Voici un témoignage poignant sur lequel je suis tombée …

 

“Monsieur le proviseur adjoint,

Puisque les élèves n’ont pas eu de prof devant eux depuis deux mois, la seule appréciation équitable et honnête me semble quelque chose du genre : « moyenne non représentative du niveau de l’élève, difficilement évaluable en raison d’une longue absence du professeur » (multipliée par 36). Je vous fais confiance pour trouver la bonne formule à destination des parents. Il m’est difficile d’évaluer individuellement les élèves après une absence de deux mois, mais n’hésitez pas à le faire si vous l’estimez nécessaire. M’est avis que tous les gamins méritent d’être encouragés.

Par ailleurs et surtout, réalisez-vous l’incroyable sécheresse de vos voeux de prompt rétablissement ? J’ai passé la nuit à réfléchir à votre prose et j’en suis venu à formuler quelques questions purement rhétoriques. Lors des réunions de cadres au rectorat, vous arrive-t-il d’évoquer les « risques psychosociaux » liés aux politiques d’affectation des TZR et des contractuels ? Et plus généralement de réfléchir aux conditions de travail que vous participez à mettre en œuvre ? J’ai constaté que les chefs d’établissement souffrent aussi parfois de la brutalité administrative qui est leur « coeur de métier » et qui ne doit pas manquer d’être en décalage avec leur vocation et leurs aspirations… Mais depuis six ans que je suis TZR, les personnels de direction qui me supervisent ne cessent de me montrer que je ne suis pour eux qu’un volume horaire interchangeable, un bloc de moyens provisoires, bmp pour les intimes, et aucun d’entre eux ne semble entrevoir les effets produits par la pensée néomanagériale dont l’Etat les abreuve apparement. Plus simplement, aucun d’entre eux ne semble non plus se préoccuper des effets produits par cette distance physique et symbolique qu’ils maintiennent entre eux et nous à coups de costumes, de vouvoiement et de postures d’autorité. Sommes nous collègues, ou pas ? Sommes-nous des êtres humains, ou pas ? Pas un coup de fil en deux mois pour savoir comment j’allais. Ça vous indiffère ? ou bien vous préférerez ne pas savoir ?

Dans une autre vie les cadres ne parleront plus sèchement à leurs collègues, il y aura de l’attention, de la chaleur, ils cesseront de gérer des flux et des masses numérotés. Je vous recommande à ce propos le film La question humaine de Nicolas Klotz, sorti en 2007. Le sort du personnage incarné par Michael Lonsdale n’est pas très enviable. Vous êtes jeune, il n’est pas trop tard pour vous éviter ça.

Jusqu’aujourd’hui, j’étais assez bien parvenu à résister à la condition qui m’était faite, j’avais accepté ma place et je m’étais résolu à ne rien attendre de la part de « l’administration » qu’un salaire. Ni reconnaissance, ni protection. On m’a envoyé un peu partout pour boucher les trous, en me prévenant toujours au dernier moment et sans me demander mon avis (c’est pourtant prévu par les textes lorsqu’on est affecté hors de sa zone). C’était le contrat, en quelque sorte (!) et même si c’était déjà assez difficile je ne l’ai pas vécu trop mal. Avec les élèves je me sentais bien, avec certains collègues aussi. Mon existence administrative me pesait un peu, mais sans plus.

Mais cette année, je me permets un petit craquage… Je n’ai pas réussi à tenir les trois jours à Carmaux/deux jours à Castres, deux affectations à deux heures de chez moi. Deux jours avant la rentrée de septembre (quand j’ai appris mes affectations), je vous avais fait part de mon appréhension, j’avais peur que vous ne parveniez pas à vous coordonner avec l’autre lycée pour m’éviter des trajets trop nombreux. « Vous n’avez qu’à acheter une voiture », m’aviez-vous rétorqué. « Et puis vous avez trois heures supplémentaires » avez-vous ajouté d’un ton impératif, comme si je ne pouvais pas en refuser, légalement, deux sur trois, et comme si les besoins du service vous dispensaient de vous inquiéter de mes conditions de travail, lesquelles ne peuvent pas manquer pourtant d’influencer l’exercice de mon métier et la réussite des élèves… Il avait fallu que je me dresse un peu contre vous, ce jour-là. Bref. Ai-je un problème avec l’autorité ? Pour la voiture, j’aurais peut-être dû vous écouter. Mais on m’aurait retrouvé au petit matin sur une départementale, contre un platane, avec la fatigue (j’ai beaucoup d’imagination). Et puis je préfère le train, on peut lire, travailler, somnoler, regarder les gens. Et puis je suis trop dépensier pour suspendre tout mon budget à mon travail (déjà qu’on finance les trois quarts de nos livres et de nos fournitures…), je préfère acheter des cafés, des cigarettes et des billets de train qu’une sale voiture. Preuve de bonne santé mentale. Je ne suis pas du genre à fuir à pleurnicher à la moindre difficulté, ni à refuser toute contrainte, ce que vous avez sous-entendu d’une manière assez grotesque et injuste. Bref. Trois jours à Carmaux, deux jours à Castres. Il a fallu que je réclame dans les deux lycées des chambres d’internat, que l’intendance m’a louées généreusement 10 ou 15 euros la nuit (loyer supplémentaire entre Carmaux et Castres : 35 euros par semaine, 150 euros par mois). C’était ça ou le train, deux heures porte à porte entre mon domicile et les deux lycées, quatre heures par jour de transport à pieds en train et en bus. Pas tenable, et seulement à moitié remboursé, donc j’ai choisi la chambre, mais les trois nuits par semaines seul dans un mobilier de salle de classe se sont avérées un peu glauques. La solitude et les trajets c’est fatiguant et difficilement supportable à long terme.

Résultat : angoisse larvée, tension nerveuse permanente, creux au ventre, lumbagos, insomnies, troubles digestifs, nausées avant de partir au travail, et repli dépressif, libido fléchissante et ramollissante (si vous voyez ce que je veux dire), entre autres joyeusetés psychosomatiques. Le week end, quand je pouvais enfin être chez moi et auprès des miens, je n’avais aucune envie des voir, j’avais juste envie de m’anesthésier. Plus aucune libido amicale, amoureuse, sexuelle. Aucune libido sciendi non plus, ça la fout mal quand on est censé transmettre un minimum de curiosité intellectuelle à ses élèves… Pour résumer : angoisse qui creuse le ventre et démotivation générale et dépressive. Donc en janvier je me suis fait arrêté une semaine, puis deux, puis cinq, et deux mois après, je ne peux toujours pas reprendre : même la perspective d’arrêts successifs jusqu’aux vacances d’été n’a pas effacé cette tension nerveuse qui s’est installée en moi depuis la Toussaint. J’ai abandonné mes élèves. J’ai compris à quel point c’était mortifère et que ça allait prendre du temps pour me retaper. Et j’ai compris qu’il est au plus haut point légitime de chercher à s’émanciper de ce qui nous détruit et nous dévitalise. J’ai écrit à la DPE pour qu’ils suppriment une de mes deux affectations, aucune réponse. Au téléphone, aucune réponse. De votre part, rien non plus, mais il est vrai que je n’ai pas osé vous appeler. Les responsabilités de ce massacre administratif sont tellement diluées qu’on ne sait pas à qui s’adresser.

Par bonheur mon médecin généraliste est d’une douceur infinie et m’a arrêté avant que je perde complètement pied. J’ai rendez-vous avec un psychiatre. Merci pour le cadeau !

Était-ce à la médecine de régler le problème ?

Je crois que la preuve de mon attachement à la continuité du service public n’est plus à faire. Six ans que je traverse en TER ma « zone de remplacement » et les « zones limitrophes », qui représentent un territoire de 12 000 km carrés (de quoi rendre verts de jalousie la plupart des tueurs en série américains !). Colomiers, Castres, Carmaux, Tarbes, Argelès-Gazost, Castelsarrasin, Valence d’Agen, Toulouse, presque toujours dans deux établissements à la fois. Allez-vous me suggérer de déménager chaque année pour suivre mes affectations ?

Je vais finir par me prendre en exemple dans le chapitre sur l’intégration sociale en terminale. Existence fantomatique, liens distendus avec les collègues, impossibilité de me nourrir en participant à des projets pédagogiques de long terme… Parfois en fin d’année on me demande encore qui je suis ! Je paye des chambres tristes qui étaient gratuites il y a encore quelques années pour les personnels qui viennent de loin. Au passage : je vous signale que mes heures supplémentaires n’ont toujours pas été payées (depuis septembre) et que j’ai avancé plus de 1400 euros de billets de train entre septembre et janvier. Je ne suis pas loin d’envoyer des lettres d’insultes au rectorat pour réclamer mon argent, comme Céline à Gallimard (point commun : on met nos tripes sur la table, chacun dans nos métiers respectifs ! ). À mon grand père ouvrier qui s’esquintait à enfourner du charbon la nuit pour que l’usine à briques continue de tourner, on ne payait pas non plus ses heures sup. C’est triste de constater à quel point on continue d’être méprisés, dans la famille, malgré l’ascension sociale ! Il était en colère, et moi aussi, mais lui n’était pas allé à l’école, ne savait pas lire ses feuilles de salaire, sa colère était impuissante et vaine. Moi je me dis que je pourrais peut être attaquer le Rectorat devant le tribunal administratif et exiger le remboursement des chambres, et aussi vous facturer les 100 ou 200 euros dépensés en décontractants musculaires non remboursés que je suis obligé d’avaler depuis six mois pour ne pas enchaîner lumbago sur lumbago. Je plaisante bien sûr.

Je suis désolé, ça ne se fait pas mais j’ai envoyé ce mail à tout les collègues et je décharge un peu de colère. D’ailleurs pourquoi pas aux élèves, à leurs parents, au ministre, à la presse ?! C’est un témoignage qui en vaut bien un autre… ! Il y a des tas de gens qui souffrent de leurs conditions de travail dans cet établissement, comme partout ailleurs dans ce paradis prolétarien qu’est devenue l’Education nationale, et personne ne dit jamais rien. Un jour on retrouvera quelqu’un pendu à l’un beaux arbres du lycée, le Rectorat dira qu’il avait des problèmes personnels, et cela vous touchera peut-être, vous n’aurez que vos yeux pour pleurer. C’est maintenant qu’il faut faire attention, Monsieur le proviseur. Le ton de ce mail mérite peut-être un blâme ? Peut-être que je serai viré comme un malpropre parce que j’ai l’air de m’adresser à vous personnellement de manière ordurière ? Moi je suis convaincu que personne ne mérite la moindre déférence ! Les cadres encore moins lorsqu’ils prennent à cœur leur fonction de valets du gouvernement et du capital. Je ne dis pas que vous le faites. Mais vous outrepassez parfois votre autorité. Acheter une voiture, franchement ? Avec quel argent ? Pourquoi alors ne pas exiger le permis au concours ? En ce qui me concerne je ne vois aucun mal à dire que le roi est nu et je n’ai aucune intention de continuer à accepter n’importe quoi. Je m’attends à tout désormais de la part de l’administration. Je sais qu’il m’est interdit de refuser d’autres affectations délirantes, qu’on me menacera (« abandon de poste » disent-ils alors que c’est l’institution qui abandonne ceux qui sont en dernière ligne !). Faites. Tant pis.

Je n’attends aucune réponse de votre part. Au contraire j’ai besoin de couper véritablement et complètement les ponts avec vous et votre administration, dans les six mois qui viennent. J’ai juste envie de vous mettre pour une fois en face de ce que vous contribuez très modestement et très invisiblement à produire, vous parmi d’autres qui accomplissent consciencieusement leur tâche dans les bureaux introuvables de cette architecture kafkaïenne du pouvoir. Dans le Procès, lorsque l’institution judiciaire s’empare du corps de K, il est incapable de résister, une force assez mystérieuse et intérieure au contraire l’attire toujours plus profondément dans des couloirs sombres et des interactions absurdes et cruelles. À la fin, K se laisse égorger par deux policiers dans une carrière de pierre. Scène comique que je vous invite à relire ! Mais Kafka et Orson Welles sont des génies pessimistes, moi je m’évade.

Pour reprendre votre formule, je vous prie, dans la mesure du possible, de faire plus attention à l’avenir aux gens qui vous entourent. Ne prenez pas votre travail trop au sérieux, voyez comme on vous incite à nous traiter, c’est une imposture. Ce que l’institution fait aux élèves et aux personnels, vous finissez par ne plus le voir, parce que tout le monde préfère le taire… Il n’y a que la voix qui déraille parfois, quand un collègue en souffrance se confie à une oreille amicale dans un recoin du lycée. Le plus souvent il disparaît pour quelques semaines et baisse les yeux parce qu’il a honte et n’ose pas encore se révolter. Est-ce à la médecine de régler ce genre de problème ? Quand elle le fait c’est à sa manière individualisante. Aucun conflit, aucune prise de conscience collective et aucune forme d’action solidaires n’émergent jamais d’un arrêt de travail. C’est le degré zéro de la politique. Et puis c’est toujours déjà trop tard on a perdu l’un des nôtres.

Bien cordialement,

Mathieu Rob

 

 

 

Le 8 mars 2018 à 17:31, XX a écrit :

Mme XXX,
M. Rob,

Je vous prie, dans la mesure du possible, de remplir les appréciations trimestrielles en vue des conseils de classe à venir et vous souhaite un prompt rétablissement.

Bien cordialement,

XXX
Proviseur Adjoint

Lycée Polyvalent XXXXX
XXXXXXXXX
XXXXX

 

 

 

PS

Merci infiniment pour votre soutien et vos témoignages. J’espère que les parents d’élèves comprendront un jour pourquoi leurs enfants se retrouvent parfois sans prof devant eux pour de longues périodes, et qu’alors ils sauront nous aider à obtenir des conditions de travail décentes, dans l’intérêt général.

SVP, ne m’envoyez plus de message en MP ni d’invitation en amitié virtuelle, j’ai besoin de m’extraire un peu de tout ce pataquès et de passer à autre chose… Et puis les travailleurs âbimés par l’organisation brutale du travail ont peut-être moins besoin de compassion que d’une bonne grosse grève générale illimitée qui parvienne à faire changer les règles. À vous de juger !

Faites l’usage que vous souhaitez de cette lettre, c’est pas moi qui vous censurerai, et vous n’avez pas besoin de me demander mon autorisation (!). Mais à titre personnel je m’arrête là pour ne pas risquer de compliquer mes rapports avec le rectorat.

PPS

À ceux qui ont « liké » ou « partagé » ma petite lettre ouverte au proviseur adjoint, et qui n’ont jamais foutu les pieds dans un SYNDICAT ni dans une MANIF :

Des témoignages « émouvants » comme le mien, vous en trouvez plein d’autres partout sur FB, en cherchant bien… En général ça buzze une petite semaine et puis ça disparaît dans le Flux des posts et des émoticônes. Vous cliquez, vous relayez et vous passez à autre chose, c’est la mécanique DÉPOLITISANTE des réseaux sociaux. On se laisse enfermer dans le temps court de l’actualité, on délègue à des algorithmes la tâche nous émouvoir et de nous indigner dans un tempo qui ne soutient pas l’ACTION COLLECTIVE…

De la même façon les tracts syndicaux jaunissent sur les tableaux en liège des salles des profs. Moins de 15 % de syndiqués parmi nous, et c’est mou, mou, mou, on ne parle pas assez POLITIQUE et on n’agit pas ! Pas grand monde en grève, pas grand monde dans la rue, jamais aucune AG… Par contre, beaucoup d’aigreur, de ronchonnements et de résignation. Super !

Alors désolé mais à mes yeux vos « j’aime » et vos « partages » sont complètement FAUX-CUL, du coup !!! On n’en finit pas de déplorer ceci ou cela sur Facebook ou sur Twitter et on se retrouve à 2000 dans les manifs… Je n’ai pas écrit ma lettre ouverte au proviseur pour me plaindre, mais parce qu’après une période de repli dépressif, il m’a paru opportun d’être un poil plus COMBATTIF. Gardez votre blabla compassionnel, il est à côté de la plaque voire un peu humiliant !

Il existe des tas de bonnes et de mauvaises raisons d’être FATIGUÉS de militer, et on n’y peut rien pour l’instant, c’est structurel, elles ne vont pas disparaître comme par enchantement demain. Ça ne se décrète pas… Mais c’est notre démobilisation aussi qui nous tue à petit feu, autant sinon plus que nos conditions de travail mortifères et aliénantes. Alors il est peut-être temps d’ALLUMER LES PERSPECTIVES DE LA FATIGUE ! (Comme disent Éluard et Breton dans leur beau poème Le jugement originel).

Bref, à tous ceux qui se contentent de cliquer : s’informer et partager l’information c’est bien, déplorer et s’indigner c’est parfait, mais en rester là c’est hypocrite et ça n’a aucune efficacité. Ce n’est pas en restant SEULS devant votre écran que vous contribuerez à changer les choses d’un iota. Et si vraiment vous êtes touchés et RÉVOLTÉS par la situation des travailleurs « précaires » (entre autres horreurs à combattre), il va falloir vous bouger le cul et changer de stratégie, les amis ! En commençant par essayer de dépasser un peu ce sentiment écrasant d’impuissance que beaucoup semblent partager ici. À essayer collectivement de conquérir un peu de prise sur les choses, au lieu de seulement les subir, on se sent plus VIVANTS, déjà !

Et la vie militante est belle !

Fin du prêchi-prêcha.”

 

lien de la publication ici

Photo: Rose Zehner par Willy Ronis

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PES qui démissionnent

Ces PES qui démissionnent dès la Toussaint :
pas fait pour ce métier ou pas formé à ce métier ?

 

Sur les groupes Facebook destinés aux professeurs des écoles stagiaires (PES), une question revient régulièrement : à qui doit-on envoyer sa lettre de démission ?
Moi-même jeune enseignante, je sais que les débuts peuvent être difficiles mais j’ai été surprise de constater que des jeunes collègues envisagent de démissionner dès le début d’année. Comment peuvent-ils en arriver là après avoir fait tant d’efforts pour passer le CRPE ?
Pour comprendre, j’ai engagé la conversation avec plusieurs d’entre eux via les réseaux sociaux.
Si les parcours sont différents, des constantes se dégagent.

Une formation incomplète

A la rentrée, les PES font leurs premiers pas dans les salles de classe et de nombreuses questions émergent : comment obtenir l’attention des élèves ? Comment différencier ? Comment préparer son cahier-journal ?

Les cours de l’ESPE leur paraissent bien éloignés de leurs préoccupations immédiates. Ainsi, J. explique :
« La semaine de pré-rentrée de l’ESPE ne m’a pas aidée du tout. En gros, j’ai eu un rendez-vous de 20 minutes avec ma tutrice qui m’a dit si mon cahier journal de la semaine de la rentrée convenait ou pas. Sauf que la réalité est bien différente. On ne nous parle jamais de la gestion de classe. »

Sarah ajoute : « Ici, nous avons eu 2 jours de préparation de classe à l’ESPE avant la rentrée mais au lieu de nous montrer une semaine-type de rentrée, afin de nous focaliser sur la posture, on nous a donné de vagues propositions et rien de très construit. Finalement on nous a demandé d’inventer une journée-type en Grande Section sans même savoir à quoi ressemble un élève de maternelle.»

« L’accent est mis exclusivement sur les fiches de prép, le reste, on en parle très peu. Si la fiche de prép est bonne, le reste devrait passer. Mais la réalité n’est pas si simple. »

Il n’est pas question de remettre en cause l’intérêt des cours didactiques de l’ESPE. Cependant, il est regrettable que la gestion d’un groupe-classe n’y soit pas abordée. Pourtant mener une réflexion sur les routines scolaires est essentielle : comment mettre les élèves en rang ? Comment gérer l’entrée en classe ? Quelles routines mettre en place au début de l’année ? Ces questions font partie du métier de professeur des écoles et ont leur importance pour mener à bien les apprentissages.

S’ajoute parfois le sentiment de recevoir des conseils contradictoires…

Des conditions parfois difficiles pour débuter

Anaïs a été affectée dans une classe difficile de CE2 en REP : « Peu après la rentrée, je devais gérer tous les jours un élève qui faisait des crises jusqu’au jour où celui-ci m’a frappé. Quand il y a un enfant à problème ça va, mais quand il y en a 8, c’est ingérable. Le directeur que je déchargeais demande chaque année à ne pas accueillir de PES dans son école car il sait que c’est un environnement très difficile pour commencer. »

Beaucoup d’efforts pour peu d’effets…

« La charge de travail est juste dingue » m’explique Marine. En effet, selon une enquête du syndicat Snuipp-FSU réalisée cette année, le temps moyen de travail d’un PES serait de 48h51 par semaine.

Il n’est pas aisé pour les jeunes enseignants de trouver un équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle.

« Quand je vois le temps passé à préparer… Je sais que ça va mieux avec le temps mais je suis tellement perfectionniste et exigeante avec moi-même que j’ai du mal à penser à autre chose. » (J.)

Préparer la classe est extrêmement chronophage ; ce constat est d’autant plus vrai en début de carrière. Cet investissement n’est pas toujours valorisé par les tuteurs lors des visites en classe.
« Ma tutrice est de bon conseil mais je la trouve très exigeante. J’ai trouvé son rapport de visite très négatif. Par exemple, lors de sa venue, j’avais différencié 2 des 3 ateliers de la matinée. Mais dans ses notes, elle est restée focalisée sur le 3ème atelier qui n’avait aucun différenciation. Finalement je vois les visites comme des sanctions et non comme des aides. » (J.)

« Si ma tutrice avait été moins exigeante et m’avait laissé plus de temps, je me serais sentie mieux. » (Marina)

Cela dit, n’allez pas croire que tous les PES démissionnaires ont été découragés par les tuteurs et les conseillers venus les observer. Car c’est la difficulté à gérer le groupe-classe qui mine peu à peu la confiance en eux des jeunes enseignants.

« On se défonce pour préparer nos séances mais on n’arrive pas à les mettre en pratique en classe. C’est démoralisant. »

« Comme on n’est pas tellement fourni niveau séquence, on se disperse à chercher tout et n’importe quoi et on ne se concentre pas du tout sur un autre aspect important de notre boulot : le positionnement, la posture. » (Sarah)

La désillusion

Parmi les PES démissionnaires interrogés, certaines étaient en reconversion professionnelle et ont tout simplement décidé de reprendre leurs anciennes activités.
« J’ai pesé le pour et le contre. J’ai préféré revenir à mon ancien métier qui offre de bien meilleures conditions de travail. Professeur des écoles est un super métier, mais dans les conditions actuelles, moi je n’y ai pas trouvé ma place. » (Marina)

Pour conclure

Le nombre de démissions des PES a triplé dans le primaire en quatre ans. (pages 36-37 de ce rapport du Sénat).
Certains penseront que ces PES n’étaient pas fait pour devenir enseignant. Je ne suis pas de cet avis. D’ailleurs, les PES avec lesquels je me suis entretenue n’ont pas tenu ce genre de propos.
Enseigner reste et restera toujours un métier difficile. Toutefois je reste convaincue que des actions peuvent être entreprises pour faciliter l’entrée dans le métier des jeunes enseignants. Et vous ?

par Laure (apreslaclasse.net)

 

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Par M.D

“Salut les feignasses! J’espère que la rentrée s’est bien passée pour les collègues de la zone A. J’avais une question qui me taraude depuis quelques mois: quels moyens avons-nous pour envisager une reconversion? Vers qui se tourner? Parce que sincèrement ça fait 3 ans et j’en ai déjà ras le bol alors oui on va me dire “c’est normal c’est le début, il faut attendre d’avoir fait sa place tu verras c’est beaucoup mieux etc” mais sincèrement je ne me sens pas le courage d’attendre 10 ou 15 pour me fixer dans la zone que je recherche. Alors quels choix avons-nous? Qui peut nous conseiller?”

A vos claviers en commentaires !

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Il arrive qu’un jour ou l’autre on ait besoin de changement. Et un professeur est un être humain comme les autres : il a le droit de vouloir voir autre chose . Mais quelle solution s’offre à lui si il veut changer de carrière ?

demission9

En tant que fonctionnaire et professeur, il peut :

  1. Passer des concours  pour évoluer dans la fonction publique

    Il en existe des divers et variés :

    • Le PERDIR : pour être chef d’établissement (ou proviseur) d’un lycée général ou d’un lycée professionnel. Si on n’est pas sûr d’être fait pour ce type de poste, il y a la possibilité de faire un essai en “faisant fonction”. Pour cela, il faut répondre à un appel à candidature comme celui-ci.
    • Devenir inspecteur de l’Éducation Nationale (IEN) ou inspecteur pédagogique régional (IPR)
    • Intégrer la fonction publique territoriale
    • Devenir CPE (conseiller principal d’éducation) ou COP (conseiller d’orientation psychologue)

      2.Etre en  détachement 

      Il est ainsi possible de changer de ministère. Des offres d’emplois, de stage et d’apprentissage publiées par les employeurs de la fonction publique de l’État, territoriale et hospitalière sur le site de la Bourse Interministérielle de l’Emploi Public (BIEP). Les annonces sont classées par ministère, lieu d’exercice, niveau d’études…

      Dès lors, il s’agit de travailler pour une autre structure. Par conséquent, c’est le nouvel employeur qui rémunère l’agent. Les  cotisations  pour la retraite sont les mêmes que pour un enseignant et les droits à l’avancement sont conservés.Le détachement dure de 1 à 5 ans mais peut aussi être renouvelable.

      Cette option est accessible à tous les fonctionnaires de l’État. Elle peut parfaitement convenir pour découvrir un éventuel futur métier mais sans quitter définitivement son emploi d’enseignant.

      Il existe précisément 15 cas de détachement. Les plus fréquents chez les professeurs  sont  :

      • auprès d’une administration ou d’un organisme d’État (exemple : adjoint administratif au Ministère de la Défense)
      • auprès d’une collectivité territoriale ( exemple : attaché territorial)
      • auprès d’un établissement public ou sous tutelle de l’Éducation nationale (exemple : au CNED)
      • pour exercer une fonction élective (exemple : député ou maire)
      • pour accomplir sa scolarité en vue d’un emploi titulaire permanent de l’État (magistrature, police, ENA)

      À la fin du détachement, trois possibilités :  un nouveau détachement ; un renouvellement ou bien la  réintégration en tant que prof.

      3.Faire une demande de mise en disponibilité pour exercer une activité professionnelle pendant une certaine période

      4.Demander un Congé de formation (CIF)

      Il est inscrit dans le cadre du  Compte Personnel de Formation (CPF, ex-DIF). Au cours d’un CIF, la rémunération est de 85% du  salaire d’origine.Pour y prétendre, il faut  :

      • avoir exercé pendant au moins trois ans à temps plein
      • formuler sa demande au moins cent vingt jours avant le début de la formation
      • pour une durée maximale de 3 ans consécutifs ou répartis en plusieurs fois

       

      5. Changer d’affectation

Plusieurs possibilités :

  • Muter dans une autre ville ou à l’étranger. Pour cela, il faut guetter les périodes de mouvements inter et intra-académiques ainsi que les campagnes de recrutement de l’AEFE.
  •  Changer de discipline. Cela dépendra des  compétences professionnelles et de la  motivation du candidat.

6.Faire une demande de démission à l’administration

Cette décision est définitive et irrévocable. Il faut être sûr de son choix et de sa future orientation professionnelle.

La  demande de démission  est à faire par écrit auprès de l’inspecteur d’académie ou du recteur qui a le pouvoir de l’accepter ou de la refuser et  qui fixera la durée du préavis.

Il est toujours possible de  devenir fonctionnaire à nouveau, il  faut alors repasser les concours.

7.Faire une demande de cumul d’activité pour exercer une activité à titre accessoire

 

 

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Cette semaine, nous vous avions proposé une revue de presse sur les articles en ligne parlant de la hausse des démissions chez les enseignants.

Celui-ci nous donne plus de précisions sur les raisons de ces démissions :

prof

Le métier d’enseignant est un métier solitaire même s’ il est entouré de monde-élèves, hiérarchie, collègues, parents-, il est seul face à la classe, à ses préparations de cours. Et contrairement à d’autres professions, il ramène du travail chez lui. D’où la réelle difficulté à faire la coupure vie privée/vie professionnelle.

Il se sent seul quand le système de mutation le laisse loin de chez lui, avec très peu d’espoir de retour, ou alors pas avant de longues années d'”exil”.

Il gère de l’humain et souvent face à certaines situations familiales ou sociales de ses élèves, il est difficile d’avoir un réel recul affectif. La bienveillance n’est pas toujours facile à garder en tête, comme par exemple face à un élève violent.

Il a besoin de se sentir soutenu par sa hiérarchie, par les parents, son entourage.

Les différentes réformes ont accentué ce sentiment d’absence d’écoute des vrais besoins du terrain, d’abandon. Il a l’impression qu’il ne dispose plus de la liberté pédagogique autant qu’il le souhaiterait.

Et vous quelles raisons pourraient vous faire quitter l’EN ?

 

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Face au nombre d’articles dans les médias sur la hausse des démissions dans l’Education nationale, il est difficile d’éviter ce sujet.

Tout a  commencé par un rapport sénatorial de Jean Claude Carle (LR) et Françoise Férat (UDI) et reprise par le Café pédagogique. Dans ce rapport, ils révèlent« une progression inquiétante du phénomène auprès des enseignants stagiaires, particulièrement dans le premier degré ».

Selon les Echos, les démissions auraient été multipliées par trois depuis 2012. Ce sont surtout les stagiaires qui démissionnent. Cela s’explique par le fait que de nombreux candidats passent le concours pour diverses raisons telles que sortir du chômage etc.. et découvrent que finalement ce métier n’est pas pour eux ou qu’il ne leur apporte pas la reconnaissance espérée. Et pour  France Inter  , quand vous vous engagez à embaucher 60 000 personnes, il faut s’attendre à avoir un niveau de désaffection en adéquation.

Dans son article sur Alteréco, Philippe Watrelot rappelle pourquoi ces démissions progressent mais sont à relativiser. En effet, comparées à la masse totale des professeurs tout degrés confondus, les démissions ne sont pas si nombreuses.

Dans l’ensemble des articles parus sur ce sujet, il n’est question que de chiffres et d’arguments. Seul, 20 minutes fournit un témoignage direct d’un stagiaire qui a finit par craquer.

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