Un soir, rentrant de la forêt tout pleurnichant,
Petit Ours assura qu’elles lui paieraient cher.
Arrivé au bercail, apercevant Maman,
En larmes il fondit, aux jupons de sa mère.

_ « Mais qu’as-tu mon petit ? déplora la fleuriste,
N’as-tu pas eu ton miel ? Mais que font les abeilles ? »
« Elles m’ont encore piqué, c’est pourquoi je suis triste,
Je n’ai pas eu mon miel, elles font toujours pareil ! ».

Maman ours agacée, consola son petit.
Pour sa consolation, lui promit dès demain
Des bonbons délicieux et des confiseries,
Une journée joyeuse dans son magasin.

Le lendemain midi, Petit Ours, bien content,
Partit rejoindre sa fleuriste de maman.
Que de surprises vit accrochées à ses dents !
De toutes les couleurs, de toutes les saveurs !
Petit Ours en mangeant, passa ainsi son temps
Au magasin gâté, la forêt délaissant.

Dans la forêt pourtant, s’empressaient les abeilles :
L’ourson viendrait chercher son miel aux teintes d’or !
Mais les jours s’écoulant, sans visite, esseulées,
Les ouvrières s’inquiétèrent de son sort.

_« Que va-t-il devenir, s’il ne se nourrit plus ?
Et que deviendrons-nous, s’il ne vient plus nous voir ? »
Bien vide est la forêt, les fleurs ne comptent plus,
Nos jours comme nos nuits sont plongés dans le noir ! »

Ainsi se lamentaient les mornes ouvrières
Dans un bourdonnement chagrin et douloureux,
Les fleurs que naguère butinaient ces dernières
Fanaient avec le temps, d’un pistil langoureux.

À la boutique encor, petit ours épaté,
Musardait en mâchant, éructant et souffrant.
Et maman s’inquiétait, devant son étal vide,
De la bonbonne voir le fond.

Mû par le bruissement du massif forestier,
Un renard soucieux traversa la prairie.
Quel ébahissement fut le sien quand il vit
La forêt sans bleuet, sans iris, sans pensée !

Il se dit qu’au village on devait avoir peur,
Car un monde sans fleurs est un monde qui meurt.
Il vit une fleuriste implorant son enfant,
De l’aider à chercher un nouveau rendement.

Ce dernier, nonchalant, pansu, ventripotent,
Râlait tout en soufflant qu’il avait bien le temps.
Renard qui s’offusqua de cet ours mal léché
Vint proposer son aide à cette infortunée.

_ « Merci monsieur Renard de me prêter secours !
Mon fils est bien malin mais les abeilles folles
N’ont su que le piquer dès qu’il s’en approchait,
De cesse elles n’avaient de rehausser leur miel. »

À ces mots, Renard comprit que prairie sans fleurs
Résulte de l’enfant que l’on nourrit de leurres.
Sachant que sans raison ne piquent les abeilles,
Il dit à la maman ce précieux conseil :
_« Apprenez-lui à grimper, soignez ses piqûres,
Du miel qu’il convoite soutenez la gageure ! »

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2011-2012, Je suis T4, TRB dans ma circo, 8h10 le tél n’a toujours pas sonné, je me dirige vers mon école de rattachement.
Puis la voix de la secrétaire me demande “un service que je peux refuser” … heu … ça va très très vite dans ma tête.
Naaaaaaaaaaaaaaaan !!! Pas la segpa !! Naaaaaaaaaaaaan, pas l’ime !!! Naaaaaaaaaaaaaaaaaaan pas la rep+ :-p
Rien de tout cela, mais elle comprendrait si je refuse …
Après ses explications, elle me demande si je suis ok, si je me sens. Bien sûr que non je ne me sens pas, mais ces enfants ont besoin d’une maîtresse, alors j’y vais et puis ce sera sûrement très formateur (à ce point je ne pensais pas).
Je me gare aux places réservées personnel, je longe les grands couloirs, ça ne sent pas bon, cette odeur qui serre les narines. Le cœur tape fort fort …
La salle de classe est fermée à clef, une dame accepte de me l’ouvrir, mais elle va se faire enguirlander de l’avoir fait quelques minutes plus tard par sa chef. Et oui, ça n’est pas écrit sur mon front que je suis la remplaçante de la maîtresse ! Et puis c’est la directrice qui doit ouvrir la classe, c’est comme ça, c’est la règle ! Je suis embêtée pour elle et je m’excuse, elle me dit que ce n’est pas grave avec un clin d’œil et un sourire. Ouf ! Sympa!
J’entre dans la très grande salle de classe qui n’a de salle de classe que le nom et pas le look.
8h35, c’est bon j’ai le temps, la classe ne commence qu’à 9h00, je vois un peu le matos mis à disposition.
Sur la gauche, un petit coin maternelle (enfin c’est ce que je pense sur le coup) : une petite table ovale avec des petites chaises tout autour, une petite chauffeuse qui commence à dater un peu, pas de jeux, pas de livres … de grandes armoires fermées à double tour : le matos doit être bien planqué !
Pfff ! 8h40 … je ne vois toujours rien pour commencer la journée.
Sur la droite, encore de grandes armoires, aussi fermées, 5 ou 6 ordis le long du mur. Des tiroirs (fermés, cela va sans dire !) attirent mon attention : cycle 1, cycle 2, cycle 3 et … 6ème, 5ème, 4ème, 3ème, sde, 1ères (L, S, ES), terminales (idem) et … prépa !!
Ben merde alors !!!
8h45, bon tu sais quoi, il reste 15 minutes, je vais sortir trouver quelqu’un qui pourra m’ouvrir les placards.
“Oups ! Pardon, je suis en avance, j’aime bien arriver la première ! Je suis Camille et je suis en 5ème !” “Heu … bonjour Camille.” Cheveux courts, large sourire, cette gosse respire la joie de vivre, enfin, c’est ce que je croyais.
Laura lui emboîte le pas, jolie brunette un peu trop lolita : “Bonjour, je suis Laura et je suis en Terminale L” me dit-elle en s’affalant sur une des chaises face à un ordi.
Bon, ben tu sais quoi, c’est mort pour aller chercher quelqu’un : je ne peux pas laisser ces “enfants” sans surveillance (je comprends pourquoi il faut attendre la directrice pour ouvrir la classe : on ne m’y reprendra plus ;-) ).
“Salut je suis Benjamin et je suis en 3ème”. Un peu enrobé le jeune garçon de 13 ans sourit à peine et se jette sur un ordi pour l’allumer.
Mais où sont les petits loulous de 6-10 ans bordel !!!!!!!!!!!!
Un gars d’une petite quarantaine entre à son tour. Nan, tu sais quoi ? Là je vais m’évanouir ! Il est en quoi lui ????????? Comment je vais faire la classe à une Terminale L, une 5ème et un 3ème ??!!! Je ne sais pas faire ça moi, je suis PE …
“Salut je suis Fred, en général, je me charge des matières mathématiques et scientifiques pour le cycle 4, mais si tu veux en prendre en charge, pas de souci.”
“Bonjour, je suis Chantal, moi je suis la maîtresse qui s’occupe des matières littéraires pour le cycle 4, mais comme Fred hein, si tu veux aussi en prendre en charge, pas de problème ! Bonjour les enfants !!!”
Je commence à reprendre des couleurs !
Enfin la directrice, Dominique arrive avec des pains au chocolat et des croissants : “C’est pour notre pause de 10h30 ;-) , moi je m’occupe des 3-10 ans, cycles 1, 2 et 3 , on bossera ensemble si ça te va ?” Tu parles si ça me va !!! Ouf ! Ça y est, je respire un peu mieux. Les enseignants ouvrent les armoires, sortent les jeux, les cahiers, les manuels, les ardoises … la salle commence à ressembler à une salle de classe.
“Bienvenue à l’école de l’hôpital, nous sommes ravis de t’avoir avec nous pour 3 semaines.”
C’est parti !

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Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé ne serait absolument pas fortuite. Seuls les noms ont été changés.
Tout le monde peut se retrouver en prison, vraiment tout le monde. Même des innocents,  j’en ai rencontrés.

Le premier, c’était au centre de jeunes détenus de Fleury-Mérogis. David, 17 ans,  était incarcéré pour le viol d’une jeune fille après une soirée en boîte de nuit, à Antony, banlieue sud de Paris. Un journaliste de France 3 s’est intéressé à son histoire et a réussi à prouver que David se trouvait à Orléans au moment des faits. Il a fait 6 mois pour rien.
Boubacar était un de mes élèves à Fresnes . Au cours d’une perquisition à son domicile,  la police a trouvé, au fond d’un placard, 5 kilos de résine de cannabis. Ce que les policiers ignoraient,  c’est que Boubacar hébergeait un ami qui faisait régulièrement des allers et retours vers le Maroc. Il a été libéré après quelques semaines.

Michel,  lui,  était là pour recel d’objets volés : il prêtait son garage qu’il n’utilisait pas à son voisin, sans savoir que celui-ci était cambrioleur.
Un jour, je m’apprête à sortir de la division en fin de matinée, et je vois 5 arrivants avec leur paquetage. Parmi eux,  un de mes anciens élèves, Jeremy. Je ne pensais pas le voir revenir, lui. Il semblait avoir compris. Me voyant, il me dit : “Tu vas pas me croire ! Des cambriolages ont eu lieu dans mon quartier,  exactement dans le même style que ce que je faisais. Ça fait 2 ans que je bosse,  je n’y suis pour rien ! Le flic chargé de l’enquête est celui qui m’avait arrêté. Il m’a envoyé “au placard ” directement. Jeremy n’a fait que 15 jours mais il a perdu son travail.

Un autre jour,  je recevais des détenus qui m’avaient écrit pour des inscriptions au CNED. Jean s’assoit face à moi et éclate en sanglots. Il me dit : ” Faites quelque chose pour moi. Je viens de me marier. Mon épouse a 2 enfants, Benjamin, 17 ans, et Marie, 19 ans. Ils m’accusent tous les deux d’attouchements. Je ne comprends pas, je ne leur ai jamais rien fait de mal. ” Je promets de contacter très vite un conseiller d’insertion et de probation,  je ne peux malheureusement rien faire de plus. J’appellerai aussi le psy pour éviter un drame.

Et pour finir, l’histoire d’un collègue : professeur d’EPS dans un collège de banlieue parisienne, Nicolas, qui a la surprise de voir arriver la police en plein cours au collège. On lui met les menottes devant ses élèves et on l’embarque. Une élève l’a accusé de viol.
Les journaux vont s’emparer de l’affaire et raconter n’importe quoi comme souvent.

A Fresnes,  Nicolas est placé dans une des cellules réservées aux détenus dont l’affaire est médiatisée, en première division. Il m’a écrit,  je vais le voir. Le surveillant m’accompagne jusqu’à sa cellule. Il ouvre,  nous entrons. Nicolas s’est pendu aux barreaux de la fenêtre avec ses draps. Nous nous précipitons pour le décrocher : trop tard.
Quelques jours plus tard, l’accusatrice avouera qu’elle avait tout inventé…

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Fred, Fredo … Le prof à la cool Fred. Il est sportif, Fred. Avec sa petite quarantaine et son look de windsurfeur, il fait craquer toutes les petites collégiennes et les lycéennes. Pantalon baggy, T-shirt moulant, cheveux longs et blonds et un peu brûlés par le sel et le soleil même fin novembre, marié, pas d’enfant « parce qu’il faut que je comprenne, c’est bon hein, des gosses malheureux et malades y en a assez comme ça, pas la peine d’en rajouter et puis il en a plus de 1 000 (à la louche) à s’occuper dans une année, alors c’est bon hein ?! Il s’en lancé dans le kitesurf, je devrais essayer, on a des mégas sensations ». Ok si j’ai le temps :-p
Les enfants entrent dans la classe, Camille, toujours Camille en premier, Laura, Benjamin qui traîne des pieds et les autres loulous à la queue leu leu. On ne s’affole pas, on n’a jamais plus de 12 élèves en classe, question de sécurité.
Je disais donc, Fred, Fredo, prof à la cool, super cool, qui s’occupe des matières scientifiques. Il envoie du « mon pote », « coco /cocotte » aux élèves. Il faut que je comprenne, il y a des gros avantages à bosser à l’hôpital, encore heureux : pas de correction car les gosses on ne sait jamais s’ils reviennent le lendemain même en cas d’hospitalisation longue donc tout doit être fait au jour le jour ; pas de progression ni de programmation forcément on ne sait jamais qui sera là et pour combien de temps mais bon y en a en vrai, hein, des piquées sur le net, on les compare pour savoir en gros où doit en être un élève d’un certain niveau, tu comprends ? » Oui, oui, très clair ! Mais alors ils connaissent les programmes de tous les cycles ??????? Il a un rire sympa Fred, franc. J’ai tout compris !
Fred la glandouille ? Fredo la feignasse ?
Il n’a pas l’air de beaucoup forcer le Fred. À la cool. Il se cale sur un ordi, Benjamin à sa gauche, Mélissa (une autre bombe mais je vous en parlerai plus tard de Mélissa …) à sa droite et un autre élève qui n’a pas très bien compris ce qui lui était arrivé ce matin quand à peine son petit déj englouti et sa toilette de chat effectuée, il s’est retrouvé à l’école, il rêve !!
Fred, il adooooooore geogebra ! Il adoooooooore les ordis en général. Fred le geek lol. Allez hop, un exo pour Mélissa, un exo pour le petit nouveau et il s’tape une petite convers’ avec Benjamin.
Je le regarde du coin de l’œil, l’ami Fredo, moi qui galère avec deux petits CP pleins d’énergie à 9h20 et qui se moquent royalement de lire et de coller les étiquettes «genoux», «chevilles», «coudes», « poignets » au bon endroit sur le mannequin. La petite Priscilla, jolie africaine qui parle mal français, un peu déconnectée et qui a une vilaine infection à l’œil et Jules. Jules La Pile, qui a un rhume de hanche. Jules, que tu as envie de bouffer : « Arrête de gigoter comme ça et dis moi ce qu’il y a écrit sur cette étiquette ? ». Jules, que tu as envie de bouffer : « Maîtresse, t’es trop gentille et tu es la plus belle ! ». Quoiqu’il dise Jules, tu as envie de le bouffer, toutes griffes dehors ou de bisous. Peuchère, il est coincé dans son lit avec une atèle pour maintenir sa hanche bien tirée vers le bas. Il gigote tellement, qu’il est tombé deux fois et compromet sa guérison, alors les infirmières n’ont pas eu d’autre choix que de le mettre dans un lit à barreaux pour les bébés. On dirait un petit singe en cage le pauvre. Mais il se marre (presque) tout le temps (sauf quand ça tire trop sur sa hanche).
Ah ! Et Chantal s’est barrée ! Comme hier, elle est partie en me laissant aussi Camille et un autre élève de collège avec des exos de lecture. Ils me demandent toutes les trois secondes le sens d’un mot ou d’une question, ou juste « s’ils ont bon ».
Bref, pendant ce temps-là, Fred blague avec Benjamin. Un grand rire, une tape dans le dos, un check à la basketteurs américains. Ouf ! Le gosse est ENFIN au boulot.
Fred, la glandouille ? Fred la feignasse ?
Au bout d’un quart d’heure (et je suis laaaaaarge ! ) Benjamin, se cale à l’ordi, écouteurs sur les oreilles, devant des clips de boloss.
Et moi je suis là avec mes quatre élèves … et je galère …
Chantal a la bonne idée de revenir en classe. Hop ! C’est l’heure ! Fred me propose de prendre la pause bien que d’autres élèves soient arrivés.
Parce qu’il faut que vous sachiez qu’à l’école de l’hôpital, il n’y a pas de récréation, pas de cour, pas d’extérieur. Aujourd’hui tout a été refait et par bonheur la salle de classe est à l’étage, avec une grande baie vitrée, mais en 2011, l’école est en sous-sol. Élèves et enseignants ne voient pas la lumière du jour de la journée. Cool non ? Même la pause, on la prend en sous-sol, on fume dans une salle réservée. Ça pue, laisse tomber !
Un vrai labyrinthe l’hôpital ! On en profite pour discuter un peu. « Pauvre Benjamin ! Si c’était pas si triste, je dirais VDM, je te jure. Sa mère, son grand frère et lui, diabétiques. La maman est morte il y a deux ans et le frère l’année dernière. Il était condamné alors il a pris tous ses médocs d’un coup. Il est mort ici, les docs n’ont rien pu faire. Benjamin a décidé d’en finir aussi, c’est sa 2ème TS. Il refuse son traitement. Les flics l’ont retrouvé allongé dans le caniveau, bourré après une fugue du plusieurs jours sans traitement. »
« Bonjour Benjamin, ce matin on reparle de Pythagore !
– Vas-y c’est bon, ça m’a saoulé ! Ça sert à rien ton truc !
– Si regarde, là tu vas en avoir be …
– Nan, c’est bon ça me sert à rien, je vais mourir comme mon frère et ma mère.
– Les médecins n’ont pas dit que tu étais condamné.
– Bah ça va pas tarder, alors je veux qu’on me foute la paix, qu’on me laisse manger ce que je veux quand je veux, pas faire des exercices qui me serviront à rien …
– Ecoute Benjamin, on est des pions tous les deux. On n’a pas le choix, on est là toi et moi. Mon patron me paie pour te faire faire Pythagore et toi de toutes les façons tu es là. On s’entend bien non ?
Rires ! Ben oui ils s’entendent bien, il est cool Fred, Fredo ! Plus sympa que la psy qui veut le faire parler à tout prix, il n’a rien à lui dire à elle, mais il aime bien parler avec Fred et regarder des sites sur les bagnoles et échanger mécanique avec le prof à la cool qui essaie de glisser au passage 2 ou 3 théorèmes de physique, il l’a vu venir, il est pas con Benjamin, juste dépressif et suicidaire.
Fred la glandouille, Fred la feignasse ?
– Alors voilà le deal, tu me laisses faire mon taff et je te laisse regarder des clips pendant la récré ;-)
(Oui, normalement pas de clips pendant la récré, après ils ont du mal à se reconcentrer, bizarre, pas avec le reste, mais les clips oui, va comprendre Charles ! ).
Pendant un quart-d’heure le pauvre Benjamin va suer sang et eau sur le non moins pauvre Pythagore qui n’en demandait pas tant avant de se caler devant les clips de boloss, écouteurs sur les oreilles.
Pendant ce temps-là, Mélissa a enfin l’attention du prof de maths !!!!
Chantal a donc la bonne idée d’arriver enfin, suivie de 3 nouveaux élèves. Fred me propose de prendre la pause.
Fred la glandouille ? Fred la feignasse ? Hummmmm.

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Pour éviter certaines critiques, je vais, en préalable, préciser qu’il n’est pas question de m’apitoyer sur le sort des détenus, mais juste d’ouvrir une autre page de mon expérience.
Je précise également que plus de 80% des détenus sont condamnés à moins de 6 mois, et sont donc des délinquants, pas des criminels.

Noël approche. Pour beaucoup, ce sera la première et la dernière fois derrière les barreaux. Loin de la famille, loin des amis, à deux ou trois dans la cellule de 9 mètres carrés. Bien sûr, oui, ils auraient dû réfléchir avant de transgresser la loi, mais c’est trop tard. Et personne n’est à l’abri d’une erreur.

Alors on se prépare. Du côté des surveillants, c’est vigilance accrue car les tentatives de suicide vont être en augmentation. On essaie d’égayer les lieux en installant un sapin de noël au rez-de-chaussée de chacune des trois divisions. Pendant les 15 jours précédant noël, et ce, jusqu’au 31 décembre, les détenus peuvent recevoir des colis, soit par la poste, soit au parloir. C’est la seule période de l’année durant laquelle c’est autorisé, le reste du temps, seuls les échanges de vêtements sales et propres sont autorisés au parloir. Ceux qui n’ont pas de parloir lavent leur linge au lavabo avec la lessive achetée en cantine. C’est gratuit pour les indigents.

Installation de deux Algecos dans la cour d’honneur pour vérifier les paquets : tout est très règlementé. Les saucisses, boudins blancs, viandes, gâteaux doivent être coupés en petits morceaux (pour éviter l’introduction d’objets interdits comme des limes, couteaux, carte sim …). Si quelque chose n’est pas conforme, un surveillant est chargé de rectifier avec un couteau. Les chocolats ne doivent pas contenir d’alcool.

Les cellules s’organisent, chacun fait entrer sa part en fonction de ses moyens. Les incidents sont rares, on trouve toujours un arrangement.
Chez les femmes, c’est un peu différent, car elles sont en cellules individuelles. Pour les fêtes, elles peuvent demander à être « doublées »  pour la semaine de noël au jour de l’an. La plupart des demandes sont acceptées, sauf sanction disciplinaire. Pour les mères, il y a aussi juste avant noël un après-midi réservé à la visite des enfants, avec distribution de cadeaux. Moment plein d’émotion pour ces femmes et ces enfants qui parfois ne se voient qu’à cette occasion (les grosses peines).

Le jour J, c’est la fête dans les cellules, on leur laisse la lumière jusqu’à minuit et demi.
On recommencera pour le réveillon du jour de l’an, on tapera dans les gamelles et dans les portes à minuit, et on s’endormira en pensant à l’année prochaine : beaucoup d’entre eux feront la fête en famille, d’autres auront pensé à une nouvelle vie et feront en sorte de ne pas revenir …

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Bonsoir, M. S
Moi aussi, je suis une feignasse. D’ailleurs je vais me mettre au boulot là.
Voilà ma soirée : Je viens de mettre mes enfants au lit. Chouette ! Je vais enfin pouvoir commencer mes deux ou trois heures de travail nocturne quotidiennes. Et quand je songerai à m’endormir, je n’oublierai pas de chercher encore une solution pour cet élève qui m’interpelle en classe et que je souhaiterais aider. Mais heureusement, je pourrai compter sur ma semaine de classe, les 36 cahiers à corriger midi et soir et ce conseil école-collège pour me reposer.

Ah, j’ai aussi ces deux rdv à 18h30 avec des parents…
Bref…No Comment…

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Comme tous les ans, je reçois tous les parents de ma classe au minimum 30 minutes. Certains, toutes les 6 semaines. Je ne compte pas les heures que ça représente puisqu’il est interdit de compter ces heures dans notre temps de travail.
Cette semaine, j’ai reçu des parents pendant 1h15. 1h15 à me justifier et à m’excuser pour tout ce que je fais dans ma classe…
Parmi la longue liste de reproches:
– Un cahier de littérature dont le terme est trop pompeux pour des CP.
– Les enfants ont trop de lecture le soir.
– On me soupçonne d’aller trop vite dans les apprentissages pour pouvoir partir en classe  découverte en fin d’année…
– Et surtout, au retour de la piscine, je fais faire sur ardoise un entrainement à l’écriture, pour l’écriture sur le cahier le lendemain. C’est un scandale ! Après la piscine, les enfants sont trop fatigués, ils ne doivent plus rien faire !

Depuis, je m’interroge : faut-il que je demande à mon inspecteur l’autorisation de faire travailler mes élèves après la piscine ?!!

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Je viens de découvrir votre site et je tiens à apporter ma contribution à travers une anecdote concernant les nouvelles technologies et leurs contraintes sur le métier d’enseignant, chose que beaucoup de gens ne voient pas :

Un samedi soir d’hiver, bien au chaud à la maison, l’ordi sur les genoux, je fais ma visite quotidienne de l’ENT (Espace Numérique de Travail) mis en place par ma circonscription, avant de regarder un film avec ma compagne.
Il est 21h, A m’envoie un message pour savoir s’il y a des devoirs. Je lui réponds qu’il n’a qu’à regarder sur son cahier de texte.
21h10 : Ma compagne me fusille du regard car je suis toujours sur l’ordi et elle attend pour lancer notre film. Je lui dis que je n’en ai pas pour longtemps, 5 mn au maximum. Entre-temps, A me répond qu’il n’a pas copié ses devoirs. Je lui conseille de regarder sur le cahier de l’ENT.
21h15 : A me répond qu’il a trouvé les devoirs mais qu’il ne trouve pas la leçon à apprendre et qu’en plus il a oublié son cahier à l’école. Je lui explique que ce n’est pas grave, qu’il a le cahier multimédia pour apprendre sa leçon. Ma compagne, fatiguée d’attendre, lance le film. Je lui dis que je n’en ai plus pour longtemps et que ce n’est pas grave. Silence de sa part… Le chat sur ses genoux me regarde de travers, l’air de dire : tu vas t’en mordre les doigts…
21h25 : A me renvoie un message. 2 autres élèves, B et N me signalent qu’il manque sur le cahier multimédia de français la leçon à apprendre pour lundi… Mea Culpa, je leur avais dit vendredi que je la mettrais le soir même sur l’ENT. Mais, avec le conseil d’école et ses 3 heures de réunion, ça m’était sorti de la tête…
Je fouille dans mon cartable pour chercher les écrits des élèves servant pour la leçon (schémas, textes et cartes mentales).
22h : Ma compagne fait comme si je n’existais pas et regarde tranquillement le film. Note à moi-même : Un bouquet de roses pour se faire pardonner, ça peut aider ? Pendant ce temps, je scanne les écrits des élèves et les mets sur l’ENT. Je peaufine la mise en page. Crotte ! J’ai oublié la vidéo d’un groupe…
22h30 : Je m’énerve sur l’ordi, je n’arrive pas à mettre en ligne la vidéo. Mon cerveau carbure à fond pour trouver une solution. Toutes mes compétences en informatique sont mises à rude épreuve.
22h45 : Solution trouvée ! Vidéo mise en ligne ! J’envoie un message à A, à B et à N pour leur dire que c’est bon. Ils pourront apprendre leur leçon.
22h50 : Je lève la tête de l’ordi et je vois sur la télé défiler le générique de fin. J’ai manqué la plus grande partie du film. Ma compagne se lève et part se coucher sans un mot. Le chat me regarde à nouveau et avec une sorte de moue malicieuse, s’enfuit en courant dans la chambre et va prendre sa place, comme toutes les nuits, sur le lit…
23h : J’éteins l’ordi partagé entre culpabilité d’avoir fait passer mon travail avant ma vie personnelle et sens du devoir accompli.
Conclusion : Lundi matin, évaluation sur la fameuse leçon. B et N ne l’avaient pas apprise, prétextant qu’ils n’avaient pas eu le temps… Dure semaine qui commence…

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Voici mon témoignage sur mon temps de travail en tant que professeur des écoles, CM2 (mais CM1 c’était tout pareil) 

Volume horaire moyen pour une journée :

– enseignement : 5h15
– service de récré : 15 mn
– réunion (moyenne pour une journée) : 15 mn
– relations / RV parents (moyenne) : 10 mn
– corrections (cahiers, leçons, exercices sur le cahier du jour) : 2h
– préparations intellectuelle (réflexion, fiche de prep, cahier-journal…) et matérielle (photocopies, découpages, affichages pédagogiques…) pour une journée de classe : 1h15
(les gens du privé qui font des “prez’ ” peuvent bien imaginer que 5h15 de prez’, ça se prépare)

TOTAL : 9h10 / jour (mercredi : la moitié : 4h05)
Soit une moyenne hebdo de 40h45mn

Ponctuellement (mais régulièrement) et pendant les vacances :

– programmations annuelles et périodiques,
– documentation et élaboration de projets pour la classe (volet pédagogique),
– réservation et renseignement de formulaires divers pour les sorties / intervenants extérieurs (volet administratif),
– correction des bilans dans toutes les disciplines (non compris dans la moyenne journalière des corrections QUOTIDIENNES du professeur des écoles),
– lecture des circulaires et e-mails administratifs et hiérarchiques,
– tenue des comptes pour les photos de classe,
– tenue des comptes pour la coopérative,
– tenue des comptes pour les adhésions USEP,
– saisie des livrets scolaires,
– commande de fournitures, livres (après les avoir lus et étudiés, bien sûr),
– formations,
– prise de connaissance et adaptation aux nouveaux programmes.

Personnellement, je travaille AU MOINS la moitié des petites vacances, et 3 semaines durant les grandes vacances.
J’admets que je n’ai pas à me lever à 6h30 durant les vacances et que travailler à domicile est toujours agréable.
Cependant, de plus en plus de sociétés du privé ouvrent cette possibilité à leurs salariés (travailler à domicile).
Si on supprime la possibilité au PE de préparer ses cours chez lui et qu’on lui impose des horaires de bureau, le nombre de candidats va encore chuter (et le niveau de recrutement avec…) ; on pourra même s’attendre à des démissions.
Je suis une grosse bosseuse, j’ai eu mes diplômes avec la mention très bien, mais il ne faudrait pas pousser trop loin le mépris pour notre travail…
A bon entendeur.

Gaëlle

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Ce matin, c’est moi qui fais la tournée toute seule comme une grande. Ça y est, je fais partie de la maison, chuis une tôlière ! Ouais ben je vais rester concentrée plutôt. Mais « fiertitude » quand même car Dominique et Fred ont été surpris que Chantal me laisse faire la tournée. Elle ne fait confiance à personne d’habitude. Il faut être fin dans son analyse des situations, voir jusqu’où on peut insister ou pas, voire être un peu plus agressif. Merci Chantal, je vais essayer de me montrer à la hauteur, tu parles d’un stress. Chuis une tôlière !
Les enfants entrent à l’école. Laura Benjamin, la queueleuleu … Hop, hop hop ! Rewind … Play mais au ralenti « steuplé » : Laura, Benjamin et la queueleuleu … Camille ?! Où est Camille ?
Je file chez les infirmières.
Je réalise alors que je ne sais pas du tout pourquoi Camille est ici. Ah elle est belle la tôlière tiens ! Je vais passer pour une cruche. Bien fait.
Camille ne se sent pas bien aujourd’hui. Elle ne peut plus marcher. Ah ouais quand même ! Les sourcils des infirmières qui se lèvent me laissent perplexe.
Bon, j’en fais quoi de Camille ?
Ben c’ que je veux mais surtout c’ que je peux. Rires (pas les miens vous pensez bien !). Nan mais faut pas que je m’en fasse, ça va lui passer vite. Elle est comme ça Camille. ‘Y a des jours avec et des jours sans. Mais quand même dans le doute on va lui faire passer toute la batterie d’exams pour voir si ses jambes vont bien. Ah je vais voir aussi, ‘y a un petit nouveau qui n’a pas l’air commode, faut voir.
Pfiou ! Allez zou chez Camille. Elle boude. C’est catégorique, elle refuse d’aller à l’école car elle ne peut plus marcher. C’est fini, elle ne marchera plus jamais.
Je ne le sais pas encore, mais l’après-midi, je verrai sa maman. Sa maman qui ne comprend vraiment pas ! (sourcils des infirmières comme le matin) Sa maman qui est là touuuuuuuuuus les jours, qui lui apporte touuuuuuuuuuuuut ce qu’elle veut, qui lui demande toujouuuuuuuuuuuuurs si elle va bien, si elle a froid, chaud, soif, faim, sommeil, mal à la tête, au ventre, au doigt de pied… si elle veut boire, manger, dormir, jouer, sauter, danser, regarder la télé ou faire du parapente (nan là c’est moi qui pars en vrille en l’écoutant me saouler). Non vraiment elle ne comprend pas ce qui ne va pas chez sa fille.
Le petit nouveau c’est Jimmy. Jimmy ne veut pas venir à l’école. Il doit avoir une quinzaine d’années. Son papa n’est pas pour de toutes façons. Autant qu’il joue sur sa tablette, pour ce qu’on va lui faire faire à l’école de toutes façons. Et puis de toutes façons il a des examens à passer alors c’n’est pas la peine. Les seuls mots que le garçon m’adresse sont « Et le wifi ici il est pourri ! Il faut m’arranger ça. » Ben tiens ! Il m’a prise pour le room-service ou quoi ? S’il veut du wifi, il vient à l’école, la borne est là-bas et nous on a tout le wifi qu’on veut, namého !
Oh misère le regard du père ! On dirait un veau qu’on amène à l’abattoir. Ok je vais voir ce que je peux faire pour le wifi, mais je ne garantis rien et vous savez quoi ? « I’ll be back ! ».
Le lendemain, ils refuseront encore tous les deux et de toutes façons ils attendent les résultats des tests.
Le surlendemain, ils refuseront encore et de toutes façons Jimmy va changer de chambre. Les seuls mots que le garçon va m’adresser sont : « Madame ! Merci pour le wifi ».
Le 4ème jour Jimmy a bien changé de chambre. Son nom a disparu de ma grille et est allé s’inscrire sur celle du bloc où l’école ne va pas … de toutes façons …
Et Camille qui fait toujours des siennes. ‘Y a que sa mère qui ne comprend pas, je vous jure. Vous l’aurez compris, ses jambes n’ont rien du tout. Que dalle ! Son cerveau non plus d’ailleurs. Tout fonctionne, mais Camille ne le veut pas. Elle veut rester ici, ne pas retourner avec sa mère qui lui donne touuuuuuuuuuuuuuuuuut ce qu’elle veut, sa mère qui est toujouuuuuuuuuuuuurs là si elle a besoin … Elle a besoin que tu lui foutes la paix là ! Mince, pourvu que je ne l’ai pas pensé trop fort. Allez Camille laisse tomber le fauteuil roulant, s’il te plaît. Non ! Tu peux y arriver. Non ! On essaie les béquilles ? Non !
Je lui chuchote à l’oreille : s’il n’y a pas de changement, tu vas sortir d’ici et tu resteras en fauteuil chez toi … hmmm pas cool. Maintenant si quelque chose de nouveau se présentait…
– Ok je tente les béquilles.
Elle s’effondre littéralement sur le sol. C’est un truc de fou ! Si nous voulions faire croire que nous étions invalides, nous aurions quand même le réflexe avant de tomber de se sécuriser. Elle, pas du tout ! Elle nous a fait la peur de notre vie ! Rebelote les exams. Non ‘y a rien, c’est bien psy. Le lendemain, je vais réussir à la soutenir sur la moitié du couloir. Faut voir ce que je lui envoie. Du « Allez feignasse ! » (je sais, c’est comique pour le coup), du « Bouge-toi un peu ! », du « Allez bravo, encore un peu ! », du « Tu vas y arriver, encore un peu plus loin », et aussi du « Pitié Camille si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour moi : j’ai d’autres enfants à aller chercher ! ». On fait le spectacle toutes les 2 dans les couloirs le matin depuis 4 jours. Ça motive même certains enfants à venir : si une gamine qui ne marche pas fait tous ces efforts pour venir avec nous c’est que ça doit être drôlement bien l’école de l’hosto !
Les infirmières sont toujours en embuscade au cas où. Mais même au bout des 3 semaines, Camille ne remarchera pas toute seule longtemps.”

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