Suppléante depuis novembre 2011. À temps plein jusqu’à janvier 2015. Congé maternité et difficile de reprendre pendant l’année. Pas de poste sûr dès le retour, donc difficile de trouver une garde pour mon bébé.

Donc j’ai repris en septembre 2016. J’ai su le 25 août que j’allais reprendre dès le 29/08 pour la pré-rentrée. Donc 4 jours pour préparer le maximum de choses pour la rentrée, s’organiser personnellement. Payée un peu plus du smic, enfin, quand je suis payée…. faut pas que je sois pressée pour être payée…

En septembre je n’ai eu “que” 80% de mon salaire et il a été versé le 7/10… En plus des remplacements, je me prépare pour la énième fois au concours. J’ai choisi ce métier par amour et par vocation et pourtant il y a de quoi être écœurée du système.

Pour rien au monde je ne changerais de métier (même si je ne suis pas encore titulaire) et pourtant il faut être motivée pour entendre les critiques diverses et variées et pour être payée aussi peu par rapport aux nombres d’heures qu’on passe en classe ou à travailler pour notre classe, sans parler du niveau d’études demandé.

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Je ne pense pas que la question soit de justifier notre temps de travail ou notre salaire !
Nous avons passé un concours et bien choisi notre métier c’est tout. Nous sommes privilégiés et alors ?

Est-ce-que nous allons compter combien de temps bossent vraiment les gens qui sont à 35 heures ?

Combien de temps passent-ils sur le parking à fumer une clope ? Combien de temps sur l’ordi à jouer à Candy Crush ?

Oui, un ouvrier à la chaîne peut nous envier lui, oh oui ! Son temps de travail est chronométré à la minute …. mais tous les autres ?

Maintenant le combat est celui ci : si on se respectait tout simplement.

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Houlà, je crois que je suis prise d’une crise de feignassitude aigüe : bientôt 3 h du mat, après une journée passée à l’école, me voilà motivée à continuer mes progressions de français pour la période 2 ! C’est grave docteur ?

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Tiens au fait… Je vous ai raconté le jour où après une journée pourrie une collègue et moi avons fait une course de chaises à roulettes dans la salle des profs en oubliant de fermer la porte et comment on a été vues par deux élèves à deux doigts de faire une syncope genre “En fait les profs, c’est drôle ?”  Non ? Ben je vous le dis. Et sachez que ça nous a fait du bien de craquer !

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“Tu fais de l’art ET des expériences en sciences avec tes élèves ? Tu ferais pas mieux de rester sur français-maths ? “. “Participer à la chorale de l’école ??? Mais ils sont capables d’apprendre une VRAIE chanson en entier ?”.”Une expo en art ? Ouais, mais tu as tout fait, c’est pas eux !”… Petit coup de gueule : “J’ai des élèves pas des plantes vertes” 🙁 Bienvenue en ULIS où la super-feignasse a seulement 13 élèves et une avs !

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Ben moi j’aimerais vous dire que c’est une véritable thérapie ce groupe ! MERCI BEAUCOUP !!! On se sent moins seule et on rigole même du plus pénible. Et oui parfois se plaindre fait du bien et prendre tout au second degré c’est génial. Ça fait relativiser. On nous tire assez dans les pattes pour ne pas le faire entre nous. Alors continuez à vous plaindre, à blaguer et à nous faire aimer ce groupe !!!

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Le jour se lève. La lune traîne encore un peu dans le ciel, elle ne veut pas retourner dans ses pénates. Elle sourit encore très légèrement, d’un œil goguenard. Vos paupières sont encore toutes ensommeillées et les discours à la radio ont quelque peine à pénétrer votre cerveau. On reconnecte délicatement les neurones, grâce au réseau sans fil bourré de théine. La journée devrait être sympa, vous n’êtes pas énervée dès le réveil. Ce petit regain d’espoir vous redonne de l’énergie et vous partez au boulot d’un pas alerte, l’esprit léger.
Un matin qui s’avère relativement lent finalement. Vos élèves ont les yeux vitreux, leur regard s’est un peu perdu. Ils écoutent, sages, et sont, pour une fois, plutôt efficaces. Mais calmes. Un peu trop calmes. Vous sentez que quelque chose cloche, et pourtant vous ne mettez pas le doigt dessus. Une tentative de motivation à la Full Metal Jacket : « Réveil, bande de feignasses ! » Non, ça en réalité vous ne pouvez pas le dire parce que sinon vous auriez la police en civil de l’Education Nationale qui viendrait vous taper sur les doigts avec une règle en fer pour traumatisme à vie d’une génération entière de gamins. Après, donc, un « Allez, les enfants, on se réveille, s’il vous plait, sinon, on va finir par s’ennuyer et c’est vraiment pas drôle de s’ennuyer en classe, hein ? C’est pas drôle. » La matinée commence à s’accélérer et les enfants se secouent un peu le poil, s’ébrouent subrepticement.

Au cours de la pause méridienne, pendant l’aide personnalisée (oui bon le soutien, appelons un chat, un chat) les individus qui vous servent de disciples ont une légère tendance à l’excitation. La faim doit les tirailler (comme vous d’ailleurs) mais cela ne se traduit pas de la même manière. Votre abattement se révèle plus puissant au fur et à mesure que leur tension augmente. Ils donnent l’impression de fauves en cage.

Retour de cantine, les cris pullulent dans toute la cour de récréation. Des cris qui se font de plus en plus furieux, stridents ; les courses plus rapides prennent la forme d’une chasse entre un guépard et une antilope. Les plus petits jouent les fanfarons mais les vieux briscards de CM2 ne leur laissent aucune chance. Juste avant la sonnerie qui devrait les sauver, plusieurs spécimens sont à terre, blessés, perdus pour le restant de la journée.

De votre côté, la fatigue vous sarcle et vous empêche de réagir promptement et calmement. Les élèves peu à peu se muent en fauves très sauvages pour lesquels chaque objet devient un nouvel outil de torture pour vos oreilles. Ils sont pires que des loutres ayant découvert qu’on pouvait casser une noix sur une pierre. Vos paroles sont lettres mortes. Vos explications ne peuvent même plus sortir de votre bouche sans être interrompues par un flot de sons incompréhensibles.

Dans toute la classe, les chaises se transforment en lianes servant à se balancer. Vous utilisez pourtant leur propre langage visuel pour faire entrer les connaissances dans leurs cerveaux. Un écran. Mais rien n’y fait. Le calme ne s’installe pas. Seule solution pour rompre l’excitation et vous empêcher d’appeler la SPA : une histoire. Le calme revient peu à peu, mais vous devez ajouter à votre récit, des mimiques, du jeu théâtral, un véritable one-woman-show, pour maintenir leur attention. Épuisant en fin de journée.

La sonnerie vous sauve. Les fauves quittent le navire en hurlant et en se bousculant, comme s’ils n’avaient pas vu la lumière depuis des lustres. Le goûter se déroule sous des auspices bien chamboulés. Et l’heure d’étude qui suit n’est qu’un enchaînement de petits cris et “d’égosillements” d’élèves qui ne parviennent pas à calmer leurs ardeurs. Épuisée, vous finissez par menacer, quinze fois d’affilée, parce que maintenant, punir ou sanctionner, c’est mal. En perte totale de crédibilité, vous relâchez finalement le troupeau à 18h. Lessivée, vidée de toute l’énergie vitale qui vous avait tenu compagnie dans la matinée…

Les questions affluent : mais qu’ai-je donc bien fait qui les a poussés à cette transformation ? Pourquoi ne parviennent-ils pas à se maîtriser plus d’une matinée ? Vous pourriez puiser dans toutes les pédagogies alternatives qui vous donneraient des réponses claires et simples, mais c’est en regardant le ciel à travers vos volets que vous comprenez enfin. Vous comprenez pourquoi l’agitation des élèves était inversement proportionnelle à votre épuisement.

Des loups-garous ; oui vos élèves étaient en train de se transformer en loups-garous. Ce soir, c’est la pleine lune. Pratique non ?

NDLR : La rédaction tient à vous rassurer, ça ne se passe presque pas comme ça. Presque pas.

Anne Larrègle

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Le pire du pire. Il y a une dizaine d’années. J’étais professeur d’arts appliqués en lycée professionnel classé violence et je reprenais le travail après deux ans d’absence pour me soigner d’un cancer. La reprise a été rude. J’ai comme il se doit et par solidarité, hérité d’une classe (entre autres) trop difficile pour que mon collègue les suive deux années consécutives. Pour lui comme pour moi, l’horreur innommable. Une classe de Bac Pro comptables (cette formation n’existe plus). 35 élèves dont quelques caïds de cité en huitième heure de cours. Pour bien faire huit heures d’enseignement général, donc huit heures de cours non dédoublées consécutives à 35 !!!

L’enfer, autant pour les élèves que pour les profs. L’année passe tant bien que mal. Les quelques filles ont souffert autant que moi. Dont une certaine Myriam, qui voulait réussir, se défendait contre les garçons et faisait preuve d’une agressivité sans pareille qu’elle ne pouvait doser avec le prof. On est pédagogue, on comprend, on veut que l’élève réussisse coûte que coûte, on met de l’eau dans son vin, et on fait avec.

L’année suivante je n’ai plus cette classe, mais un jour cette élève avec laquelle les relations avaient été toujours très tendues me salue de son plus beau sourire et me dit : “Bonjour madame”; je lui renvoie son salut ! J’étais très très étonnée, ce “bonjour madame” me semblait très très bizarre ! Effectivement une semaine plus tard, alerte disparition inquiétante tout azimut, presse, TV, facebook. Je n’enseignais plus dans cette classe, et les élèves en stage ont été convoqués par la police au lycée puis conduits au commissariat et interrogés les uns après les autres. Puis ce fut le tour des professeurs qui devaient justifier de leur emploi du temps. Cela a duré une semaine.

Le vendredi soir suivant, la police m’appelle chez moi, en mettant les petits plats dans les grands et me demande si je voulais bien venir d’urgence au commissariat le samedi matin. Je m’y rends et suis prise avant la collègue qui attendait son tour. Je ne sais pas pourquoi on me convoque. Et puis on me demande ce que je pense “moi” de cette disparition, si cette jeune fille pourrait avoir des tendances suicidaires etc…On n’a toujours pas retrouvé le corps… On me dit aussi que les élèves (finalement ils m’aimaient bien) avaient parlé de moi à la police et que c’est pour cette raison qu’ils souhaitaient s’entretenir avec moi. Ce n’était pas un interrogatoire. J’ai dit ce que j’avais à dire, que cette élève n’avait aucune tendance suicidaire, qu’elle était une battante et voulait absolument s’en sortir et qu’elle y arrivait.

Le grand chef, très courtois, me raccompagne à l’ascenseur, me porte mon sac (!) et me dit :

votre métier est plus difficile que le nôtre, parce que nous on a la répression!

Je me souviendrai toute ma vie de cette remarque qui finalement m’avait fait du bien ! Le samedi ou le dimanche matin, dans le journal local, un communiqué de la police indiquait que le corps de Myriam avait été retrouvé, entièrement nu dans un des bras du Rhin du côté allemand (j’habite à trois kilomètres de la frontière près de ce Rhin)… et qu’il s’agissait vraisemblablement d’un suicide. Ils avaient déjà retrouvé le corps lorsqu’ils m’ont convoquée ! Nous ne le savions pas. Aucun d’entre nous n’a jamais cru à cette version de l’enquête. D’autant que l’un de nos collègues, professeur de navigation fluviale et ancien capitaine de la gendarmerie fluviale, nous a expliqué, pour avoir sorti de l’eau des centaines de cadavres, qu’une personne qui se suicide ne se déshabille jamais. Ce collègue a choisi l’enseignement après une carrière dans la gendarmerie, parce qu’il s’est vu totalement indifférent devant le désespoir de deux parents découvrant le corps de leur enfant noyée, et qui voulaient aussi se jeter à l’eau.

C’était il y a une dizaine d’années ! Aujourd’hui je suis professeur documentaliste dans un collège. Cette “anecdote” a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. C’est le cas de le dire. “Ainsi va la vie, ceux qui restent ont toujours raison ! Ainsi va la mort, les absents ont toujours tort !” Nous ne connaîtrons jamais la vérité. Voici une des petites histoires de ma besace de prof. Un métier que j’aime par-dessus tout ainsi que mes élèves, mais difficile à vivre et qui vous use jusqu’à la corde…

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L’année de la présumée fin du monde à venir (21.12.2012) une de mes élèves m’a dit : “Madame !!!!! Si c’est vraiment la fin du monde alors j’aurai passé toute ma vie à l’école !!!!! 😮”

Oh merde, moi aussi…

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