Monsieur le ministre,

Je ne suis qu’une petite directrice, pour l’essentiel une professeure des écoles (1/4 de décharge pour 5 classes) et je fais appel à vous, notre ministre, à votre grand sens de la pédagogie, avec votre facilité à communiquer par médias interposés, pour rétablir la vérité face aux affirmations erronées clamées haut et fort par Mme la députée Motin et relayées, sans discernement, par des radios nationales.

Les professeurs des écoles ne peuvent pas et ne pourront pas améliorer leur pouvoir d’achat grâce aux heures supplémentaires. Asséner cette contre vérité au public déjà prompt à nous mésestimer est, pour nous, comme du sel sur des plaies déjà bien profondes.

Si en effet quelques heures supplémentaires sont “disponibles” pour les professeurs des écoles, stages de réussite de quelques heures deux fois par an, payées de 3 à 6 mois plus tard (d’expérience de stage effectué en août pour améliorer les finances de la rentrée, n’est payé que pour Noël) et pour une portion congrue d’entre nous (2 professeurs sur 8 sur notre groupe scolaire) l’essentiel des heures supplémentaires que nous effectuons sont bénévoles.

Nous qui sommes si facilement qualifiés de fainéants ne recevons pas les parents, souvent tôt le matin ou tard le soir, puisqu’ils travaillent, “eux”, en heures supplémentaires.
Nous ne participons pas aux réunions avec la mairie, avec l’association de parents d’élèves, avec la médiathèque, pour l’organisation d’une fête de quartier, d’un comice agricole en heures supplémentaires. Nous ne partons pas en classe de découverte, laissant nos familles pour quelques jours de responsabilité 24 heures sur 24 heures de nos 25 à 30 élèves sur des heures supplémentaires. Le “forfait” de 108 heures (voir le détail ci-dessous) étant soldé dès la fin du premier trimestre nous faisons fonctionner l’école sur un temps qui ne nous est pas compté (ou qui ne compte pas?). Voilà pour le sel.

Ce n’est donc pas, vous le reconnaîtrez, ces heures supplémentaires, qui amélioreront nos fins de mois. Les enseignants sont déclassés d’année en année. Nous sommes les parents pauvres de l’Europe (source OCDE). Nous qui avons la tâche de former les citoyens de demain avons de plus en plus de mal à élever correctement nos propres enfants. Voici les plaies.

Aussi, Monsieur le ministre, je ne vous demande même pas ce que votre collègue à la fonction publique nous refuse, sous prétexte d’économies (que le gouvernement ne fait pas avec les grandes multinationales), de prime ou d’augmentation, mais je demande de reconnaître et de faire connaitre que rien n’est mis en œuvre pour améliorer notre condition de grouillots de l’état, de sherpas de l’élite (naïvement je pensais servir le peuple français).

Je reste à votre disposition pour plus de précisions de ce que nous, professeurs des écoles, directeurs, vivons au quotidien.

Salutations sincères.

 

Pour rappel, forfait de 108 heures:

36 heures d’activités pédagogiques complémentaires face élèves, 24 heures consacrées à l’organisation, projet d’école, accueil des élèves à besoins particuliers, travail de cycle, liaison avec le collège, 24 heures de conseils de maîtres et temps de rencontre avec les parents (rien qu’une demie heure avec chaque parent une fois l’an et… c’est grillé!), 18 heures de formation continue (les commentaires quant au contenu de ces “formations” pourraient faire l’objet un courrier spécifique), 6 heures pour les conseils d’école (si tout se passe bien, si l’on n’est pas obligé d’en réunir un de plus, exceptionnel).

 

par Anne

 

 

 

Pétition adressée à M. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale :

https://www.mesopinions.com/petition/politique/contre-desinformation/56598

Par Les stylos rouges

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