Mercredi 3 octobre 2018. Département de la Seine-Maritime, à Rouen plus précisément. Pour ma dixième rentrée sous différents statuts successifs et en poste sous CDI depuis un mois, je dois entreprendre, comme de trop nombreux autres AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire) ou AESH (Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap), une traversée du désert bien plus pénible que les années précédentes : je n’ai vu la couleur d’aucun centime d’euro en rétribution de mon travail effectué durant le tout le mois de septembre. Mon employeur ?? Ni une ‘Start Up’ qui se lance, ni une micro entreprise qui débute sur le marché du travail et qui ne peut encore garantir une rémunération à ses salariés … Je suis (non) salariée de l’Éducation Nationale. Excusez du peu…

Incompréhension, colère, honte… Ce sont les trois mots qui décrivent à peine, mais avec peine, la situation déplorable dans laquelle nous a délibérément plongés la DAPAEC (Comprenez Division Académique des Personnels d’Accompagnement et d’Éducation, l’un des services de l’Inspection Académique).

Incompréhension face à des contrats reçus très tardivement dans nos établissements alors que nos prises de postes étaient effectives dès la pré-rentrée le 31 aout.
Incompréhension face à un service qui ne semble pas savoir décrocher un téléphone ou se servir de la fonction ‘répondre à l’expéditeur’ d’une messagerie…

Colère face à nos demandes d’avances de salaires – car nous comprenons rapidement qu’il est déjà trop tard pour une mise en paiement de salaires ou d’acomptes fin septembre – qui restent lettres mortes, qu’elles soient instruites par nous ou par nos établissements.
Colère qui ne fait que monter face aux répondeurs saturés ou aux lignes qui sonnent dans le vide au sein de la DAPAEC. A penser qu’ils ont du subir un ‘bug téléphonique’ tout comme le ‘bug informatique’ qui a entrainé le non versement de mon salaire. Solide excuse que je tiens du bureau 202 … Putains de bug, sans déconner.

Honte face à la banque lorsqu’il faut expliquer que les prélèvements sur le compte ne vont pas pouvoir être honorés et quand on doit demander un découvert (insurmontable) plus important, faute d’économies suffisantes sur nos livrets grâce à nos salaires vertigineusement modestes (soyons modestes) et en dessous du seuil de pauvreté. A tel point que tous les 5 du mois je flippe à la caisse des supermarchés que ma carte bleue affiche « paiement refusé ». Une fois le loyer payé, la première semaine qui suit le versement du salaire, le compte affiche déjà un superbe zéro. Je veux bien prendre les paris sur les statistiques : AESH /AVS, nous fonctionnons en quasi-totalité de cette façon. Nous maîtrisons à la perfection l’art et la manière de jongler avec nos découverts autorisés (ou non). Nos revenus mensuels sont tels en raison d’une annualisation joliment théorique, puisque chaque mois de septembre il ne faut compter que sur un acompte qui a aujourd’hui atteint 90% du salaire, rendons hommages à nos Syndicats. Pourtant ce mois de septembre 2018 fait jurisprudence : nous sommes des centaines à n’avoir rien touché en guise de revenu. Merci Patron.

Honte face à nos enfants car le frigo reste désespérément vide. Toutes les denrées dans le congélateur (arborant fièrement la mention #SALAIRESEPTEMBRE ?# ou #OCTOBRE ROUGE#) stockées en prévision de ces temps difficiles (merci Picard) fondent aussi vite que la glace qui s’y trouve.
Tout loisir est hors de portée.
On est contraints de demander des bourses pour la scolarité de nos enfants, des bons alimentaires pour se nourrir, insister lourdement pour rencontrer une assistante sociale car en tant que salariés (sans salaires) nous ne sommes pas prioritaires dans cette détresse financière bien réelle. Une réparation sur la voiture et c’est le naufrage assuré vers l’interdit bancaire. D’ailleurs, ceux d’entre nous qui se tapent à minima 45 minutes, voire 1h15 de trajet aller pour se rendre de leur domicile à leur lieu d’exercice, et 45 minutes voire 1h15 retour pour se rendre du boulot au dodo, ne peuvent plus se permettre le luxe de remplir leur réservoir d’essence…

Honte face à nos collègues qui insistent pour vous arracher un sourire et vous apporter un soutien matériel (des provisions alimentaires) et économique (trois collègues m’ont proposé sur le champ « cartes bleues et codes pour le WE », dix autres des chèques de montants considérables, et un dernier un virement bancaire immédiat en plein cours). Ce genre de situation qui vous prend aux tripes, vous met à nu, vous donne juste envie de vous terrer et vous arrache des larmes devant tant de solidarité. La marque de confiance est blessante d’intensité tant elle est immense. J’en crève encore. On rechigne à accepter au final cette aide : notre salaire nous revient de droit et cette détresse n’aurait jamais dû arriver. L’administration nous coupe d’un trait les vivres et les vannes pour subvenir à nos besoins. Ce n’est pas à nos proches ou collègues de pallier à une ingérence / un manque d’anticipation par la DAPAEC des moyens et des affectations en temps et en heure des personnels accompagnant les élèves en situation de handicap. On nous impose cette précarité une fois de plus. Accepter les acomptes, retards ou oublis de versements de rémunérations, et pire travailler sans avoir signé de contrat pendant parfois plus d’un mois, c’est cautionner leur (anti)système gestionnaire qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Nous sommes pourtant au service d’un Ministère ! Au service de l’État, en l’occurrence l’Éducation Nationale qui tient tant, au nom de la Laïcité, à faire partager et inculquer aux futurs citoyens que sont les élèves, les grandes valeurs républicaines de Liberté, Égalité, Fraternité. Quel beau pied ne nez ! Au vu du sort qu’on nous réserve, elles sont bafouées !

Cependant, je lui suis reconnaissante, toute Noble Institution qu’elle est, à cette chère Inspection Académique : je viens de signer un CDI, qu’elle m’a certes adressé trop tard pour être rémunérée fin septembre et qui de ce fait me laisse sur le carreau comme des centaines d’autres (on fait taches, j’en suis consciente), mais elle me garantit désormais une sécurité de l’emploi. Reste à découvrir à quelles conditions et au nom de quels sacrifices…

Stéphanie LEFEBVRE, AESH désabusée comme des centaines d’autres …

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Par Anne Humblot Lagarde

Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République…
Monsieur le Président,

Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps et si elle parvient jusqu’à vous.

Au moment des élections présidentielles, en tant qu’enseignante, j’ai suivi attentivement vos propositions concernant l’Education Nationale, mon ministère de tutelle. Certaines idées, et surtout l’importance que vous disiez attacher à la scolarisation des élèves handicapés me semblaient de bon augure.

La nomination de Jean-Michel Blanquer au poste de Ministre de l’Education nationale m’a laissée espérer que nous prenions enfin un chemin qui allait me permettre de travailler l’esprit plus tranquille sous la direction d’un homme aux idées novatrices. La confiance qu’il disait vouloir redonner aux enseignants en tant que personnes les mieux à même de juger sur le terrain de ce qui est bon pour leurs élèves, et la scolarisation des élèves handicapés à laquelle il voulait donner un nouveau souffle, entre autres par la pérennisation de ces emplois précaires d’AVS (individuelles ou collectives) qui sont devenus les auxiliaires indispensables à la bonne inclusion de ces enfants dans les écoles, collèges et lycées. Ces deux points, pour ne parler que de ceux-là, étaient pour moi d’une importance capitale.

Et puis le 1er septembre, jour de pré rentrée, je suis retombée dans la dure réalité de mon quotidien d’enseignante, de petite fonctionnaire jugée tout juste bon à fonctionner…

Cette année, pour la 10ème rentrée consécutive, j’ai repris un poste dans l’ASH (Adaptation et Scolarisation des Handicapés). Plus précisément dans une classe d’ULIS école, dans une petite ville de la banlieue parisienne. Dans ces classes, plus que jamais, au regard du profil des élèves qui nous sont confiés, la présence d’une AVSCo est indispensable. Celle-ci doit être formée, compétente et professionnelle pour faire face aux multiples tâches qui lui incombent dans nos classes aux profils tellement divers.

Au cours de ces 10 années en CLIS d’abord puis en ULIS école depuis 2 ans, j’ai formé 4 AVSCo. A deux reprises, j’ai été seule dans ma classe faute de pouvoir recruter une personne compétente sur ce poste difficile. Ce travail de formation que j’ai effectué, je l’ai effectué bénévolement puisque rien dans ma fonction n’indique que je doive être formatrice. J’ai eu la chance de côtoyer des personnes formidables, volontaires, compétentes, avides d’apprendre à faire leur travail du mieux possible, ne comptant pas leurs heures. Chaque fois, au bout de deux ans, on m’a indiqué que ces personnes ne pouvaient pas continuer à exercer ce métier pour lequel je les avais formées et qu’elles aimaient. Docilement, je suis repartie à zéro. J’ai accueilli la nouvelle personne que je n’avais pas choisie, pour laquelle je n’avais d’autre choix que de « faire avec ».

Il y a deux ans, j’ai accueilli dans ma classe une nouvelle personne qui suivait en parallèle une formation diplômante. Elle a fait partie des premières personnes à pouvoir choisir l’option lui permettant d’obtenir un diplôme d’AMP (Aide Médico-psychologique) avec option AESH. Je m’en suis réjouie, d’abord pour elle qui allait pouvoir exercer un métier qu’elle aimait grâce à ce diplôme, pour mes élèves qui allaient enfin pouvoir bénéficier de l’aide d’une personne motivée et qualifiée, et enfin, égoïstement, aussi pour moi qui allait enfin pouvoir travailler l’esprit plus serein avec une personne de qualité et d’expérience.

C’était sans compter avec l’incohérence de mon ministère de tutelle… Adieu les belles phrases sur la scolarisation des élèves handicapés, aux oubliettes la confiance faite aux enseignants pour prendre des décisions et des initiatives pour le bien de leurs élèves.

En effet, je me suis vue signifier l’impossibilité qu’il y avait à embaucher la personne diplômée que j’avais formée. Par la décision de je ne sais qui, les AESH ne peuvent pas travailler dans les ULIS dans notre beau département de Seine et Marne. La magie de Facebook et un sondage auprès de multiples enseignants d’ULIS m’a montré la disparité des situations, mais aussi démontré que dans de nombreux départements,des ULIS bénéficient d’AESHCo, en CDI, qui travaillent dans la même classe depuis 3, 4 voire 5 années consécutives. Les enseignantes se félicitent de ce partenariat qui leur permet d’exercer pleinement leurs missions de coordonnatrice de dispositif.

Mais je ne pourrai pas moi-même bénéficier de la même chance. Une AVSCo en CUI, vous savez, ces emplois précaires que vous dénoncez, vient d’être recrutée pour mon dispositif. Et je dis bien « vient d’être recrutée ». En effet, bien que la fiche de poste ait été éditée en juin 2017, les entretiens de recrutement ont eu lieu le 8 septembre. Ce qui m’a permis de faire ma rentrée le 4 septembre seule dans ma classe avec mes 12 élèves dont deux à profil autistiques, 3 nouveaux très déficients qui n’ont aucune autonomie, 1 hyper actif avec TED, et je ne parle pas des autres qui sont des « anciens » qui connaissent bien mes habitudes de travail et ont été assez gentils pour ne pas me poser trop de problèmes la première semaine. Maintenant que cette personne est recrutée, il va me falloir attendre qu’elle ait signé son contrat, sans doute pas avant une bonne semaine, avant qu’elle arrive dans ma classe, toute neuve et sans qualification, sans doute très motivée par ce travail, mais… demandant très légitimement à être formée pour celui-ci.

Alors ce soir, j’ai pris ma plus belle plume de maîtresse d’école pour vous faire savoir mon ras le bol d’être traitée avec mépris, de voir le travail que j’effectue être jeté à la poubelle sans aucun état d’âme. Où est cette bienveillance que vous nous demandez d’exercer à l’égard de nos élèves et que l’on nous manifeste si peu à nous, enseignants ?

Je n’espère pas faire changer quoi que ce soit par ce courrier, juste vous faire savoir que moi aussi, à 55 ans, après 35 années consacrées à l’Education nationale, il me vient des envies de déserter…

Anne HUMBLOT

Enseignante en ULIS Ecole à l’école des Rossignots à Nangis.

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Pour aider les familles des élèves en situation de handicap,  le ministère de l’Éducation nationale et le secrétariat d’État auprès du Premier ministre, chargé des personnes handicapées souhaitent revoir  l’accompagnement des enfants et des jeunes en situation de handicap et ce dès le mois d’Octobre.

Avec la baisse des contrats aidés, l’inquiétude des familles -mais aussi des professeurs- est grande. A défaut de rassurer les familles sur les embauches des AESH, le ministère de l’Éducation nationale met à disposition des familles une  cellule “aide handicap école” joignable par téléphone au 0810 55 55 00 ou par mail à aidehandicapecole@education.gouv.fr

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La nouvelle circulaire de mission des AESH est paru au BO de cette semaine.

Elle définit les différentes missions selon 3 domaines :

  •  l’aide humaine individuelle : elle est accordée quand l’aide humaine individuelle est insuffisante pour répondre aux besoins de l’élève
  • l’aide humaine mutualisée
  • l’accompagnement collectif dans les Ulis : l’AESH dépend du rectorat. il  aide l’ensemble des élèves du dispositif, soit au sein de l’Ulis, soit lors des temps d’inclusion dans les classes ordinaires et  assiste l’enseignant  pour les tâches qui  relèvent  au référentiel d’activités ci-dessous : activités AESH
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