Ce matin, on entre en classe…

La journée commence, entre bâillements, chuchotis et bruits de cartables.

Les classeurs qui claquent, les poissons qui bullent, l’horloge qui tourne…
Le déroulé de la matinée est écrit au tableau.

Tout le monde sait ce qu’il a à faire.

Ah bon ?

Edmond distribue les cahiers d’écriture.
Je dis à Jeannette de mettre ses lunettes.
Mariette m’informe qu’elle a les sous pour la tombola.
Je dis à Mariette de venir à mon bureau.
Je dis aussi à Georges de mettre ses lunettes.
Bernard me demande ce qu’il doit faire du papier pour les photos.
Je lui dis de le donner à Annette qui va se charger de tous les récupérer.
Mariette veut 2 enveloppes.
Je lui dis qu’il manque 20 centimes.
Elle prend alors 1 enveloppe.
Je lui rends la monnaie.
Je dis à Claude de mettre ses lunettes.
Annette me dit que le papier de Bernard n’est pas rempli par ses parents.
Je lui dis de le lui rendre.
Je dis aussi à Bernard de ranger son papier dans la pochette pour ne pas le perdre et de penser à le faire signer.
Mariette a retrouvé sa pièce et veut une autre enveloppe.
Romane vient me voir pour se plaindre de Cédric et de Georges qui lui ont fait« Gnagnagna » dans les rangs.
Je demande à Julien de chuchoter parce qu’on peut s’exprimer sans crier.
Je dis à Romane d’aller s’asseoir et qu’on règlera ça à la récréation.
Je demande à Jérôme d’ouvrir son cahier parce que la journée a commencé.
Suzette crie « Maîtresse-Maîtresse-Maîtresse » sans discontinuer.
Je lui dis qu’elle n’a pas besoin de crier, je ne suis pas sourde.
Je lui demande ce qui ne va pas.
Elle a oublié.
Mon collègue entre pour voir si j’ai le massicot.
Je ne l’ai pas.
Il me demande « Il est où ? »
Je lui chante « Pas là ! Il est pas là ! Mais il est où ? »
Les enfants chantent.
Il râle mais il sourit.
Il traverse ma classe pour aller dans celle de mon autre collègue.
A la recherche du massicot.
Je regarde le cahier de Cédric et je lui fais remarquer qu’on n’est pas Mundi.
Je demande aussi à Georges d’arrêter d’embêter Julien.
Julien se plaint que son cartable fuit.
Je vide son cartable, sort la bouteille – vide – et mets les cahiers à sécher.
Mon collègue repasse dans l’autre sens.
Il a trouvé le massicot.
Il râle toujours mais il sourit aux CP.
Je rappelle à Bernard que la journée a commencé.
Alice a mélangé le mot sorcière et le mot prépare ce qui lui donne sorpare.
Je soupire.
Cédric me demande si je suis fatiguée.
Je lui réponds oui, un peu…
Sophie m’informe qu’elle a oublié ses mots dans son cahier rose.
Cédric a envie de faire pipi.
Je dis à Sophie que les mots de la dictée sont dans le cahier rouge et à Cédric qu’il peut aller faire pipi.
Jeannette me demande si elle peut mettre de l’eau sur son bras.
Je lui demande ce qu’elle a.
Jeannette me répond que son frère l’a pincée hier.
Hortense a envie de faire pipi.
Je dis à Hortense qu’elle pourra y aller quand Cédric sera revenu et à Jeannette qu’elle n’a besoin de rien mettre sur son bras.
Julien me dit que lui aussi a envie de faire pipi.
Cédric est rentré, il me dit qu’il pleut.
Je dis à Hortense de mettre sa capuche quand elle sort et à Julien qu’il ira aux toilettes dès qu’ Hortense sera revenue.

Mais qui me tape sur les fesses ?
Je me retourne.
Bé, c’est moi ! me dit Grégoire.
Je lui demande ce qu’il fait debout.
Il lève ses bras vers moi parce qu’il veut un bisou.

Bref.

Demain, c’est les vacances.

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Si j’aurais su que j’allais me faire traiter de feignasse, j’aurais pas venu…

J’n’aurais surtout pas passé l’été à récupérer, rénover ou fabriquer du matos pour ma nouvelle classe, j’n’aurais pas passé mes soirées entières de la 1ère période et une bonne partie du mois d’août à glaner de la doc estampillée “nouveaux programmes” (parce qu’on change tout le temps, c’est pas rigolo sinon), à fabriquer toute seule comme une grande mes jolis jeux plastifiés, tableaux de progressions, programmations, organigrammes de projets, schémas de parcours de motricité, brevets de compétences (avec photos d’élèves sinon c’est pas drôle non plus)… Bref, j’aurais consacré mon immense budget à commander des cahiers de coloriage, des gommettes et des kleenex pour mes Pious !

Basta !

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On a des profs de toutes sortes dans ce groupe : des profs de paella, des profs de gommettes,  des profs de crayons de couleurs, des profs à la plage…
Mais y aurait il un prof d’auto-école ?

Parce que sinon on a peut être trouvé la seule espèce de prof qui ne soit pas feignasse.

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Je l’avais oubliée celle-là, mais elle me tombe dessus alors que je feignasse sur une copie qui me dit : “Le bonheur, c’est le bonheur”. Elle est revenue telle l’enfant prodigue partie trop longtemps tenter l’aventure chez les autres, j’ai nommé : LA CRÈVE DES VACANCES. Eh, oui, en fonctionnaire éthique et responsable, j’attends bien souvent les vacances pour tomber malade.

Alors comme j’ai six mois de vacances dans l’année, je vous dis pas le trou de la Sécu !

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Je vous lis et ça me détend pendant mon temps libre !

Je suis T2 et en ULIS école bien sûr sans être spécialisée. Je n’ai que 6 élèves, autant dire que c’est tranquille malgré les 6 emplois du temps que j ai dû construire en fonction des différents emplois du temps des enseignants qui accueillent mes élèves.

Et oui je ne suis pas enseignante mais coordinatrice sans être formée pour. Je passe mes vacances à remplir mes PPIgevasco et projet ULIS. Bien sûr personne n’a pris le temps de me former pour le faire ! Je me forme sur mon temps libre…

Et bien sûr encore, quand j’ai mes élèves en classe c’est de la préparation individuelle : chacun fait quelque chose de différent !

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Mon secret de feignasse ? L’ampoule basse consommation.
Quand je suis arrivée dans ma zone en PACA en tant que TZR, j’ai emménagé dans une petite maison de village. J’ai une pièce qui me sert de bureau et qui donne sur la rue. Quand je bosse tard le soir, j’ai mes voisins qui me le font remarquer car ils voient la lumière.
Et là, astuce de feignasse ! J’allume même si je suis en train de buller devant la téloche…J’impressionne quoi….
Par contre, je vous conseille les led de chez Casto, y’a tout ce qu’il faut… ça évite de plomber le budget électricité…

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« Les maîtres d’école sont des jardiniers en intelligences humaines. »  Victor Hugo

Le jardin est une classe, chaque graine représente un élève. Pour que la graine devienne un grand arbre, il faut lui donner de l’eau, beaucoup d’eau. Chaque arrosoir représente une leçon de géométrie, de numération, de géographie, d’anglais, de conjugaison, de sport, et pour que l’arbre ne parte pas de travers il faut de l’éducation civique.

Youssef, CM2, Trappes

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16 septembre 1978 , je suis instituteur remplaçant sur liste collège,  en math et physique. Je reçois un appel téléphonique du rectorat,  on me propose un poste à l’année à la prison de Fresnes. Quand tu es remplaçant et que tu entends “à l’année ” tu ne réfléchis pas longtemps,  tu dis oui !
J’ai rendez-vous le lendemain matin devant la porte piétons du grand quartier. J’entre dans le domaine de la prison en voiture après un contrôle de police. En face, l’hôpital pénitentiaire,  à droite,  une allée bordée de tilleuls. Je trouve une place pour me garer et je me dirige vers l’entrée : un grand portail pour filtrer les véhicules,  et une petite porte à droite de celui-ci  pour les piétons. C’est Yves, le prof d’anglais qui m’accueille. Je présente ma carte d’identité,  le surveillant cherche mon nom sur sa liste,  c’est bon, je peux y aller ! Dans le sas, pas de portique,  juste un appareil à rayons X sur le tapis duquel je dépose mon cartable.
La porte du sas s’ouvre sur la cour d’honneur : c’est là que les véhicules de police viennent déposer ou prendre en charge les détenus. C’est là aussi qu’ont lieu les exécutions capitales,  Robert Badinter n’y mettra fin que dans 4 ans ! Quelques marches à escalader, et nous arrivons devant une immense grille. A gauche se trouvent  le bureau du directeur et celui de son adjoint,  à droite des bureaux pour le personnel administratif.
Un surveillant ouvre une porte incluse dans la grille,  le couloir est démesuré: 5 mètres de hauteur,  8 mètres de large,  200 mètres de long. Les murs sont fissurés, peints en jaune crème, le sol est couvert du parquet en chêne d’origine  (1890). Une courte sonnerie retentit,  le surveillant nous fait signe de nous écarter, et pendant un instant, je me retrouve un siècle en arrière : une vingtaine de détenus sortent d’une petite porte à 30 mètres de nous,  attachés deux par deux : chaque binôme est lié par une paire de menottes,  et une paire d’entraves aux pieds , lesquelles sont fixées à une chaîne mesurant une vingtaine de mètres,  dans ce couloir qui résonne  … Pour mon baptême du feu,  ça commence bien !
Nous attaquons la montée  (le couloir est en pente. Il y a 3 divisions,  une grille à franchir à chacune d’elles,  nous allons en troisième division. Le couloir continue sur une trentaine de mètres : au fond se trouvent,  à gauche la  chapelle,  à droite le quartier disciplinaire  (le mitard). Nous pénétrons dans l’aile nord. C’est comme au cinéma : du rez-de-chaussée, on voit jusqu’au troisième étage,  une coursive à gauche,  une coursive à droite à chaque étage,  et l’alignement des portes des cellules. Les cellules du rez-de-chaussée servent de bureaux,  nous avons le nôtre près d’une porte sur laquelle est écrit : centre scolaire. Nous passons cette porte,  un autre couloir, étroit nous conduit à l’air libre: à gauche,  des cours de promenade,  à droite, la bibliothèque, puis  8 salles de classe . Un petit jardin fleuri est entretenu par un détenu entre les salles et le mur du bâtiment de détention. Quelques rats se promènent et s’enfuient à notre arrivée.
Un surveillant a son bureau dans la bibliothèque,  c’est lui qui s’occupe des mouvements des détenus. Les cellules des troisième et quatrième étage sont réservées aux élèves,  et sont individuelles,  un luxe dans cet établissement qui compte 2 800 détenus pour 1 200 places.
Yves m’explique comment sont recrutés les élèves,  comment fonctionne le centre scolaire, et en fin de matinée, nous prenons le chemin de la sortie.
C’est l’heure du retour du sport : les détenus sont alignés au milieu du couloir,  en silence, on ne rigole pas avec la discipline !
Attente à la grille du grand couloir : un détenu est emmené au mitard . Il est accompagné de 3 tortues ninja : c’est le nom que donnent les détenus à ces surveillants casqués et bardés de protections. Tout est bloqué jusqu’à ce qu’ils aient atteint le bout du couloir. Enfin,  nous pouvons y aller.
Yves me demande mes premières impressions : je suis prêt à tenter l’expérience. J’y resterai 33 ans …

Marc Ardhuin

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Directeur d’école d’un établissement ayant perdu le statut d’éducation prioritaire (on se demande bien pourquoi…), demi-déchargé, j’ai arrêté de compter mes heures hebdomadaires en octobre, trop déprimé, aux alentours de 60 H en septembre…
On m’insulte donc en me faisant passer pour une feignasse, je serais en vacances 6 mois par an ?
Outre le fait que je suis allé à l’école les deux premiers jours des vacances pour travailler, qu’il me reste encore les évaluations à corriger, des cours à ranger, des cours à préparer, sans compter les sollicitations administratives incessantes (simplification administrative ?).
Bref, lassé de ce manque criant et injuste de respect envers les enseignants…

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