Les bavoirs, c’est pour pouvoir baver,

les mouchoirs c’est pour se moucher,

le scotch, c’est pour scotcher,

la colle, c’est pour coller,

la table c’est pour s’attabler,

les enseignants c’est pour enseigner.

Alors pourquoi nous empêcher de faire notre métier,

à toujours nous enguirlander,

pour nous décourager ?

Laissez-nous juste enseigner !

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Etre professeur des écoles, c’est enseigner, transmettre un savoir, mais pas que !

 

Les professeurs des écoles soignent les blessés aussi.

Etre professeur des écoles, c’est être infirmier.

 

Etre professeur des écoles, c’est régler les problèmes entre les élèves (et parfois entre les professeurs).

→ Etre professeur, c’est être médiateur.

 

Etre professeur des écoles, c’est savoir réparer la si importante photocopieuse (outil INDISPENSABLE).

→ Etre professeur des écoles, c’est être réparateur.

 

Les professeurs des écoles doivent aussi faire respecter les règles.

→ Etre professeur des écoles, c’est être policier.

 

Les professeurs des écoles miment, jouent un rôle ou la comédie pour intéresser les élèves.

→ Etre professeur des écoles, c’est être comédien.

 

Les professeurs des écoles écoutent les problèmes des élèves et essayent de les aider.

→ Etre professeur des écoles, c’est être psychologue.

 

Les professeurs des écoles conseillent les parents qui ont des problèmes et essayent de les aider, voire de les orienter vers les bonnes instances.

→ Etre professeur des écoles, c’est être conseiller, voire assistante sociale.
Les professeurs des écoles innovent sans cesse, inventent leurs propres œuvres avant de proposer aux élèves d’en faire.

→ Etre professeur des écoles, c’est être artiste.

 

Comme quoi, être professeur des écoles, ça n’est pas être une feignasse, c’est faire plus de 10 métiers. En fait, être professeur des écoles, c’est être un super héros ! 😉

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Pour un premier témoignage, je vais faire simple : une présentation et pourquoi j’aime ce job. Je ne travaille dans l’Éducation Nationale que depuis 4 ans, bien que j’en aie bientôt 36…

Auparavant, j’étais enseignant-chercheur à la fac de sciences de la vie et de la santé de Bordeaux. Cet ancien job, je l’aimais beaucoup. Mais après moult péripéties, j’ai eu besoin de changer d’air, de m’aérer l’esprit. J’ai donc décidé de démissionner et de me lancer dans l’aventure CRPE. Mais pas par hasard hein !?

En fait, j’ai toujours voulu être “maître” : quand j’étais môme je passais des heures dans les toilettes à faire la classe à de minuscules amis imaginaires… Hem… J’étais déjà un peu dérangé… Pour revenir à nos moutons, j’ai utilisé mes droits au chômage pour m’enfermer dans mon studio (hé oui, un chercheur ça gagne pas tant que ça non plus) et bachoter le concours. Et le plus naturellement du monde, je l’ai eu.

Rentrée suivante, je fus mis en poste à temps partiel en… maternelle ! Alors là, je ne m’y attendais pas du tout ! Grosse panique ! Finalement, je me suis éclaté toute l’année, un vrai régal. Rentrée encore suivante : poste de brigade et titularisation. J’en profite pour demander à l’inspection une reconstruction de carrière (7 ans de recherche quand même…). Quelques mois plus tard, une jolie lettre m’annonce qu’ayant été inactif pendant 366 jours entre ma démission de la recherche et mon entrée dans l’EN, on ne tiendra pas compte de mes années précédentes. Hé oui, il paraît que le maximum d’arrêt entre les deux contrats était de… 365 jours ! Hihihi ! Je crois que je devrais jouer plus souvent à la loterie. Bref ! Première déconvenue : dans l’EN, autant que dans la recherche, on prend les gens pour des pions, rien d’autre.

Non ! Ce n’est pas possible, je dois me tromper, me dis-je ! Mais non… L’année suivante, j’obtiens un poste à titre définitif dans l’école… de mon enfance ! Joie et bonheur m’envahissent. Sentiments rapidement mis à mal dès le deuxième jour de la rentrée : dans ma classe de CM2, deux enfants précoces avec troubles du comportement (dont un ultra violent, qui saute une classe et est nouveau dans l’école, comme moi), 3 élèves à profil SEGPA avec un petit niveau fin de CE1, 3 enfants du voyage non lecteurs, et 8 élèves avec PPRE. Pour le reste, environ 5 élèves bons à corrects pour des CM2 et 6 élèves de niveau CM1.

Bref, je craque. Le petit J. met ma classe à sac, il ne supporte pas le mot “règles”, les bureaux volent, les compas aussi, les portes claquent et les cris résonnent ; les enfants ont peur… et moi donc ! Mois de novembre : mon corps parle, je dois subir une intervention chirurgicale. A mon retour en janvier, je suis différent. Beaucoup de recul et d’introspection m’ont fait évoluer. Les élèves sont heureux de me retrouver… Je continue mon travail de fond avec le petit J. et tous les autres bien sûr.

Je tiens, tout va mieux. De rendez-vous parents-profs en équipes éducatives, j’arrive tant bien que mal en fin d’année et décide de dire au revoir à mes petites têtes blondes (et brunes) en leur disant un petit mot personnalisé assorti d’un conseil pour le collège. Tout se passe bien pour la moitié de la classe. Le petit J. s’approche et se tient à ma droite. Je le regarde dans les yeux, j’inspire et détourne le regard. Je fonds en larmes : des larmes de joie car J. va entrer au collège et maintenant il se fond presque dans la masse. Il s’agenouille, maintient mon regard et me dit :

Vous êtes le seul qui se soit occupé de moi jusqu’à présent. Merci.

Et maintenant ? Je suis heureux, c’est tout.

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Suppléante depuis novembre 2011. À temps plein jusqu’à janvier 2015. Congé maternité et difficile de reprendre pendant l’année. Pas de poste sûr dès le retour, donc difficile de trouver une garde pour mon bébé.

Donc j’ai repris en septembre 2016. J’ai su le 25 août que j’allais reprendre dès le 29/08 pour la pré-rentrée. Donc 4 jours pour préparer le maximum de choses pour la rentrée, s’organiser personnellement. Payée un peu plus du smic, enfin, quand je suis payée…. faut pas que je sois pressée pour être payée…

En septembre je n’ai eu “que” 80% de mon salaire et il a été versé le 7/10… En plus des remplacements, je me prépare pour la énième fois au concours. J’ai choisi ce métier par amour et par vocation et pourtant il y a de quoi être écœurée du système.

Pour rien au monde je ne changerais de métier (même si je ne suis pas encore titulaire) et pourtant il faut être motivée pour entendre les critiques diverses et variées et pour être payée aussi peu par rapport aux nombres d’heures qu’on passe en classe ou à travailler pour notre classe, sans parler du niveau d’études demandé.

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Je ne pense pas que la question soit de justifier notre temps de travail ou notre salaire !
Nous avons passé un concours et bien choisi notre métier c’est tout. Nous sommes privilégiés et alors ?

Est-ce-que nous allons compter combien de temps bossent vraiment les gens qui sont à 35 heures ?

Combien de temps passent-ils sur le parking à fumer une clope ? Combien de temps sur l’ordi à jouer à Candy Crush ?

Oui, un ouvrier à la chaîne peut nous envier lui, oh oui ! Son temps de travail est chronométré à la minute …. mais tous les autres ?

Maintenant le combat est celui ci : si on se respectait tout simplement.

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Le jour se lève. La lune traîne encore un peu dans le ciel, elle ne veut pas retourner dans ses pénates. Elle sourit encore très légèrement, d’un œil goguenard. Vos paupières sont encore toutes ensommeillées et les discours à la radio ont quelque peine à pénétrer votre cerveau. On reconnecte délicatement les neurones, grâce au réseau sans fil bourré de théine. La journée devrait être sympa, vous n’êtes pas énervée dès le réveil. Ce petit regain d’espoir vous redonne de l’énergie et vous partez au boulot d’un pas alerte, l’esprit léger.
Un matin qui s’avère relativement lent finalement. Vos élèves ont les yeux vitreux, leur regard s’est un peu perdu. Ils écoutent, sages, et sont, pour une fois, plutôt efficaces. Mais calmes. Un peu trop calmes. Vous sentez que quelque chose cloche, et pourtant vous ne mettez pas le doigt dessus. Une tentative de motivation à la Full Metal Jacket : « Réveil, bande de feignasses ! » Non, ça en réalité vous ne pouvez pas le dire parce que sinon vous auriez la police en civil de l’Education Nationale qui viendrait vous taper sur les doigts avec une règle en fer pour traumatisme à vie d’une génération entière de gamins. Après, donc, un « Allez, les enfants, on se réveille, s’il vous plait, sinon, on va finir par s’ennuyer et c’est vraiment pas drôle de s’ennuyer en classe, hein ? C’est pas drôle. » La matinée commence à s’accélérer et les enfants se secouent un peu le poil, s’ébrouent subrepticement.

Au cours de la pause méridienne, pendant l’aide personnalisée (oui bon le soutien, appelons un chat, un chat) les individus qui vous servent de disciples ont une légère tendance à l’excitation. La faim doit les tirailler (comme vous d’ailleurs) mais cela ne se traduit pas de la même manière. Votre abattement se révèle plus puissant au fur et à mesure que leur tension augmente. Ils donnent l’impression de fauves en cage.

Retour de cantine, les cris pullulent dans toute la cour de récréation. Des cris qui se font de plus en plus furieux, stridents ; les courses plus rapides prennent la forme d’une chasse entre un guépard et une antilope. Les plus petits jouent les fanfarons mais les vieux briscards de CM2 ne leur laissent aucune chance. Juste avant la sonnerie qui devrait les sauver, plusieurs spécimens sont à terre, blessés, perdus pour le restant de la journée.

De votre côté, la fatigue vous sarcle et vous empêche de réagir promptement et calmement. Les élèves peu à peu se muent en fauves très sauvages pour lesquels chaque objet devient un nouvel outil de torture pour vos oreilles. Ils sont pires que des loutres ayant découvert qu’on pouvait casser une noix sur une pierre. Vos paroles sont lettres mortes. Vos explications ne peuvent même plus sortir de votre bouche sans être interrompues par un flot de sons incompréhensibles.

Dans toute la classe, les chaises se transforment en lianes servant à se balancer. Vous utilisez pourtant leur propre langage visuel pour faire entrer les connaissances dans leurs cerveaux. Un écran. Mais rien n’y fait. Le calme ne s’installe pas. Seule solution pour rompre l’excitation et vous empêcher d’appeler la SPA : une histoire. Le calme revient peu à peu, mais vous devez ajouter à votre récit, des mimiques, du jeu théâtral, un véritable one-woman-show, pour maintenir leur attention. Épuisant en fin de journée.

La sonnerie vous sauve. Les fauves quittent le navire en hurlant et en se bousculant, comme s’ils n’avaient pas vu la lumière depuis des lustres. Le goûter se déroule sous des auspices bien chamboulés. Et l’heure d’étude qui suit n’est qu’un enchaînement de petits cris et “d’égosillements” d’élèves qui ne parviennent pas à calmer leurs ardeurs. Épuisée, vous finissez par menacer, quinze fois d’affilée, parce que maintenant, punir ou sanctionner, c’est mal. En perte totale de crédibilité, vous relâchez finalement le troupeau à 18h. Lessivée, vidée de toute l’énergie vitale qui vous avait tenu compagnie dans la matinée…

Les questions affluent : mais qu’ai-je donc bien fait qui les a poussés à cette transformation ? Pourquoi ne parviennent-ils pas à se maîtriser plus d’une matinée ? Vous pourriez puiser dans toutes les pédagogies alternatives qui vous donneraient des réponses claires et simples, mais c’est en regardant le ciel à travers vos volets que vous comprenez enfin. Vous comprenez pourquoi l’agitation des élèves était inversement proportionnelle à votre épuisement.

Des loups-garous ; oui vos élèves étaient en train de se transformer en loups-garous. Ce soir, c’est la pleine lune. Pratique non ?

NDLR : La rédaction tient à vous rassurer, ça ne se passe presque pas comme ça. Presque pas.

Anne Larrègle

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Ce matin quand le réveil a sonné à huit heures, j’ai soudainement bondi comme une furie, prête à prendre ma douche en quatrième vitesse, hurlant à tout vent : « P… je suis à la bourre, mais mince quelle andouille, je vais être en retard. » Réponse de l’amoureux : « Mais pourquoi ? ». Moi : « Ben c’est ma pré-rentrée, je prends à neuf heures, roooh zuute… ». Lui encore, voix ensommeillée : « On est dimanche, c’est moi qui doit me lever, pas toi. » Soulagement, retour dans le lit chaud comme si c’était la dernière merveille du monde, le cocon et la douceur absolue, comme dans les pubs, sourire de satisfaction accroché aux oreilles !
« Chérie, j’ai enfin trouvé pourquoi Einstein n’avait pas tout à fait raison dans sa théorie de la relativité. Ma découverte va changer la face des sciences. Dieu sait que j’en ai passé du temps sur cette recherche ! Mes efforts sont enfin récompensés ! Les étudiants vont m’aduler à présent. » « Oui mon chéri, dors. Tu as juste fait un autre rêve comme durant toute la semaine. N’oublie pas, ce n’est que demain la rentrée et le laboratoire du lycée n’est pas encore réparé. Allez dors. »
Cri dans la nuit, main à la gorge, yeux exorbités, sueurs froides. Une impression fugace d’avoir perdu toute son énergie. « Que se passe-t-il mon amour ? ». « Ils m’ont encore trouvée, vérifie s’il te plaît, je suis sûre qu’ils ont encore atteint leur but. Et leurs yeux, si tu avais vu leurs yeux. Et ce teint livide, morts mais vivants. », « Écoute, il faut quand même que tu parviennes à t’apaiser par rapport à ça. Je te le redis : tu n’as aucune marque dans le cou. Tes élèves ne sont pas des vampires. »
« Et donc, là, l’élève m’a répondu : « Et la vieille, si tu me lâchais un peu. » [blabla]. Je te raconte pas comment le cours de mon collègue s’est déroulé. Un flop complet, toujours à cause de Chaprot. Mais on ne peut pas le virer du collège parce que sinon il n’a plus aucun établissement où aller…[blabla]. Et le principal m’a affirmé que …[blabla]. Parce que d’un autre côté, je crains qu’ils n’aient pas le niveau pour comprendre cette œuvre…[blabla]. Pourtant j’ai passé du temps sur la préparation, mais ils ne s’intéressaient à rien, j’avais l’impression de parler dans le vide, tu sais comme quand [blabla] ». « D’accord ma chérie, mais si tu me laissais le temps d’accrocher mon manteau, de m’asseoir, de t’embrasser, avant de me raconter ta journée au collège, hein ? Si tu décrochais quand tu rentres à la maison ? Non ? »
« Tiens, ça me fait penser à mon élève Chaprot, tu sais celui dont je t’ai parlé. La fois où il a dessiné ce magnifique paysage, tu sais, je t’en avais parlé. Qu’est-ce qu’il était doué, je vais le regretter. ». « Oui, mais là, tu es sur une île de la Méditerranée, pendant les vacances, avec ta famille, tes amis. Alors oui, la mer est belle mais je ne vois pas en quoi elle peut te rappeler un de tes élèves qui avait dessiné ses vacances dans les Alpes. »
Je ne comprends pas. J’ai mal à la gorge, je dors mal, je me sens faible. J’ai le crâne en vrac, j’ai mal au ventre. Je ne respire pas très bien. J’ai des angoisses, je fais des cauchemars. Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourtant les vacances étaient bien, je devrais être en forme. « Non, tu ne peux pas être en forme parce que dans une semaine, c’est la rentrée ! ». Argument implacable.
Et après, on dira que les profs ne sont pas sérieux, qu’ils ne prennent pas leur boulot à cœur et qu’ils font toujours ça en dilettante.

Anne Larrègle

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Depuis la 5ème, je savais que je voulais être prof.

J’hésitais entre anglais et français. Je suis donc prof d’anglais depuis 16 ans. Essentiellement TZR, avec parfois des compléments de service. J’ai tout fait de la 6ème segpa au BTS, en passant par l’EREA, le lycée pro, etc… Ce que je constate surtout, c’est une dégradation des conditions de travail depuis bientôt 10 ans, je dirais.

Je ne suis pas statisticienne, ni sociologue, mais j’ai le sentiment qu’on est de moins en moins d’adultes pour encadrer les enfants. Donc forcément, la charge de travail est décuplée pour chacun. Surtout qu’on ne peut pas jeter l’éponge et dire “tant pis, moi je fais juste le minimum et basta !”. On ne peut pas, parce que pour nous, les élèves ne sont pas non plus des statistiques, mais de jeunes humains en pleine formation, et qu’on ne peut pas ne pas être là pour eux.

Ce métier est passionnant car c’est quand même un métier très créatif (en tout cas pour moi, dans ma matière). On peut faire ce qu’on veut, du moment qu’on sait dans quel but pédagogique on le fait. Mais pour cela, il a aussi fallu se former: un des côtés très chronophage de ce métier, c’est l’obligation d’être autodidacte, de s’auto-former en permanence. C’est aussi ce qu’il y a de plus riche, et en tant que profs, nous sommes sûrement nombreux à avoir aimé l’école, avoir adoré apprendre. Mais il n’empêche que cela prend un temps fou. Ce qui pourrait ne pas être grave, car ce temps passé nous enrichi…

Pourtant je dois dire qu’à un moment, j’apprécierais assez aussi que l’enrichissement ne soit pas que spirituel, mais un peu plus sonnant et trébuchant.

Pourquoi ? Parce qu’effectivement, loin de ne passer que 18 heures à travailler, c’est souvent au moins 40h les petites semaines, voire largement plus, souvent. Et pendant les vacances ? Et bien la petite machine à faire des cours ne s’arrête jamais. On y pense tout le temps finalement. On passe du temps à gérer les nouvelles technologies pour pas un rond de plus : en anglais, on utilise volontiers MP3, ipad, etc… Mais tout cela, ça demande un boulot monstre à gérer. Et ce temps n’est jamais comptabilisé. Une fois, j’ai quand même eu la surprise d’une double paye au mois d’août. Je pensais que c’était une erreur…C’est là que j’ai appris l’existence d’une sorte de cagnotte occulte (j’étais membre du CA, on n’en a jamais évoqué l’existence !) que le chef d’établissement pouvait distribuer, selon son bon vouloir, apparemment. J’avais fait un projet Comenius, et une expérimentation avec les MP3, donc j’ai eu de la chance d’être, pour une fois, payée (Comenius : je ne compte même pas le temps passé !!! Impossible). Mais cela vient comme une sorte de grâce princière, au lieu d’être simplement un dû pour un travail effectué par une personne compétente.

Et c’est ça qui me gêne de plus en plus : nous sommes (dans la grande majorité je pense) hautement compétents, impliqués, et finalement ce n’est pas reconnu. Cela peut l’être dans nos réunions de spécialistes (réunions entre profs geeks style cyberlangue, dans les moocs, les webinaires, les séminaires eTwinning…On se crée un réseau, dans lequel on est enfin reconnu). Je ne voudrais pas donner l’impression que c’est l’argent qui serait ma motivation, car vraiment au départ ce n’est pas cela, loin de là.

Mais dans cette société mercantile de consommation, tous les gens, comme nous qui bradons nos compétences, ne sont pas du tout considérés.

D’où la possibilité pour des gens à l’ignorance crasse de dire des énormités comme l’allusion au travail 6 mois dans l’année. Par ailleurs, on nous impose sans cesse des réunions stériles et sans autre but que de passer le temps, car nous devons des heures…Je dois des heures passées à glander, à me tourner les pouces, les fesses scotchées à une chaise en regardant l’heure tourner ? Mais à quoi ça rime ? La plupart de ces réunions ne servent à rien et pourraient être remplacées par un simple document de travail collaboratif où chacun rapidement donnerait son avis….

C’est ce qui est le plus pesant : savoir que l’on a tant de choses à faire, et perdre son temps à ne rien faire ! Juste navrant. Nous sommes des gens de terrain, tous les jours on est dans le concret, on cherche, on tâtonne, on se trompe, on a des réussites, des échecs, on recommence, on apprend à nos élèves, on apprend de nos élèves. Ce qui serait bien, c’est que le talent qui s’exerce tous les jours dans les classes soit reconnu et apprécié. Et ça, je pense que c’est aussi quelque chose qu’on doit faire nous- mêmes, ne pas attendre la petite tape sur la tête de félicitation. Je tourne beaucoup, et je vois plein d’initiatives super, partout. Je suis hyper fière de faire partie de ce milieu car il est très riche.

Alors il faut aussi qu’on fasse notre com, qu’on valorise nos initiatives, nos idées, nos projets, tous les trucs super chouettes qu’on fait pour nos élèves et avec eux. Qu’on partage entre nous, qu’on crée des liens entre nous. Qu’on élargisse le réseau, qu’on montre ce qui marche, qu’on réfléchisse ensemble quand ça ne marche pas, sans jugement mais avec bienveillance. Il y avait des slogans “I’m black and I’m proud”, et bien on devrait montrer à quel point on est talentueux, ingénieux, créatifs, intelligents, etc…

“Prof, et fière de l’être!”

Euriell

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Parfois quand on est prof, on ne considère pas assez l’impact que peut avoir sur notre équilibre mental le fait d’enseigner à une trentaine d’élèves. Or, il existe un phénomène scientifiquement peu prouvé mais pourtant avéré par les faits : le transfert de personnalités. Notez le pluriel de « personnalité » puisqu’il faut en effet souligner que le prof ne devient pas seulement un double de lui-même, mais qu’il intègre l’ensemble des particularités de son public. Menant parfois son entourage à s’inquiéter de vivre avec un schizophrène patenté.

Le jour de la rentrée vous vous levez, avec, parfois, la fleur au fusil, et empli d’une bonne volonté touchante. Vous découvrez vos nouveaux élèves tout beaux, tout frais, tout sages. Et vous vous dites que c’est un vrai bonheur. Certes le soir vous rentrez chez vous en disant à votre enfant : « Vas-y, je sais c’est quoi la réponse. », mais cela ne vous inquiète pas plus que ça.

Or, petit à petit, votre entourage écarquille de plus en plus les yeux en vous regardant évoluer au fil des jours. Vous faites tournoyer votre stylo en parlant à votre banquière, vous avez tendance à vous mettre en équilibre sur votre chaise en tentant de surfer sur une vague imaginaire.

Lorsque votre amoureux vous explique un point délicat sur l’organisation de votre vie, vous regardez ostensiblement par la fenêtre pour voir si le monde est plus original dehors. Vous commencez à poser des questions alors même qu’on vient de vous donner la réponse, mais vous recommencez cinq minutes plus tard en jurant vos grands dieux que non, vous n’avez pas entendu ladite réponse.

Quand on vous dit qu’il faut arrêter d’embêter le chat, vous rétorquez à chaque fois que c’est lui qui a commencé et vous vous mettez à pleurer en trépignant et en hurlant que de toutes façons, c’est toujours vous qu’on gronde.

Le français devient, au fil des mois, une gageure qui vous fait tirer la langue à chaque fois que vous devez envoyer un courrier administratif. Et puis aussi pourquoi devriez-vous faire cette tâche ? Ça va, vous avez assez travaillé dans la journée et vous en avez marre de devoir obéir.

Parfois, vous allez tellement vite dans vos occupations, que votre entourage ne sait plus comment nourrir votre soif d’activité, et vous devenez alors intenable.

Certains enjeux de votre vie deviennent aussi complexes qu’une équation à une inconnue ou que l’apprentissage des tables de multiplication et vous avez tendance à regarder les gens qui vous parlent avec des yeux vides, dignes parfois des meilleurs merlans frits. Ce qui fait perdre rapidement patience à ceux qui essaient de vous expliquer que ce n’est pas si compliqué d’éteindre le décodeur de cette façon et non pas de la vôtre qui met en péril ladite machine.

Seul moment de répit dans cette schizophrénie sous-jacente : les vacances. Mais le travail de relaxation-détente-zénitude permettant d’évacuer les trente personnalités cachées au fond de votre être demande un temps certain. Et vous replongez rapidement dans ce maelstrom infernal et pourtant nécessaire.

Nécessaire, parce qu’il prouve que vous êtes attentif à vos élèves, parce qu’il prouve que vous prenez à cœur de suivre chacun de leurs pas et que vous y mettez du cœur.

Mais un conseil seulement. Ce sera salutaire. N’hésitez pas, faites-vous suivre.

Anne Larrègle

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Si j’aurais su que j’allais me faire traiter de feignasse, j’aurais pas venu…

J’n’aurais surtout pas passé l’été à récupérer, rénover ou fabriquer du matos pour ma nouvelle classe, j’n’aurais pas passé mes soirées entières de la 1ère période et une bonne partie du mois d’août à glaner de la doc estampillée “nouveaux programmes” (parce qu’on change tout le temps, c’est pas rigolo sinon), à fabriquer toute seule comme une grande mes jolis jeux plastifiés, tableaux de progressions, programmations, organigrammes de projets, schémas de parcours de motricité, brevets de compétences (avec photos d’élèves sinon c’est pas drôle non plus)… Bref, j’aurais consacré mon immense budget à commander des cahiers de coloriage, des gommettes et des kleenex pour mes Pious !

Basta !

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