Je suis enseignante spécialisée avec des jeunes autistes et déficients intellectuels.

Je n’ai évidemment pas du tout bossé comme une dingue pour mon CAPA SH que j’ai obtenu dans une pochette surprise. En bonne grosse feignasse, j’ouvre le manuel “Enseignement pour adolescents autistes” et j’ai juste à photocopier les fiches juste avant d’entrer en classe. Le bonheur… 😉

Je ne passe absolument pas mes heures de temps libre et mes soi-disant 6 mois de vacances à me former, chercher, créer des outils de communication, préparer des projets, traduire des œuvres en pictogrammes pour les rendre accessibles, inventer une méthode de lecture adaptée …

Ce qui me permet donc d’être de parfaite humeur lorsque j’entends certaines réflexions à la radio… Avec mes 1700 euros par mois pour mes 12 ans d’ancienneté et mon bac + 5 j’ai effectivement un peu honte de ruiner l’état, il serait grand temps qu’on m’aide à me remettre au boulot… Allez je vous laisse, je m’en vais glander un peu…

Écrire et réfléchir à ce post durant mes vacances m’a complètement épuisée… ⛱😎

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Je voulais ici tirer mon chapeau à tous les collègues qui ont tellement de temps libre qu’ils créent et tiennent des blogs, sites internet et les partagent avec leurs collègues pour les aider à encore plus feignasser !
Big up !!

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Une feignasse de plus. Petit calcul d’une PE.

Je suis au taf à 8h, j’en pars à 17h et je bosse entre midi et deux = 9h auxquelles j’ajoute 2h de préparations le soir = 11h x 4 jours + 5h le mercredi (3h de classe et 2h de préparations) = 49h + 4h de préparations le week-end = 53h. Vous suivez toujours ? 53h x 36 semaines de cours = 1908h par an. Si je divise par 52 semaines on en arrive à la conclusion que je bosse, nous bossons, vous bossez, 36h30 sans 1 seul jour de repos.

Alors, où sont les feignasses ?

Aurore Viura

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Fresnes,  décennie 90, je suis prof de math, 3 heures par semaine dans chacune des 3 divisions, et je fais de l’initiation à l’informatique en troisième division, à la maison d’arrêt des femmes, et à l’hôpital pénitentiaire. Une nouvelle fonction vient d’être créée : celle de RLE  (responsable local de l’enseignement). Comme je suis le plus ancien, et que je connais bien tous les rouages de la prison, on me propose de remplir cette fonction avec 6 heures supplémentaires. Ça m’intéresse, j’accepte. . Je vais  vite me rendre compte que les 6 heures sont nettement insuffisantes, et je passerai une bonne partie des 2 heures du midi dans le bureau-cellule de la troisième division qui nous est attribué. Il faut dépouiller le courrier des détenus, préparer des listes de détenus à rencontrer afin qu’ils soient descendus en cellule d’attente le jour J, préparer les dossiers CNED, et j’en passe.
Aujourd’hui, je dois aller voir un détenu au CNO  (centre national d’observation) et un autre au quartier d’isolement. Les deux se trouvent dans la même division, mais ça va quand-même me prendre l’après-midi !
13h30, en route pour le CNO. Ici passent tous les détenus de France condamnés à 10 ans et plus. Ils y passent toute une série de tests afin de déterminer la suite de leur détention, quel établissement,  quel projet de sortie (à long terme pour la plupart). Je franchis la porte blindée,  passe sous le portique, ma prothèse de hanche sonne, on me passe au détecteur manuel, et je demande mon détenu. C’est un jeune qui prépare une licence en musicologie. On me l’amène dans un petit bureau. C’est calme, ici, on n’entend pas tous les bruits de la détention : cris,  bruits de clés, sondage des barreaux. Nous sommes là pour organiser son examen, qui se déroulera bien sûr ici. Il faudra un clavier. Il se prépare avec un clavier en papier qu’il s’est fabriqué. Pour l’examen, il en faudra un vrai. Donc demande d’autorisation pour faire entrer l’instrument, et le prof qui viendra l’interroger. Il faut s’y prendre plusieurs semaines à l’avance. On est dans les temps, tout va bien. On discute un peu, il n’a pas beaucoup d’occasions pour ça,  et je le quitte. L’examen se passera très bien, il sera reçu avec les félicitations du jury !
Je sors du CNO. Je passe par le quartier arrivants qui se trouve dans la même division. Demain je vais faire de la détection de l’illettrisme. Ici passent pendant 3 ou 4 jours les arrivants de l’extérieur qui n’ont jamais été incarcérés à Fresnes. Un CIP  (conseiller d’insertion et de probation) m’a sélectionné 10 détenus de très faible niveau scolaire. Je les verrai demain,  j’utiliserai un outil mis au point par Alain Bentolila.
Je passe dans l’aile sud. Celle-ci est coupée en deux par une grille. De l’autre côté se trouve le quartier d’isolement. Pour que  cette grille puisse être ouverte, on bloque toute la division. Plus aucun détenu dans le couloir. Toutes les cellules fermées. Il y a 2 catégories de détenus dans ce lieu : les très dangereux, placés par l’administration pénitentiaire, à la demande du juge, et ceux qui en ont fait la demande parce qu’ils se sentaient menacés en détention. Ils ne sont que 5 ou 6,  cellules voisines vides, ils ne voient personne, personne ne les voit. Le surveillant accompagné du gradé m’accompagne jusqu’à la cellule. Une porte, une grille, une autre porte. J’entre, le surveillant referme la grille et reste derrière. Je suis là pour remplir son dossier d’inscription au bac. Il faudra que j’aille à la fouille chercher les photos d’identité, faire une demande pour obtenir un timbre fiscal.
Il va falloir repartir. Nous nous reverrons pour l’examen. Lui aussi sera reçu.
Même procédure pour la sortie.
J’ai bien glandé : j’ai vu 2 détenus dans l’après-midi, et je suis épuisé !

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Aujourd’hui, je glande à la MAF (maison d’arrêt des femmes) et à l’hôpital pénitentiaire.
Une heure 30 de route pour faire mes 35 km, j’arrive sur le domaine de la prison. Je passe devant le quartier des hommes : Tiens, les pompiers ! Sans doute un suicide ! Ça sera le trente cinquième de l’année … Pourvu que ce ne soit pas un de mes élèves !
Je continue jusqu’à la MAF. Je m’apprête à sortir de ma voiture quand j’aperçois des gyrophares qui approchent. Des policiers cagoulés, armés jusqu’aux dents, sortent du premier véhicule. L’un d’eux vient vers moi, me braque avec sa mitraillette, et m’ ordonne de ne pas bouger. J’ai compris, une basque est extraite pour une visite chez le juge anti-terrorisme. Il faut attendre qu’elle soit sortie. Vingt minutes s’écoulent et je peux enfin essayer d’entrer. Passage par le sas. La surveillante ne me connaît pas. Je n’ai pas mon laissez-passer, car chez les hommes, j’ai un numéro enregistré sur un registre, c’est plus rapide. Elle appelle la détention pour savoir si mon intervention est bien programmée. C’est bon ! Je peux y aller. Deux grilles plus loin, je suis en détention, je prends la clé de la salle au bureau du chef, je demande mes élèves à la surveillante du rez-de-chaussée, et je vais m’installer. Les élèves arrivent une par une. Nous sommes dans une petite structure (100 détenues environ, pour 2500 hommes à côté), donc la discipline est moins stricte. En revanche, j’ai tous les niveaux en même temps. 12 élèves, 5 niveaux différents. Pédagogie différenciée, je dirais même individualisée. Et les peines étant très variables (de quelques semaines jusqu’à perpétuité), il faut aussi s’adapter à ce facteur. De plus, avec les femmes, il faut faire attention aux animosités : certaines sont mises à l’écart et on ne sait pas toujours pourquoi. Là, j’en ai une qui me dit en arrivant qu’elle n’est pas très bien car c’est le jour anniversaire de la mort de ses 2 enfants. J’apprendrai que c’est elle qui les a tués … Le cours de maths se passe bien. Les trois basques qui ont un très bon niveau aident les autres, l’ambiance de travail est excellente.
A 11h30, fin du cours, je vais rejoindre mes collègues au mess. J’apprends que le suicidé du matin est un de nos élèves : 25 ans, première incarcération, petite peine, mais il n’a pas supporté la détention. Journée de merde !
L’après-midi, je glande à l’hôpital pénitentiaire, le seul en France. J’ai un numéro d’entrée (pas le même qu’au grand quartier, ce serait trop simple), ça va assez vite. Ici, je donne un cours d’initiation à l’informatique, pour 5 détenus maximum. J’ai une petite salle à l’étage du bâtiment administratif. Les élèves arrivent un par un : les 2 premiers avec des béquilles (un accident de sport et une balle dans la jambe), le troisième est en fauteuil roulant, le quatrième est en phase terminale du sida (il lui reste quelques semaines à vivre), et le dernier a une tumeur maligne au cerveau. L’ambiance est décontractée, les élèves sont contents d’être là, c’est leur seul moment de détente de la semaine, avec le cours de français donné par un de mes collègues. Le reste du temps, ils cumulent prison et hôpital, c’est un peu dur.
16h30, il faut se quitter.
Encore une belle journée à ne rien faire.

 

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6 heures du matin, je me lève,  je déjeune, je fais ma toilette.
7 heures, je pars pour attaquer les 30 km qui me séparent de mon lieu de travail.
7 heures 15, début du bouchon sur l’autoroute.
8 heures 15, je me gare dans l’enceinte de la prison.
J’arrive au sas de l’entrée réservée au personnel. Ma prothèse de hanche sonne sous le portique, comme tous les jours, mais je dois quand-même attendre qu’un surveillant vérifie au détecteur manuel que je n’ai pas d’arme.
8 heures 22,  je passe les 2 grilles à l’entrée du couloir.
8 heures 23, je passe la grille de la première division.
8 heures 24, je passe la grille de la deuxième division.
8 heures 25,  je passe les 2 grilles pour entrer dans la troisième division. Mes élèves m’attendent dans une cellule d’attente, à 15 dans 9 mètres carrés.
Nous montons à l’étage vers la salle de classe (une cellule double ou triple selon l’étage). Le surveillant est occupé, nous attendons 10 minutes. Il arrive enfin et ouvre la porte. Nous entrons. Il referme la porte à clé. Je tape à la porte pour qu’il revienne et laisse ouvert (c’est le règlement). Il est nouveau, il ne connaît pas ce point de règlement. Je négocie pendant quelques minutes. Le cours peut commencer, 3 heures non-stop, juste une pause à la mi-temps sans sortir de la cellule.
11 heures 30, le surveillant vient chercher les détenus, et je me dirige vers le mess pour déjeuner avec mes collègues.
13 heures 30, même parcours pour entrer. Je change de division, j’ai droit à une vraie salle de classe, séparée de la détention par un couloir. La salle n’a pas de fenêtres (sécurité ). Une alarme à côté du tableau me permet d’appeler en cas de problème.
15 heures 30, l’alarme générale retentit. Les surveillants courent partout. On me fait sortir sans délai, je dois laisser mes affaires dans la salle. Les élèves sont enfermés dans la salle et je vais dans le couloir central où je retrouve tous les intervenants extérieurs. Tout est bloqué jusqu’à la fin de l’alarme. Ça peut être une bagarre, une tentative d’évasion, une tentative de suicide, une agression sur un surveillant, nous le saurons plus tard.
15 heures 50, fin de l’alarme, je peux retourner en classe. Les élèves sont un peu énervés, on discute un peu pour retrouver une bonne ambiance de travail.
16 heures 30, fin du cours. Nous attendons un quart d’heure dans le couloir qu’un surveillant veuille bien ouvrir la porte. Un détenu a tapé dans la porte pour faire venir quelqu’un, le surveillant râle et veut faire un rapport. Je vais devoir aller me justifier auprès du capitaine, encore du temps de perdu.
16 heures 45, je sors. Une heure de bouchons sur l’autoroute et je suis à la maison.
J’ai bien glandé aujourd’hui, je suis une grosse feignasse.
Vivement demain que ça recommence !

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