La paupérisation enseignante

Par René C. 

La condition enseignante : entre paupérisation et déclassement, mais à doses infinitésimales. En trente ans, un professeur a perdu 30% de son salaire. Est-ce bien là le prix que la nation attache à l’enseignement ?

JIMMY MOHAMED DOIT S’EXCUSER !

par Lok Umen
Il y a un peu moins d’une semaine, dans l’émission Les Grandes Gueules sur RMC, lors d’un débat concernant la restauration de la journée de carence pour les fonctionnaires, M. Jimmy Mohamed s’en est pris aux enseignants de manière outrancière et inacceptable. (Voir liens à la fin de ce message)

Sans préjuger de la nécessité de cette mesure, quand on fait son travail avec sérieux et dévouement, il est écœurant de se voir systématiquement mis au pilori. Il ne m’est plus possible de voir mon métier sans cesse dénigré publiquement. J’ai donc décidé, et je ne suis pas le seul, de ne plus laisser passer.
M. Mohamed me doit des excuses. Il en doit à tous les enseignants.

En conséquence, j’ai décidé de faire les actions suivantes, et j’invite tous les ceux qui en comprennent le bien fondé à faire de même:

– J’ai posté sur Twitter à l’attention de M. Mohamed le message suivant : @Dr_Moji doit faire des excuses aux enseignants! #nezquicoule

– J’ai aussi envoyé à RMC (http://rmc.bfmtv.com/info/contact/) le message ci dessous :

« Madame, monsieur,
C’est avec consternation que j’ai découvert les propos des chroniqueurs de l’émission « Les Grandes Gueules » sur RMC le 7 juillet dernier lors d’un débat portant sur la restauration de la journée de carence dans la fonction publique. J’ai pu constater que le corps enseignant a été largement privilégié lors des échanges en étant systématiquement dénigré et pris à parti de manière infondée et profondément outrancière.
Ainsi, M. Truchot, à propos d’abus présumés d’arrêts maladie dans la fonction publique territoriale, annonce d’un air entendu : « Ce sont toujours les mêmes profs qui sont malades. » Mr Truchot aurait été avisé de travailler un peu son sujet, car les enseignants ne font pas partie de la fonction publique territoriale.
Mais la palme revient à M. Mohamed, qui se lance dans une longue diatribe dont voici quelques extraits :
« Je constate quand même que certains profs, quand ils ont le nez qui coule ou qu’ils ont un peu mal à la gorge me demandent assez facilement un arrêt maladie»
« Je leur dit vous êtes remplacés, « bah non », mais ça leur fait ni chaud ni froid »
« Ce jour de carence va les faire aller un peu travailler »
Ces propos, faisant résonner en creux le stéréotype de l’enseignant paresseux, sont simplement calomnieux. Ils le sont d’autant que M. Mohamed reconnaît à demi mot participer à ces abus qu’il dénonce pour mieux se défausser de sa responsabilité car il ne va pas «faire la guerre à ces personnes en disant « non, non, je ne vous prescris pas d’arrêt de travail, j’ai [sic] aucun moyen de vérifier que c’est un vrai arrêt de travail, qu’il ne peuvent pas travailler. » sans préjuger des compétences professionnelles de ce médecin qui ne sait pas si l’arrêt maladie qu’il donne est justifié, on peut s’interroger sur son honnêteté et sa bonne foi.
S’ajoute à ceci que, présenté comme étant urgentiste, il dit recevoir des patients dans son cabinet, mais semble avoir déclaré son activité à une adresse de SOS médecin (source : www.societe.com). Cela appelle une clarification de sa part.
La prise de parole publique n’est pas un acte futile et peut avoir des conséquences néfastes, ce particulièrement pour des professions exposées au public comme celle d’enseignant. Elle se doit donc d’être éclairée et juste. Ces manières de stigmatiser systématiquement la communauté enseignante ne sont plus acceptables. En conséquence, je demande à Mr Mohamed de présenter des excuses publiques à l’ensemble des enseignants.
Vous remerciant d’avance, je vous prie de recevoir mes meilleures salutations.

Un extrait ci dessous: http://rmc.bfmtv.com/…/jour-de-carence-certains-profs-qui-o…
La version complète ici: https://www.youtube.com/watch?v=GthC_N5dw88

Grosse envie de m’énerver

Par Soso Dany

« Ce soir, je prends ma voiture pour rentrer après une longue, très longue journée d’oraux. Comme je suis une prof sérieuse, hein, j’écoute France info dans la voiture (et puis ça fait bien devant les élèves…). Ça bouchonne un peu alors je peux écouter les infos tranquillou. Grosse envie de m’énerver! Il va falloir faire des économies. Alors la cour des comptes se creuse la tête. Oh mais oui mais bien sûr ! Les fonctionnaires! Et si on gelait leur point d’indice?
Autre info notable : plus de 100 000 futurs bacheliers sont sans affectation pour la rentrée. Y a pas de place… Oui mais pourquoi? Parce qu’on a fait des économies sur leur dos.
Y a un moment, Versailles et compagnie, c’est vraiment nécessaire? Parce que dans mon village, y a une salle des fêtes et c’est pas cher. Promis, les élus du peuple, je vous ferai une piémontaise! »

enervé

Alerte au droit de réserve ?

par Une autre réforme du collège 

« Envoyé lundi 06 mars par le Rectorat de Lille et révélé par France Info, ce courriel demandant aux professeurs de s’abstenir « de participer à toute manifestation susceptible de présenter un caractère pré-électoral » est un scandale. http://www.francetvinfo.fr/…/presidentielle-quand-le-rector…
Le second courriel envoyé jeudi 09 mars aux professeurs de l’académie de Lille « précise bien que les consignes doivent être entendues dans le cadre de nos fonctions. Mais le terme ‘erreur‘ n’est pas mentionné ». http://static.lexpress.fr/…/lille-enseignants-rectorat_5840…
Même Libération est obligé de rappeler que les professeurs ne sont pas tenus par un devoir de réserve, qui n’est inscrit dans aucune loi, ni aucun décret. http://www.liberation.fr/…/le-rectorat-de-lille-interdit-a…/
Rappelons solennellement les propres mots d’Anicet Le Pors à propos du prétendu « devoir de réserve » mis en avant à tort et à travers :
« J’ai rejeté à l’Assemblée nationale le 3 mai 1983 un amendement tendant à l’inscription de l’obligation de réserve dans la loi en observant que cette dernière « est une construction jurisprudentielle extrêmement complexe qui fait dépendre la nature et l’étendue de l’obligation de réserve de divers critères dont le plus important est la place du fonctionnaire dans la hiérarchie » et qu’il revenait au juge administratif d’apprécier au cas par cas. Ainsi, l’obligation de réserve ne figure pas dans le statut général et, à ma connaissance, dans aucun statut particulier de fonctionnaire, sinon celui des membres du Conseil d’Etat qui invite chaque membre à « la réserve que lui imposent ses fonctions ».
Anicet Le Pors
http://www.lemonde.fr/…/les-fonctionnaires-citoyens-de-plei…
« L’obligation de réserve, qui contraint les agents publics à observer une retenue dans l’expression de leurs opinions, notamment politiques, sous peine de s’exposer à une sanction disciplinaire, ne figure pas explicitement dans les lois statutaires relatives à la fonction publique. »
http://questions.assemblee-nationale.fr/q12/12-107547QE.htm
« Le devoir de réserve des fonctionnaires doit-il être inscrit dans le projet de loi relatif à la déontologie, aux droits et obligations des fonctionnaires ? Alors que le Sénat souhaitait inscrire le devoir de réserve dans ce projet de loi, la commission mixte paritaire a tranché : le devoir de réserve ne sera pas inscrit dans la loi et restera de la sorte un principe jurisprudentiel. »
https://www.publicsenat.fr/…/deontologie-des-fonctionnaires…
Et pour conclure :
http://www.weka.fr/…/fonctionnaires-liberte-dexpression-de…/
N.B. : la confusion souvent entretenue entre « obligation de neutralité » et « devoir de réserve » n’est pas acceptable au regard de la liberté d’expression ; pas plus que la confusion souvent entretenue entre « obligation de discrétion professionnelle » et « devoir de réserve ».

Le rectorat de Lille interdit aux enseignants de participer « à toute manifestation » politique à l’occasion de l’élection présidentielle

Un des membres de notre groupe Facebook a sonné l’alerte l’autre jour après avoir reçu ce mail.

rectorat Lille

Sauf que ce type d’interdiction est illégal en vertu de la loi LePors. Elle ne s’applique qu’aux cadres et ne concerne donc pas les professeurs. Pour plus amples infos, cliquer ici !

Suis-je la seule dans mon cas ?

Par C.

Bonjour tout le monde!
Suis-je la seule dans mon cas?

Je suis actuellement professeur stagiaire en arts plastiques au collège, je termine en parallèle ma formation en master 2 et mon mémoire.

J’ai été affectée à 3h de chez moi (quand tout va bien, je n’ai pas le permis et je prends : tram / train / bus / marche / train) et je suis à 10h, soit 10 classes d’une trentaine d’élèves. Je travaille le lundi, le mardi et le vendredi, et j’ai cours à la Fac/Espe du mardi aprem (je ne parviens pas à être à l’heure depuis mon travail) au jeudi. Ma tutrice se trouve à une heure de trajet de mon collège.

Bon, je vais pas vous mentir, je suis complètement morte à la fin de la semaine. Je me lève à 4h deux fois par semaine pour être à l’heure à 8h et enchaîner sur une matinée où je m’adresse à 90 élèves.

Ma question est : ce boulot est-il un métier complètement inhumain? Car j’étais très contente d’obtenir si tôt mon CAPES et d’exercer ce métier. Je suis d’ailleurs très heureuse de travailler avec les jeunes, même si ce n’est pas toujours simple.

Mais les conditions de travail me paraissent aberrantes. Tant, que j’ouvre de plus en plus mon regard vers d’autres formation, d’autres métiers (ça ne me fait pas très peur, beaucoup de choses m’intéressent en dehors de l’art et de l’enseignement). Mais ça m’attriste de penser déjà à partir…

Comment gérez-vous toutes ces conditions sur le long terme?

Je vous remercie de m’avoir lue,
Passez une très belle journée

18h, 6 mois l’an…..

par Véronique Théry (avec son aimable autorisation)

Mes amis,

  C’est une catastrophe. Vous aurez, sans doute, remarqué que j’écris bien peu. A cause du travail, me direz-vous ? Que nenni ! Je suis fonctionnaire. Vous savez, une nantie qui ne fiche rien de toute sa journée. Et la pire de toutes ! Une prof !

Oui, mesdames, messieurs, je le confesse en ce lieu. Je suis une de ces « happy few », qui, selon un ex-président, travaille 18h par semaine, 6 mois de l’année. Autant dire qu’avec autant de temps libre, je pourrais écrire des livres de la taille d’un annuaire téléphonique !  En espérant évidemment que cela soit un iota plus intéressant.

Certains d’entre vous s’en doutent un peu. La vie d’un prof n’est pas aussi désespérément vide qu’un cerf-volant en quête d’un nouveau souffle. Ne comptez pas sur moi  pour me lancer dans un dithyrambique portrait de nos états de service. Je préfère laisser chacun libre de ses pensées. Libre de croire que le boulanger est un ignoble fainéant, vu que sa boutique n’ouvre qu’à 7h30 et que son pain, ses brioches et autres viennoiseries sont nés tous seuls par l’opération de Saint-Honoré. Que le journaliste du 20h ou du 13h ne travaille que durant les 30 minutes de son face-à-face avec le spectateur affamé de nouvelles fraîches. Et que le comédien qui s’époumone sur scène a bien de la chance de ne jouer que durant deux heures. La Sainte Eglise avait bien raison de les placer sur le même rang que les sorciers, vu qu’aujourd’hui encore, ces charlatans gagnent des fortunes en ne montant sur scène que 8 heures par semaine.  Apprendre les textes et les répéter n’est pas nécessaire, quand on est habiles farceurs.

Il en est de même dans notre corporation.  Nous sommes de « purs esprits ». Inutile de préparer un cours sur Chateaubriand, les théorèmes de Pythagore ou le prétérit en anglais. Tout ceci est inné chez l’enseignant. Ainsi, ma collègue déclamait du Shakespeare dès sa naissance ! Vous n’imaginez pas la tête que fit sa mère, lorsqu’elle entendit son enfant prononcer ces vers :

« Tis not alone my inky cloak, good mother,
Nor customary suits of solemn black,
Nor windy suspiration of forc’d breath,
No, nor the fruitful river in the eye,
Nor the dejected haviour of the visage,
Together with all forms, moods, shapes of grief,
That can denote me truly. »

  Moi-même, j’interpellais la sage-femme afin de lui demander si elle pratiquait la maïeutique en hommage à Socrate, l’accoucheur d’âmes. A deux ans, je faisais faire des dictées aux invités de mes parents et leur interdisais tout dessert s’ils ne parvenaient pas à trouver les réponses aux questionnaires de lecture que je leur concoctais. Je les encourageais, en feignant l’ignorance :

« Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout. »

  Oui, sans le savoir, déjà, je faisais preuve de pédagogie. Autre talent inné dont nous sommes pourvus. Nul besoin de stages et de formations ! Toute la didactique coule dans nos veines, irriguées dans ce cœur d’enseignant.

  Bien entendu, il reste les copies. Quelques irréductibles en sont encore à penser que nous les jetons du haut d’un escalier dont chaque marche équivaudrait à une note. Jeu extrêmement dangereux, puisqu’il rendrait ledit escalier particulièrement glissant. Je vous vois venir ricaner que cela expliquerait le pseudo absentéisme des professeurs. Pseudo, mais oui. L’excellent Figaro a fait paraître, le 19 mars dernier, les résultats d’une enquête prouvant que les enseignants étaient moins absents que la moyenne des salariés, y compris ceux du secteur privé.

  Alors, mes amis, si mon absence de ce site n’est pas due au travail, à quoi, me direz-vous, ai-je passé mon temps ? Hé bien, j’ai fermé les yeux et j’ai rêvé. D’une société où les clichés avaient disparu, où les préjugés s’étaient envolés. Et puis, je me suis réveillée et j’ai allumé ma télé. Une voix disait : « 18 h par semaine, 6 mois l’an » et j’ai compris que j’avais bien rejoint la réalité…