie un message. 2 autres élèves, B et N me signalent qu’il manque sur le cahier multimédia de français la leçon à apprendre pour lundi… Mea Culpa, je leur avais dit vendredi que je la mettrais le soir même sur l’ENT. Mais, avec le conseil d’école et ses 3 heures de réunion, ça m’était sorti de la tête…
Je fouille dans mon cartable pour chercher les écrits des élèves servant pour la leçon (schémas, textes et cartes mentales).
22h : Ma compagne fait comme si je n’existais pas et regarde tranquillement le film. Note à moi-même : Un bouquet de roses pour se faire pardonner, ça peut aider ? Pendant ce temps, je scanne les écrits des élèves et les mets sur l’ENT. Je peaufine la mise en page. Crotte ! J’ai oublié la vidéo d’un groupe…
22h30 : Je m’énerve sur l’ordi, je n’arrive pas à mettre en ligne la vidéo. Mon cerveau carbure à fond pour trouver une solution. Toutes mes compétences en informatique sont mises à rude épreuve.
22h45 : Solution trouvée ! Vidéo mise en ligne ! J’envoie un message à A, à B et à N pour leur dire que c’est bon. Ils pourront apprendre leur leçon.
22h50 : Je lève la tête de l’ordi et je vois sur la télé défiler le générique de fin. J’ai manqué la plus grande partie du film. Ma compagne se lève et part se coucher sans un mot. Le chat me regarde à nouveau et avec une sorte de moue malicieuse, s’enfuit en courant dans la chambre et va prendre sa place, comme toutes les nuits, sur le lit…
23h : J’éteins l’ordi partagé entre culpabilité d’avoir fait passer mon travail avant ma vie personnelle et sens du devoir accompli.
Conclusion : Lundi matin, évaluation sur la fameuse leçon. B et N ne l’avaient pas apprise, prétextant qu’ils n’avaient pas eu le temps… Dure semaine qui commence…

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Voici mon témoignage sur mon temps de travail en tant que professeur des écoles, CM2 (mais CM1 c’était tout pareil) 

Volume horaire moyen pour une journée :

– enseignement : 5h15
– service de récré : 15 mn
– réunion (moyenne pour une journée) : 15 mn
– relations / RV parents (moyenne) : 10 mn
– corrections (cahiers, leçons, exercices sur le cahier du jour) : 2h
– préparations intellectuelle (réflexion, fiche de prep, cahier-journal…) et matérielle (photocopies, découpages, affichages pédagogiques…) pour une journée de classe : 1h15
(les gens du privé qui font des “prez’ ” peuvent bien imaginer que 5h15 de prez’, ça se prépare)

TOTAL : 9h10 / jour (mercredi : la moitié : 4h05)
Soit une moyenne hebdo de 40h45mn

Ponctuellement (mais régulièrement) et pendant les vacances :

– programmations annuelles et périodiques,
– documentation et élaboration de projets pour la classe (volet pédagogique),
– réservation et renseignement de formulaires divers pour les sorties / intervenants extérieurs (volet administratif),
– correction des bilans dans toutes les disciplines (non compris dans la moyenne journalière des corrections QUOTIDIENNES du professeur des écoles),
– lecture des circulaires et e-mails administratifs et hiérarchiques,
– tenue des comptes pour les photos de classe,
– tenue des comptes pour la coopérative,
– tenue des comptes pour les adhésions USEP,
– saisie des livrets scolaires,
– commande de fournitures, livres (après les avoir lus et étudiés, bien sûr),
– formations,
– prise de connaissance et adaptation aux nouveaux programmes.

Personnellement, je travaille AU MOINS la moitié des petites vacances, et 3 semaines durant les grandes vacances.
J’admets que je n’ai pas à me lever à 6h30 durant les vacances et que travailler à domicile est toujours agréable.
Cependant, de plus en plus de sociétés du privé ouvrent cette possibilité à leurs salariés (travailler à domicile).
Si on supprime la possibilité au PE de préparer ses cours chez lui et qu’on lui impose des horaires de bureau, le nombre de candidats va encore chuter (et le niveau de recrutement avec…) ; on pourra même s’attendre à des démissions.
Je suis une grosse bosseuse, j’ai eu mes diplômes avec la mention très bien, mais il ne faudrait pas pousser trop loin le mépris pour notre travail…
A bon entendeur.

Gaëlle

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Ce matin, c’est moi qui fais la tournée toute seule comme une grande. Ça y est, je fais partie de la maison, chuis une tôlière ! Ouais ben je vais rester concentrée plutôt. Mais « fiertitude » quand même car Dominique et Fred ont été surpris que Chantal me laisse faire la tournée. Elle ne fait confiance à personne d’habitude. Il faut être fin dans son analyse des situations, voir jusqu’où on peut insister ou pas, voire être un peu plus agressif. Merci Chantal, je vais essayer de me montrer à la hauteur, tu parles d’un stress. Chuis une tôlière !
Les enfants entrent à l’école. Laura Benjamin, la queueleuleu … Hop, hop hop ! Rewind … Play mais au ralenti « steuplé » : Laura, Benjamin et la queueleuleu … Camille ?! Où est Camille ?
Je file chez les infirmières.
Je réalise alors que je ne sais pas du tout pourquoi Camille est ici. Ah elle est belle la tôlière tiens ! Je vais passer pour une cruche. Bien fait.
Camille ne se sent pas bien aujourd’hui. Elle ne peut plus marcher. Ah ouais quand même ! Les sourcils des infirmières qui se lèvent me laissent perplexe.
Bon, j’en fais quoi de Camille ?
Ben c’ que je veux mais surtout c’ que je peux. Rires (pas les miens vous pensez bien !). Nan mais faut pas que je m’en fasse, ça va lui passer vite. Elle est comme ça Camille. ‘Y a des jours avec et des jours sans. Mais quand même dans le doute on va lui faire passer toute la batterie d’exams pour voir si ses jambes vont bien. Ah je vais voir aussi, ‘y a un petit nouveau qui n’a pas l’air commode, faut voir.
Pfiou ! Allez zou chez Camille. Elle boude. C’est catégorique, elle refuse d’aller à l’école car elle ne peut plus marcher. C’est fini, elle ne marchera plus jamais.
Je ne le sais pas encore, mais l’après-midi, je verrai sa maman. Sa maman qui ne comprend vraiment pas ! (sourcils des infirmières comme le matin) Sa maman qui est là touuuuuuuuuus les jours, qui lui apporte touuuuuuuuuuuuut ce qu’elle veut, qui lui demande toujouuuuuuuuuuuuurs si elle va bien, si elle a froid, chaud, soif, faim, sommeil, mal à la tête, au ventre, au doigt de pied… si elle veut boire, manger, dormir, jouer, sauter, danser, regarder la télé ou faire du parapente (nan là c’est moi qui pars en vrille en l’écoutant me saouler). Non vraiment elle ne comprend pas ce qui ne va pas chez sa fille.
Le petit nouveau c’est Jimmy. Jimmy ne veut pas venir à l’école. Il doit avoir une quinzaine d’années. Son papa n’est pas pour de toutes façons. Autant qu’il joue sur sa tablette, pour ce qu’on va lui faire faire à l’école de toutes façons. Et puis de toutes façons il a des examens à passer alors c’n’est pas la peine. Les seuls mots que le garçon m’adresse sont « Et le wifi ici il est pourri ! Il faut m’arranger ça. » Ben tiens ! Il m’a prise pour le room-service ou quoi ? S’il veut du wifi, il vient à l’école, la borne est là-bas et nous on a tout le wifi qu’on veut, namého !
Oh misère le regard du père ! On dirait un veau qu’on amène à l’abattoir. Ok je vais voir ce que je peux faire pour le wifi, mais je ne garantis rien et vous savez quoi ? « I’ll be back ! ».
Le lendemain, ils refuseront encore tous les deux et de toutes façons ils attendent les résultats des tests.
Le surlendemain, ils refuseront encore et de toutes façons Jimmy va changer de chambre. Les seuls mots que le garçon va m’adresser sont : « Madame ! Merci pour le wifi ».
Le 4ème jour Jimmy a bien changé de chambre. Son nom a disparu de ma grille et est allé s’inscrire sur celle du bloc où l’école ne va pas … de toutes façons …
Et Camille qui fait toujours des siennes. ‘Y a que sa mère qui ne comprend pas, je vous jure. Vous l’aurez compris, ses jambes n’ont rien du tout. Que dalle ! Son cerveau non plus d’ailleurs. Tout fonctionne, mais Camille ne le veut pas. Elle veut rester ici, ne pas retourner avec sa mère qui lui donne touuuuuuuuuuuuuuuuuut ce qu’elle veut, sa mère qui est toujouuuuuuuuuuuuurs là si elle a besoin … Elle a besoin que tu lui foutes la paix là ! Mince, pourvu que je ne l’ai pas pensé trop fort. Allez Camille laisse tomber le fauteuil roulant, s’il te plaît. Non ! Tu peux y arriver. Non ! On essaie les béquilles ? Non !
Je lui chuchote à l’oreille : s’il n’y a pas de changement, tu vas sortir d’ici et tu resteras en fauteuil chez toi … hmmm pas cool. Maintenant si quelque chose de nouveau se présentait…
– Ok je tente les béquilles.
Elle s’effondre littéralement sur le sol. C’est un truc de fou ! Si nous voulions faire croire que nous étions invalides, nous aurions quand même le réflexe avant de tomber de se sécuriser. Elle, pas du tout ! Elle nous a fait la peur de notre vie ! Rebelote les exams. Non ‘y a rien, c’est bien psy. Le lendemain, je vais réussir à la soutenir sur la moitié du couloir. Faut voir ce que je lui envoie. Du « Allez feignasse ! » (je sais, c’est comique pour le coup), du « Bouge-toi un peu ! », du « Allez bravo, encore un peu ! », du « Tu vas y arriver, encore un peu plus loin », et aussi du « Pitié Camille si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour moi : j’ai d’autres enfants à aller chercher ! ». On fait le spectacle toutes les 2 dans les couloirs le matin depuis 4 jours. Ça motive même certains enfants à venir : si une gamine qui ne marche pas fait tous ces efforts pour venir avec nous c’est que ça doit être drôlement bien l’école de l’hosto !
Les infirmières sont toujours en embuscade au cas où. Mais même au bout des 3 semaines, Camille ne remarchera pas toute seule longtemps.”

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Ce que les gens retiendront de ma journée :

Elle a fait 3h de cours.

Ce que je retiendrai de ma journée :

J’ai commencé à 9h, j’ai fait 3h de cours, j’ai corrigé des copies pendant 4h en salle des profs, j’ai fait des photocopies, j’ai participé au Conseil d’Administration de 18h à 20h30 et j’ai corrigé des copies de 22h à 00h15. Bonne nuit !

Une feignasse parmi tant d’autres.

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La première fois que j’ai vu Chantal, je me suis dis que Goya en nom de famille ça lui irait bien et que j’allais me pendre avant la fin des trois semaines si elle me chantait le petit panda ! D’ailleurs j’ai été surprise lorsqu’elle m’a annoncé qu’elle s’occupait plutôt des grands et pas des mater (maternelle, ndlr). “Brrrrrr les maters lol !”

Tu m’étonnes…
Plutôt jolie, petite, elle kiffe Desigual mais tout le monde le sait, trop de Desigual tue le Desigual.
Et puis vas-y que je t’accessoirise tout ça avec des colliers à grosses perles de toutes les couleurs, des broches plus « zarbis » les unes que les autres (j’ai renoncé à essayer d’identifier ce qu’elles représentaient), des bracelets des fleurs en feutrine ou en boutons ou en « jenesaispasquoi » de toutes les couleurs… Je vous jure, ça pique les yeux ! Elle a la voix douce, on dirait un chamallow qui parle. Vous savez ce que j’ai envie de faire aux chamallows ? 
Bref, Chantal n’a pas grand-chose pour me plaire à la base. Et pour couronner le tout, tous les matins elle se barre, aux alentours de 9h15, pendant près d’une heure, on ne sait où, en me laissant ses élèves avec leurs exercices de lecture analytique ou de grammaire ou piiiiiiiiiiiire d’histoire-géo !!
De temps en temps, Dominique, la « dirlotte », me donne un coup de main mais c’est compliqué car elle a trois tonnes de paperasse, du taff par-dessus la tête en direction (amis dirlos je vous salue bien bas parce que je ne sais pas comment vous tenez le coup ! Respect !). Il faut que je comprenne, normalement on est encore une de plus. Ça fait deux collègues en arrêt en même temps alors c’est compliqué forcément pour l’organisation. Heureusement que je suis là mais ça ne suffit pas en vrai. En fait Dominique est dirlotte sur les deux hôpitaux du coin mais c’est trop l’enfer de jongler sur les 15 bornes qui les séparent. Là c’est vous qui devez comprendre qu’il y a le centre-ville à traverser alors on ne compte pas en bornes mais en temps. Il faut compter facilement 1h à 1h30 selon le moment de la journée sinon franchement en 1/2h ça se fait. Alors, Dominique s’est arrangée avec sa décharge et ça arrange tout le monde. L’inspection de l’ASH, elle, ce qui lui importe c’est que le boulot soit fait. Ouf ! Ça fait du bien d’avoir des gens intelligents en face de soi et Dominique sait de quoi elle parle parce qu’avec l’administration … Bref pas besoin de me faire un dessin, hein ? « Non, non, ça va, je vois très bien ce que tu veux dire  ». Dominique gère les deux écoles depuis un seul site et sa décharge fait un temps complet sur l’autre. Pour l’instant, ça fonctionne nickel. Mais tout ça pour dire que la dirlotte, là, elle est pas toujours en classe, ben oui. Donc, quand l’autre se barre on ne sait où, ben je dois me débrouiller avec les 5, 6, 7 … élèves.
Chantal la glandouille ? Goya la feignasse ? Je ne vous ferai pas l’affront de vous la refaire celle-là.

Et ce matin, Chantal me propose de venir glander avec elle. Enfin, c’est ce que je crois en bonne vilaine « critiqueuse » que je suis. Mais j’avoue : ouf ! Je vais sortir de la grotte !

On entre dans le bureau des infirmières. Truc de fou, je n’aurais jamais imaginé faire un truc pareil. Elle se saisit d’un bloc-notes quadrillé rempli d’infos.
« Salut les filles, qu’est-ce qu’on a aujourd’hui ? Il se sent comment Jules ?
– Oublie Jules ce matin, il a très mal dormi, il vaut mieux qu’il se repose. La petite du 301 se fait opérer à 11h30, tu peux l’emmener, on viendra la chercher à l’école, comme ça ça lui changera les idées et elle ne gambergera pas pendant ce temps-là, toute seule dans sa chambre : ses parents ne sont pas là car leurs employeurs ne leur ont pas accordé la journée pour l’opération de leur fille, enfoirés !
– Je vois que la 304 monte au bloc à 12h ? Pourquoi je ne la prends pas ?
– Nan, laisse, elle doit boire/prendre (NDLR : je ne me souviens pas des trucs techniques, vous pensez !) un truc tous les quarts-d’heure, ce serait trop contraignant pour vous et vous risquez de zapper une fois, ça craint.
– Ok, autre chose ?
– Non je crois que c’est tout. Vous pouvez y aller. »
Chantal m’attrape par le bras et me dit : « Let’s go ! ». Oh merde ! Pas Dora ! Pas Dora !
Toc toc toc …
« Bonjour, nous sommes les maîtresses de l’école. Tu t’appelles Simon, c’est ça ? Tu peux venir avec nous si tu le veux et si ta maman le veut aussi. Comme ça tu ne t’ennuieras pas.
– L’école ????????!!!!!!!!! à l’hôpital ????!!!!!
– Et oui.
Large sourire des deux feignasses qui ne va pas plus que ça emballer l’enfant et sa mère. C’est des barges l’éducation nationale ! Même à l’hosto ils nous emmerdent. Heu …
« Vous savez, si vous n’en avez pas envie, c’est pas grave pour aujourd’hui ou quelques jours, mais nous vous rappelons que la scolarité est obligatoire et que si votre enfant reste ici plusieurs jours et qu’il est suffisamment en forme, il peut et doit venir à l’école. »
Malheur, c’qu’on n’avait pas dit ! On eût dit que l’on était des sorcières, piiiire : des témoins de Jéhovah ! T’à l’heure elle nous sortait à coups de pompes, j’vous jure.

« Pas grave, on tente notre chance ailleurs » me dit ma feignasse-chamallow avec un clin d’œil.
J’avais l’impression d’être redevenue (oui, je suis une reconversion de plein de boulots ^_^ ) vendeuse en porte-à-porte, la loose.

Toc toc toc … Même laïus de début. Une scène à hurler de rire : le môme avec une tronche de six pieds de long et la mère qui arbore un laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarge sourire qui en dit long, genre : merci de me débarrasser de ce calvaire de gosse !
« Bonne idée ! Comme ça tu ne rateras rien » (« et surtout je ne t’entendrai plus chouiner pffff » Elle ne l’a pas dit hein, mais l’a pensé tellement fort qu’on l’a entendue !!).
Allez hop ! Un client de plus.
« Prépare-toi, on revient te chercher ».

Et nous revoilà reparties sur les routes, enfin dans les couloirs de l’hôpital.
Par ici c’est pas la peine, ils mettent les cas lourds, les chirurgies lourdes. Tant que les gosses sont là, ils sont trop fatigués. Nous on ne s’occupe de que ce secteur.
Pourquoi on a laissé ces chambres ? Elles sont occupées et les enfants ne sont pas prévus au bloc ?
« La scolarité n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans, donc on laisse les plus petits. On propose quand même aux maters mais on n’insiste pas si les parents refusent, contrairement aux grands. Regarde : ils ont moins de 3 ans ces 5 là, alors on n’y va pas. » Ah ben feignasse un jour… J’déconne lol.

On a de la chance ! Ici pas de cancéreux, c’est dur les cancéreux. Non, ici c’est chirurgies, maladies et psy. Beaucoup de psy. Il faut que je comprenne, les gosses de cet hôpital ce sont surtout des psy, des TS, des boulimiques anorexiques. Mais ouf ! Pas de cancéreux, c’est dur les cancéreux. Elle me l’a déjà dit ? Oui.

La récolte a été moyenne. 10 chambres, 3 élèves, en plus des habitués. On fera mieux la prochaine fois.
« Demain, tu feras toute seule, tu te sens ? » Graaaaave ! (Ou pas. Mais chut! Moi aussi je veux être une warrior, un chamallow warrior, comme Chantal !).

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0h30 : Ouf ! J’ai fini de corriger mes copies ! Au lit !

0h45 : Oups ! J’ai oublié d’imprimer un document SUPER important ! Si je ne le fais pas c’est la fin du monde ! (un document de travail en autonomie).

1 h : Retour au lit.

1h30 : Oups ! Je n’ai pas fait les PPRE ! Ni préparé mes équipes éducatives ! Et le dossier-mairie doit être rendu si je veux faire UNE sortie !

2 h : Mince, je sens que L est un peu perdue en ce moment, quelle remédiation pourrais-je faire pour l’aider à avancer ?

2 h 30 : Ah mais on devrait faire ça en plus pour le projet, oh, bonne idée, je note !

3 h : Il ne manquerait pas un affichage dans ma classe ?

3h15 : Mince, je me réveille dans 3 heures…

3h45 : On est un peu en retard dans les programmes quand même…

4h15 : Oh purée ! Je me lève dans 2 heures !

4h30 : C’est quand la prochaine réunion école-collège ? Et le conseil d’école ? La journée de solidarité ? Ma formation continue, c’est quand ? Et je vois quand l’équipe du RASED ? Ooooooooh ma tête va exploser !

5h15 : Je me réveille dans une heure…

Et après tout ça, il faut assurer, devant les élèves, puis dans sa vie de famille, et enfin les corrections… Mais c’est faisable, les professeurs ont des super pouvoirs, non ?

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Ce soir mon mari me demande d’évaluer combien je fais d’heures par semaine… Je lui fais le calcul et là il me dit : “Ouais, mais tous les profs ne font pas ça.”. Et là, ça a fait écho à tout ce que vous dites depuis quelques jours et je lui rétorque : “C’est marrant parce que sur le groupe 800000 feignasses, c’est ce qui ressort tout le temps. Les conjoints, les amis, la famille…. disent tous : “Toi OK, mais les autres, ils n’en font pas autant” ! Ça lui a cloué le bec ! Namého !

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