Elle a des poux, C… .

C…
Elle a des poux, C… .
Les ongles noirs, un anorak de ski alors qu’on dépasse les 25 °C dehors, un seul cahier pour toutes les matières (c’est plus pratique), et l’autre jour, c’est des pétales de rose qu’elle a sorti de sa poche pour se les étaler sur les bras pendant le cours de SVT. Sans doute a-t’elle trouvé ça fort à-propos…
Attèle… Elle a tout le temps des bobos, C…
Heurtée par une voiture il y a quelques mois, mal au poignet, une attèle qu’elle porte sur le tibia en ce moment, pas d’bol la puce.
C’est pas facile à la maison. ‘Paraît que leur père enferme les gosses à la cave quand ils l’exaspèrent. Ca a été signalé voilà longtemps, mais visiblement, ça ne préoccupe pas grand monde.
Elle énerve beaucoup de monde, C… . Moi aussi, souvent, je l’avoue.
‘Faut toujours qu’elle intervienne à tort et à travers, qu’elle joue aux lego avec son matériel scolaire (bien rudimentaire, cela dit. Quand on n’a qu’un seul cahier…), qu’elle gribouille, déchire, révasse, etc… Mais ça ne l’empêche pas d’avoir de bonnes notes. Très bonnes même, vu le peu de travail qu’elle fournit en classe, trop occupée à ses fabricoles, et ses conditions de travail à la maison…
C’est pas facile d’être la mère en second…
Elle est gentille, C… . Toujours d’une politesse exemplaire, même quand on la houspille.
Jamais elle n’oserait répondre, faire son effrontée ou même prendre une mine renfrognée.
Elle ne fait jamais la tête d’ailleurs. Toujours cet air paisible sur le visage, comme si son esprit et son corps ne faisaient pas partie d’un même tout.
Elle a besoin d’exister cette petite ; d’où son attitude en classe, ses petits bonjours qu’elle vient faire entre deux cours, ses gros mensonges qu’elle essaie de nous faire gober (« maman vient d’avoir un bébé…» démenti la semaine suivante…, « on m’a volé l’argent de la tombola de l’école », etc…), ses interventions « lunaires » en classe, comme pour dire « youhou ! J’suis là ! J’aimerais bien qu’on s’occupe de moi… Avoir des copines avec qui passer mes récrés, ne plus voir les adultes froncer le nez dès que je m’adresse à eux. Je voudrais bien qu’on soit fier de moi, qu’on m’achète un joli blouson de printemps plutôt que de m’envoyer au sous-sol… ».
Alors ouais, je fais dans le « pathos », comme on dit. Ca fait très « petite maison dans la prairie » tout ça, je sais. Sans doute ma nunucherie légendaire qui me pousse à m’attendrir plus que de raison pour cette enfant… Mais quand tu bosses avec des gosses que la vie cabosse depuis longtemps déjà, bah… ça ne peut pas t’indifférer, si ?
Alors ‘paraît qu’il n’y a pas de place pour l’affect dans ce boulot, comme ils disent en haut de la pire-amide… Je peux comprendre ça. Mais quand même, un môme, c’est pas un réverbère !
Comment on fait pour poser les yeux sur C… sans se dire qu’elle est mal barrée, la puce ?…
On fait comment pour ne rien éprouver quand on la voit sortir à pas traînants vers la cour de récré où elle va, à nouveau, affronter la populace des méchants prêts à lui lancer des banderilles verbales ?…
J’aime pas la cour-rida… Désolée.

par Carole M.

 

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