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  1. Le système éducatif français a une particularité évidente qui passe en permanence sous la table des débats : l’école, de la maternelle à la terminale, a deux patrons sous le même toit et cela pose de nombreux freins à l’adaptation et à l’innovation dans notre système scolaire, et parfois de sérieux problèmes de fonctionnement même si les partenaires (qui ne se choisissent pas sur le terrain) ont, dans l’immense majorité des cas, l’intelligence de faciliter la collaboration plutôt que de chercher l’affrontement.

    En premier lieu, il convient d’être précis sur la définition des rôles, ce qui est rarement établi correctement dans le vocabulaire utilisé : l’Éducation Nationale a la maîtrise de l’enseignement et de l’emploi des enseignants et les collectivités territoriales ont la maîtrise de toute la logistique scolaire. Quand on entend ici que monsieur X est adjoint l’enseignement, et là que l’Éducation Nationale travaille en partenariat avec les collectivités, on parle faux et ces mauvais usages de la langue pour décrire les rôles, qui sont monnaie courante, constitue en soi un début d’explication sur l’absence de débat public sur cette double hiérarchie.

    C’est de plus en plus problématique parce que ces deux patrons sont dans un rapport de contradiction financière de plus en plus sensible, et on sent que la frontière patronale de gestion des ressources humaines se fragilisent également. Commençons par l’évidence, la gamme du service logistique est de plus en plus étendu. Au XIXème siècle, la commune construit des classes, celles des filles d’un côté de la mairie et celles des garçons de l’autre côté, puis on développe les cantines, les transports scolaires, les garderies péri-scolaires, et les Temps d’Accueil Périscolaire avec la réforme lancée par V Peillon et achevé par B Hamon. Le plus embêtant, c’est surtout que l’enchevêtrement devient de plus en plus délicat à manier : les ATSEM dans les classes maternelles sont davantage sous la maîtrise des enseignants que de l’encadrement municipal, les personnels ATOS sont eux-aussi plus dépendants des directeurs d’établissement et des économes, agents de l’État, du secondaire que de l’encadrement départemental ou régional. L’intrication est évidente quand on regarde l’intégration des nouvelles technologies : les enseignants souhaitent travailler avec tel type de matériel et de logiciel, mais ce sont les collectivités locales qui commandent et qui paient. Et quand le service municipal gère les TAP, il commence à dans le domaine de la pédagogie.

    Plus important que tout cela, le dialogue institutionnel tripartite dans les établissements scolaires entre les parents, les enseignants et les collectivités locales est dans l’ensemble à un niveau de démocratie de très basse intensité alors que les mêmes enfants et adolescents sont au fil de la journée sous la responsabilité des parents, puis des enseignants, puis des services publics locaux, avant de revenir chez les parents.

    Nous avons l’habitude d’opposer le public et le privé. Cette habitude est en décalage avec la réalité où nous sommes confrontés à deux circuits parallèles d’administration publique qui dialoguent très peu avec les familles privées. Alors que la société a énormément évolué depuis la loi Ferry de 1882, et notamment au sein des familles, il y a longtemps que le père n’impose plus le silence à table et que la mère a dépassé le rôle d’intendante familiale, le cadre de fonctionnement des administrations restent lointains et autoritaires d’un côté et assez peu impliqué de l’autre. La concertation est très limitée avec les familles.

    La question centrale est de retrouver une communauté cohérente autour des enfants et des adolescents. On ne peut pas considérer uniquement la question des tuyaux de financement entre les administrations publiques nationales et locales, le plus important c’est le pouvoir d’agir. Celui des familles, celui des enseignants et celui des communautés locales. Les grandes structures bureaucratiques et autoritaires ont montré leurs limites, redonnons de la place à la gouvernance citoyenne, construisons-la avec douceur, respect et persévérance.

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