Et maintenant ? Je suis heureux, c’est tout.

Pour un premier témoignage, je vais faire simple : une présentation et pourquoi j’aime ce job. Je ne travaille dans l’Éducation Nationale que depuis 4 ans, bien que j’en aie bientôt 36…

Auparavant, j’étais enseignant-chercheur à la fac de sciences de la vie et de la santé de Bordeaux. Cet ancien job, je l’aimais beaucoup. Mais après moult péripéties, j’ai eu besoin de changer d’air, de m’aérer l’esprit. J’ai donc décidé de démissionner et de me lancer dans l’aventure CRPE. Mais pas par hasard hein !?

En fait, j’ai toujours voulu être “maître” : quand j’étais môme je passais des heures dans les toilettes à faire la classe à de minuscules amis imaginaires… Hem… J’étais déjà un peu dérangé… Pour revenir à nos moutons, j’ai utilisé mes droits au chômage pour m’enfermer dans mon studio (hé oui, un chercheur ça gagne pas tant que ça non plus) et bachoter le concours. Et le plus naturellement du monde, je l’ai eu.

Rentrée suivante, je fus mis en poste à temps partiel en… maternelle ! Alors là, je ne m’y attendais pas du tout ! Grosse panique ! Finalement, je me suis éclaté toute l’année, un vrai régal. Rentrée encore suivante : poste de brigade et titularisation. J’en profite pour demander à l’inspection une reconstruction de carrière (7 ans de recherche quand même…). Quelques mois plus tard, une jolie lettre m’annonce qu’ayant été inactif pendant 366 jours entre ma démission de la recherche et mon entrée dans l’EN, on ne tiendra pas compte de mes années précédentes. Hé oui, il paraît que le maximum d’arrêt entre les deux contrats était de… 365 jours ! Hihihi ! Je crois que je devrais jouer plus souvent à la loterie. Bref ! Première déconvenue : dans l’EN, autant que dans la recherche, on prend les gens pour des pions, rien d’autre.

Non ! Ce n’est pas possible, je dois me tromper, me dis-je ! Mais non… L’année suivante, j’obtiens un poste à titre définitif dans l’école… de mon enfance ! Joie et bonheur m’envahissent. Sentiments rapidement mis à mal dès le deuxième jour de la rentrée : dans ma classe de CM2, deux enfants précoces avec troubles du comportement (dont un ultra violent, qui saute une classe et est nouveau dans l’école, comme moi), 3 élèves à profil SEGPA avec un petit niveau fin de CE1, 3 enfants du voyage non lecteurs, et 8 élèves avec PPRE. Pour le reste, environ 5 élèves bons à corrects pour des CM2 et 6 élèves de niveau CM1.

Bref, je craque. Le petit J. met ma classe à sac, il ne supporte pas le mot “règles”, les bureaux volent, les compas aussi, les portes claquent et les cris résonnent ; les enfants ont peur… et moi donc ! Mois de novembre : mon corps parle, je dois subir une intervention chirurgicale. A mon retour en janvier, je suis différent. Beaucoup de recul et d’introspection m’ont fait évoluer. Les élèves sont heureux de me retrouver… Je continue mon travail de fond avec le petit J. et tous les autres bien sûr.

Je tiens, tout va mieux. De rendez-vous parents-profs en équipes éducatives, j’arrive tant bien que mal en fin d’année et décide de dire au revoir à mes petites têtes blondes (et brunes) en leur disant un petit mot personnalisé assorti d’un conseil pour le collège. Tout se passe bien pour la moitié de la classe. Le petit J. s’approche et se tient à ma droite. Je le regarde dans les yeux, j’inspire et détourne le regard. Je fonds en larmes : des larmes de joie car J. va entrer au collège et maintenant il se fond presque dans la masse. Il s’agenouille, maintient mon regard et me dit :

Vous êtes le seul qui se soit occupé de moi jusqu’à présent. Merci.

Et maintenant ? Je suis heureux, c’est tout.

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