Comment peut se reconvertir un prof ?

Par M.D

« Salut les feignasses! J’espère que la rentrée s’est bien passée pour les collègues de la zone A. J’avais une question qui me taraude depuis quelques mois: quels moyens avons-nous pour envisager une reconversion? Vers qui se tourner? Parce que sincèrement ça fait 3 ans et j’en ai déjà ras le bol alors oui on va me dire « c’est normal c’est le début, il faut attendre d’avoir fait sa place tu verras c’est beaucoup mieux etc » mais sincèrement je ne me sens pas le courage d’attendre 10 ou 15 pour me fixer dans la zone que je recherche. Alors quels choix avons-nous? Qui peut nous conseiller? »

A vos claviers en commentaires !

La reconversion pour les profs

Il arrive qu’un jour ou l’autre on ait besoin de changement. Et un professeur est un être humain comme les autres : il a le droit de vouloir voir autre chose . Mais quelle solution s’offre à lui si il veut changer de carrière ?

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En tant que fonctionnaire et professeur, il peut :

  1. Passer des concours  pour évoluer dans la fonction publique

    Il en existe des divers et variés :

    • Le PERDIR : pour être chef d’établissement (ou proviseur) d’un lycée général ou d’un lycée professionnel. Si on n’est pas sûr d’être fait pour ce type de poste, il y a la possibilité de faire un essai en « faisant fonction ». Pour cela, il faut répondre à un appel à candidature comme celui-ci.
    • Devenir inspecteur de l’Éducation Nationale (IEN) ou inspecteur pédagogique régional (IPR)
    • Intégrer la fonction publique territoriale
    • Devenir CPE (conseiller principal d’éducation) ou COP (conseiller d’orientation psychologue)

      2.Etre en  détachement 

      Il est ainsi possible de changer de ministère. Des offres d’emplois, de stage et d’apprentissage publiées par les employeurs de la fonction publique de l’État, territoriale et hospitalière sur le site de la Bourse Interministérielle de l’Emploi Public (BIEP). Les annonces sont classées par ministère, lieu d’exercice, niveau d’études…

      Dès lors, il s’agit de travailler pour une autre structure. Par conséquent, c’est le nouvel employeur qui rémunère l’agent. Les  cotisations  pour la retraite sont les mêmes que pour un enseignant et les droits à l’avancement sont conservés.Le détachement dure de 1 à 5 ans mais peut aussi être renouvelable.

      Cette option est accessible à tous les fonctionnaires de l’État. Elle peut parfaitement convenir pour découvrir un éventuel futur métier mais sans quitter définitivement son emploi d’enseignant.

      Il existe précisément 15 cas de détachement. Les plus fréquents chez les professeurs  sont  :

      • auprès d’une administration ou d’un organisme d’État (exemple : adjoint administratif au Ministère de la Défense)
      • auprès d’une collectivité territoriale ( exemple : attaché territorial)
      • auprès d’un établissement public ou sous tutelle de l’Éducation nationale (exemple : au CNED)
      • pour exercer une fonction élective (exemple : député ou maire)
      • pour accomplir sa scolarité en vue d’un emploi titulaire permanent de l’État (magistrature, police, ENA)

      À la fin du détachement, trois possibilités :  un nouveau détachement ; un renouvellement ou bien la  réintégration en tant que prof.

      3.Faire une demande de mise en disponibilité pour exercer une activité professionnelle pendant une certaine période

      4.Demander un Congé de formation (CIF)

      Il est inscrit dans le cadre du  Compte Personnel de Formation (CPF, ex-DIF). Au cours d’un CIF, la rémunération est de 85% du  salaire d’origine.Pour y prétendre, il faut  :

      • avoir exercé pendant au moins trois ans à temps plein
      • formuler sa demande au moins cent vingt jours avant le début de la formation
      • pour une durée maximale de 3 ans consécutifs ou répartis en plusieurs fois

       

      5. Changer d’affectation

Plusieurs possibilités :

  • Muter dans une autre ville ou à l’étranger. Pour cela, il faut guetter les périodes de mouvements inter et intra-académiques ainsi que les campagnes de recrutement de l’AEFE.
  •  Changer de discipline. Cela dépendra des  compétences professionnelles et de la  motivation du candidat.

6.Faire une demande de démission à l’administration

Cette décision est définitive et irrévocable. Il faut être sûr de son choix et de sa future orientation professionnelle.

La  demande de démission  est à faire par écrit auprès de l’inspecteur d’académie ou du recteur qui a le pouvoir de l’accepter ou de la refuser et  qui fixera la durée du préavis.

Il est toujours possible de  devenir fonctionnaire à nouveau, il  faut alors repasser les concours.

7.Faire une demande de cumul d’activité pour exercer une activité à titre accessoire

 

 

Un témoignage intéressant sur l’année de stage des professeurs des écoles

Cet article du Nouvel Obs nous donne une nouvelle fois un témoignage de la vie des professeurs des écoles stagiaires au cours de leur année de titularisation.

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On y voit bien le manque de formation réelle avant d’être envoyé sur le terrain mais également le fait que beaucoup n’osent pas avouer la vraie raison de leur départ de l’EN.

Prof, un métier solitaire

Cette semaine, nous vous avions proposé une revue de presse sur les articles en ligne parlant de la hausse des démissions chez les enseignants.

Celui nous donne plus de précisions sur les raisons de ces démissions :

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Le métier d’enseignant est un métier solitaire même s’ il est entouré de monde-élèves, hiérarchie, collègues, parents-, il est seul face à la classe, à ses préparations de cours. Et contrairement à d’autres professions, il ramène du travail chez lui. D’où la réelle difficulté à faire la coupure vie privée/vie professionnelle.

Il se sent seul quand le système de mutation le laisse loin de chez lui, avec très peu d’espoir de retour, ou alors pas avant de longues années d' »exil ».

Il gère de l’humain et souvent face à certaines situations familiales ou sociales de ses élèves, il est difficile d’avoir un réel recul affectif. La bienveillance n’est pas toujours facile à garder en tête, comme par exemple face à un élève violent.

Il a besoin de se sentir soutenu par sa hiérarchie, par les parents, son entourage.

Les différentes réformes ont accentué ce sentiment d’absence d’écoute des vrais besoins du terrain, d’abandon. Il a l’impression qu’il ne dispose plus de la liberté pédagogique autant qu’il le souhaiterait.

Et vous quelles raisons pourraient vous faire quitter l’EN ?

 

« L’Education Nationale m’a tuer »

Par Elie Contamin

« L’Education Nationale m’a tuer.

Bonjour à tous, enseignants ou enseignantes, débutants ou experts, heureux ou malheureux.

Le témoignage que vous êtes sur le point de lire est celui d’un jeune enseignant de 25 ans affecté dans une classe de CM2 d’une école de quartier pour son année de stage.

J’ai choisi de démissionner, permettez-moi de vous en expliquer les raisons et les réflexions à l’origine de cette décision.

L’Education Nationale est défaillante, tant dans sa philosophie que dans son fonctionnement. Nous, jeunes enseignants qui avons choisi ce métier par vocation, ne sommes en réalité que de la chair à canon que l’on envoie à l’abattoir en ne nous formant pas – ou pas assez – à la réalité de ce métier. On ne s’improvise pas enseignant, nous avons besoin d’une formation solide et concrète que les ESPE ne nous permettent pas d’acquérir. En deux ans de Master, une tentative ratée au CRPE et un mémoire brillamment réussi, je me rends compte aujourd’hui que notre formation est obsolète et n’a de formation que le nom. Pendant deux ans, j’ai appris l’importance de la laïcité. Pendant deux ans, j’ai appris les valeurs de la République. Pendant deux ans, nous sommes assommés de grands discours sur la philosophie de l’enseignement, sur notre responsabilité envers nos élèves, ces futurs citoyens qui feront la France de demain. Pendant deux ans, on baigne dans un discours bienveillant qui loue la beauté de ce métier, mais on nous explique également que cela va être dur. Très dur. Mais cela ne va pas plus loin. Pas assez, en tout cas.
Nous, encore étudiants naifs avec des étoiles dans les yeux, nous voyons expliqués l’importance de construire nos programmations et nos progressions. Alors pourquoi, pourquoi en sortant de notre classe, nous nous sentons totalement perdus, livrés à nous-même, avec cette sensation de n’être bons à rien face à la préparation de notre classe ? Parce que nous n’avons pas appris à le faire. Pendant deux ans j’ai entendu parler des programmations, à tel point que cela semblait évident pour tous. Et pourtant, face au fait accompli, je me suis retrouvé dans mes premières semaines à être incapable de réussir à construire ces foutues programmations. Je travaillais sans relâche jusqu’à 2h, 3h du matin parfois, tétanisé d’angoisse en constatant mes difficultés, mon incompétence, sacrifiant ma vie privée pour essayer d’ avoir la sensation d’avoir le contrôle sur mes cours. Mais en discutant avec mes camarades en difficulté, nous nous sommes rendus compte que nous n’avons pas appris concrètement à être enseignant. Et nous n’en voyions plus la fin.

Quand ma tutrice est venue faire sa première visite, le bilan était plutôt mitigé. Une bonne présence, une bonne posture, une autorité naturelle, mais des préparations bancales et une programmations bien trop fragiles, voire inexistante. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. J’avais pris du retard sur les programmes, si bien que j’ai tenté de me ressaisir et de reprendre les choses en main. J’ai construit mes programmations, toujours fragiles mais un peu plus claires, et j’ai tenté de m’imposer une ligne directrice pour ne plus avoir la sensation de naviguer au gré du vent. J’ai travaillé tard, tous les jours, ne pouvant plus penser à autre chose qu’à ma classe, à n’en plus dormir, avec l’angoisse grandissante de la prochaine visite.

Puis la sentence est tombée. Ma tutrice, dans son extrême bienveillance – la même tant louée par l’Education Nationale – m’a expliqué que ma classe n’avait pas de chance de m’avoir comme enseignant. Qu’à cause de moi, mes élèves seraient probablement fâchés pour toujours avec l’école. Que j’étais responsable de leur avenir, et que j’étais en train de le leur saboter. Puis elle m’a demandé, d’un ton désapprobateur, « Mais que fais-tu de ton temps libre ? ». Une manière habile d’insinuer que je ne fous rien, que je me la coule douce. Quel plaisir d’entendre ça quand on se couche tous les jours à 2 ou 3h pour essayer d’avancer dans ses préparations.
Selon elle, le fait que certains élèves m’insultent, me rétorquent « Je m’en bats les couilles Maitre » lorsque je leur demande de se taire, qu’ils passent leur temps à s’insulter entre eux et à se battre – même en classe- vient du fait que je ne prépare pas correctement ma classe.
Mais, toujours avec bienveillance, elle m’a dit de rester courageux, avant de sortir de ma classe avec un sourire, toujours bienveillant.

N’en voyant plus le bout, dans l’énergie du désespoir, j’ai demandé de l’aide à un conseiller pédagogique. J’ai également rencontré mon inspectrice pour lui exprimer mes difficultés et nous avons décidé de mettre en place un protocole d’accompagnement personnalisé. Mais en réalité, j’étais déjà dégoûté du métier. Il était trop tard pour moi, j’avais baissé les bras pour la première fois de ma vie. Et je suis convaincu que j’ai eu raison de ne plus avoir espoir en ce système éducatif.

Au delà de mes propres difficultés, je me rends compte que ce système est obsolète. Il est fait pour construire une armée de bons citoyens futurs salariés à qui l’on répète qu’il faut faire des études pour réussir. On leur impose un dilemme moral entre « Fais ce qui te plait pour être heureux » et « Il te faut la sécurité de l’emploi pour être heureux. » On pourrait croire qu’il s’agit d’un encouragement à aller loin, mais il s’agit en réalité d’une pression par la peur, en faisant comprendre insidieusement que sans faire d’étude, les élèves auront une vie médiocre. Un tiraillement dont j’ai moi-même fait les frais pendant 25 années à être assis sur les bancs de l’école. Lorsque j’ai choisi d’être enseignant, je me voyais naïvement comme un virus qui voulait changer le système de l’intérieur, imprégner mes élèves de mon optimisme, de mon humour et de cet idéal de s’accomplir en tant qu’individu. Mais j’ai sous-estimé la force de ce système qui a rapidement été une étreinte étouffante et je perdais, jours après jours, toute joie de vivre, tout enthousiasme à l’idée de me lever le matin.
L’éducation nationale étouffe la créativité. Elle étouffe l’individu en se cachant derrière l’idée inverse. Elle formate les élèves à devenir des pions, alors qu’elle devrait les encourager à entreprendre, à créer, à s’exprimer et à s’affirmer.

J’ai toujours été une personne joyeuse, avenante, pétillante. J’aimais la vie telle que je la prenais. Mais cette expérience m’a fait perdre toute confiance en moi. Elle m’a profondément détruit et j’ai cru que je n’étais pas fait pour enseigner. Mais finalement je crois que c’est l’Education Nationale qui n’est pas faite pour moi. Une nuance que je tiens à noter pour rassurer les autres enseignants dans la même situation que moi.

Je ne trouve pas normal le fait que l’on me dise qu’il est courant que les jeunes enseignants se fassent suivre par des psychologues pour gérer la pression. Je ne trouve pas normal que les arrêts maladies soient si fréquents dans ce corps de métier. Je ne trouve pas normal qu’on nous explique qu’il faille parfois mettre nos vies de côté pendant nos premières années d’enseignement. Je ne trouve pas normal d’avoir à sacrifier ma vie privée pour un simple métier. Et je trouve encore moins normal de mettre ma santé, autant mentale que physique, en péril pour un simple métier. Je m’insurge, peut-être à tort que sais-je, mais je choisis de m’insurger contre ce métier, ses conditions d’exercice, et contre son esprit.

Je quitte l’Education Nationale, mais je n’abandonnerai jamais l’idée d’être enseignant. Mon projet est de créer un jour une école démocratique, dont la philosophie me paraît bien plus saine et en accord avec mes propres valeurs, et je me battrai sans relâche pour atteindre cet objectif. Je crois en la pédagogie, je crois en l’avenir, mais je ne crois plus en l’Ecole.

En attendant, je vais chercher un petit boulot mal payé – cela ne fera pas une grande différence, me direz-vous – le temps de préparer mon départ au Canada pendant quelques mois, puisque mon diplôme de BAC +5 ne me sert plus à rien ici si ce n’est à travailler dans l’E.N.

Je vous invite à partager ce témoignage si vous pensez qu’il mérite d’être entendu.

Merci de m’avoir lu, bon courage à tous et mes plus sincères respects à ces enseignants qui s’épanouissent dans ce métier. »

La ronde des démissions

Face au nombre d’articles dans les médias sur la hausse des démissions dans l’Education nationale, il est difficile d’éviter ce sujet.

Tout a  commencé par un rapport sénatorial de Jean Claude Carle (LR) et Françoise Férat (UDI) et reprise par le Café pédagogique. Dans ce rapport, ils révèlent« une progression inquiétante du phénomène auprès des enseignants stagiaires, particulièrement dans le premier degré ».

Selon les Echos, les démissions auraient été multipliées par trois depuis 2012. Ce sont surtout les stagiaires qui démissionnent. Cela s’explique par le fait que de nombreux candidats passent le concours pour diverses raisons telles que sortir du chômage etc.. et découvrent que finalement ce métier n’est pas pour eux ou qu’il ne leur apporte pas la reconnaissance espérée. Et pour  France Inter  , quand vous vous engagez à embaucher 60 000 personnes, il faut s’attendre à avoir un niveau de désaffection en adéquation.

Dans son article sur Alteréco, Philippe Watrelot rappelle pourquoi ces démissions progressent mais sont à relativiser. En effet, comparées à la masse totale des professeurs tout degrés confondus, les démissions ne sont pas si nombreuses.

Dans l’ensemble des articles parus sur ce sujet, il n’est question que de chiffres et d’arguments. Seul, 20 minutes fournit un témoignage direct d’un stagiaire qui a finit par craquer.