Depuis la 5ème, je savais que je voulais être prof.

J’hésitais entre anglais et français. Je suis donc prof d’anglais depuis 16 ans. Essentiellement TZR, avec parfois des compléments de service. J’ai tout fait de la 6ème segpa au BTS, en passant par l’EREA, le lycée pro, etc… Ce que je constate surtout, c’est une dégradation des conditions de travail depuis bientôt 10 ans, je dirais.

Je ne suis pas statisticienne, ni sociologue, mais j’ai le sentiment qu’on est de moins en moins d’adultes pour encadrer les enfants. Donc forcément, la charge de travail est décuplée pour chacun. Surtout qu’on ne peut pas jeter l’éponge et dire “tant pis, moi je fais juste le minimum et basta !”. On ne peut pas, parce que pour nous, les élèves ne sont pas non plus des statistiques, mais de jeunes humains en pleine formation, et qu’on ne peut pas ne pas être là pour eux.

Ce métier est passionnant car c’est quand même un métier très créatif (en tout cas pour moi, dans ma matière). On peut faire ce qu’on veut, du moment qu’on sait dans quel but pédagogique on le fait. Mais pour cela, il a aussi fallu se former: un des côtés très chronophage de ce métier, c’est l’obligation d’être autodidacte, de s’auto-former en permanence. C’est aussi ce qu’il y a de plus riche, et en tant que profs, nous sommes sûrement nombreux à avoir aimé l’école, avoir adoré apprendre. Mais il n’empêche que cela prend un temps fou. Ce qui pourrait ne pas être grave, car ce temps passé nous enrichi…

Pourtant je dois dire qu’à un moment, j’apprécierais assez aussi que l’enrichissement ne soit pas que spirituel, mais un peu plus sonnant et trébuchant.

Pourquoi ? Parce qu’effectivement, loin de ne passer que 18 heures à travailler, c’est souvent au moins 40h les petites semaines, voire largement plus, souvent. Et pendant les vacances ? Et bien la petite machine à faire des cours ne s’arrête jamais. On y pense tout le temps finalement. On passe du temps à gérer les nouvelles technologies pour pas un rond de plus : en anglais, on utilise volontiers MP3, ipad, etc… Mais tout cela, ça demande un boulot monstre à gérer. Et ce temps n’est jamais comptabilisé. Une fois, j’ai quand même eu la surprise d’une double paye au mois d’août. Je pensais que c’était une erreur…C’est là que j’ai appris l’existence d’une sorte de cagnotte occulte (j’étais membre du CA, on n’en a jamais évoqué l’existence !) que le chef d’établissement pouvait distribuer, selon son bon vouloir, apparemment. J’avais fait un projet Comenius, et une expérimentation avec les MP3, donc j’ai eu de la chance d’être, pour une fois, payée (Comenius : je ne compte même pas le temps passé !!! Impossible). Mais cela vient comme une sorte de grâce princière, au lieu d’être simplement un dû pour un travail effectué par une personne compétente.

Et c’est ça qui me gêne de plus en plus : nous sommes (dans la grande majorité je pense) hautement compétents, impliqués, et finalement ce n’est pas reconnu. Cela peut l’être dans nos réunions de spécialistes (réunions entre profs geeks style cyberlangue, dans les moocs, les webinaires, les séminaires eTwinning…On se crée un réseau, dans lequel on est enfin reconnu). Je ne voudrais pas donner l’impression que c’est l’argent qui serait ma motivation, car vraiment au départ ce n’est pas cela, loin de là.

Mais dans cette société mercantile de consommation, tous les gens, comme nous qui bradons nos compétences, ne sont pas du tout considérés.

D’où la possibilité pour des gens à l’ignorance crasse de dire des énormités comme l’allusion au travail 6 mois dans l’année. Par ailleurs, on nous impose sans cesse des réunions stériles et sans autre but que de passer le temps, car nous devons des heures…Je dois des heures passées à glander, à me tourner les pouces, les fesses scotchées à une chaise en regardant l’heure tourner ? Mais à quoi ça rime ? La plupart de ces réunions ne servent à rien et pourraient être remplacées par un simple document de travail collaboratif où chacun rapidement donnerait son avis….

C’est ce qui est le plus pesant : savoir que l’on a tant de choses à faire, et perdre son temps à ne rien faire ! Juste navrant. Nous sommes des gens de terrain, tous les jours on est dans le concret, on cherche, on tâtonne, on se trompe, on a des réussites, des échecs, on recommence, on apprend à nos élèves, on apprend de nos élèves. Ce qui serait bien, c’est que le talent qui s’exerce tous les jours dans les classes soit reconnu et apprécié. Et ça, je pense que c’est aussi quelque chose qu’on doit faire nous- mêmes, ne pas attendre la petite tape sur la tête de félicitation. Je tourne beaucoup, et je vois plein d’initiatives super, partout. Je suis hyper fière de faire partie de ce milieu car il est très riche.

Alors il faut aussi qu’on fasse notre com, qu’on valorise nos initiatives, nos idées, nos projets, tous les trucs super chouettes qu’on fait pour nos élèves et avec eux. Qu’on partage entre nous, qu’on crée des liens entre nous. Qu’on élargisse le réseau, qu’on montre ce qui marche, qu’on réfléchisse ensemble quand ça ne marche pas, sans jugement mais avec bienveillance. Il y avait des slogans “I’m black and I’m proud”, et bien on devrait montrer à quel point on est talentueux, ingénieux, créatifs, intelligents, etc…

“Prof, et fière de l’être!”

Euriell

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Parfois quand on est prof, on ne considère pas assez l’impact que peut avoir sur notre équilibre mental le fait d’enseigner à une trentaine d’élèves. Or, il existe un phénomène scientifiquement peu prouvé mais pourtant avéré par les faits : le transfert de personnalités. Notez le pluriel de « personnalité » puisqu’il faut en effet souligner que le prof ne devient pas seulement un double de lui-même, mais qu’il intègre l’ensemble des particularités de son public. Menant parfois son entourage à s’inquiéter de vivre avec un schizophrène patenté.

Le jour de la rentrée vous vous levez, avec, parfois, la fleur au fusil, et empli d’une bonne volonté touchante. Vous découvrez vos nouveaux élèves tout beaux, tout frais, tout sages. Et vous vous dites que c’est un vrai bonheur. Certes le soir vous rentrez chez vous en disant à votre enfant : « Vas-y, je sais c’est quoi la réponse. », mais cela ne vous inquiète pas plus que ça.

Or, petit à petit, votre entourage écarquille de plus en plus les yeux en vous regardant évoluer au fil des jours. Vous faites tournoyer votre stylo en parlant à votre banquière, vous avez tendance à vous mettre en équilibre sur votre chaise en tentant de surfer sur une vague imaginaire.

Lorsque votre amoureux vous explique un point délicat sur l’organisation de votre vie, vous regardez ostensiblement par la fenêtre pour voir si le monde est plus original dehors. Vous commencez à poser des questions alors même qu’on vient de vous donner la réponse, mais vous recommencez cinq minutes plus tard en jurant vos grands dieux que non, vous n’avez pas entendu ladite réponse.

Quand on vous dit qu’il faut arrêter d’embêter le chat, vous rétorquez à chaque fois que c’est lui qui a commencé et vous vous mettez à pleurer en trépignant et en hurlant que de toutes façons, c’est toujours vous qu’on gronde.

Le français devient, au fil des mois, une gageure qui vous fait tirer la langue à chaque fois que vous devez envoyer un courrier administratif. Et puis aussi pourquoi devriez-vous faire cette tâche ? Ça va, vous avez assez travaillé dans la journée et vous en avez marre de devoir obéir.

Parfois, vous allez tellement vite dans vos occupations, que votre entourage ne sait plus comment nourrir votre soif d’activité, et vous devenez alors intenable.

Certains enjeux de votre vie deviennent aussi complexes qu’une équation à une inconnue ou que l’apprentissage des tables de multiplication et vous avez tendance à regarder les gens qui vous parlent avec des yeux vides, dignes parfois des meilleurs merlans frits. Ce qui fait perdre rapidement patience à ceux qui essaient de vous expliquer que ce n’est pas si compliqué d’éteindre le décodeur de cette façon et non pas de la vôtre qui met en péril ladite machine.

Seul moment de répit dans cette schizophrénie sous-jacente : les vacances. Mais le travail de relaxation-détente-zénitude permettant d’évacuer les trente personnalités cachées au fond de votre être demande un temps certain. Et vous replongez rapidement dans ce maelstrom infernal et pourtant nécessaire.

Nécessaire, parce qu’il prouve que vous êtes attentif à vos élèves, parce qu’il prouve que vous prenez à cœur de suivre chacun de leurs pas et que vous y mettez du cœur.

Mais un conseil seulement. Ce sera salutaire. N’hésitez pas, faites-vous suivre.

Anne Larrègle

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Si j’aurais su que j’allais me faire traiter de feignasse, j’aurais pas venu…

J’n’aurais surtout pas passé l’été à récupérer, rénover ou fabriquer du matos pour ma nouvelle classe, j’n’aurais pas passé mes soirées entières de la 1ère période et une bonne partie du mois d’août à glaner de la doc estampillée “nouveaux programmes” (parce qu’on change tout le temps, c’est pas rigolo sinon), à fabriquer toute seule comme une grande mes jolis jeux plastifiés, tableaux de progressions, programmations, organigrammes de projets, schémas de parcours de motricité, brevets de compétences (avec photos d’élèves sinon c’est pas drôle non plus)… Bref, j’aurais consacré mon immense budget à commander des cahiers de coloriage, des gommettes et des kleenex pour mes Pious !

Basta !

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On a des profs de toutes sortes dans ce groupe : des profs de paella, des profs de gommettes,  des profs de crayons de couleurs, des profs à la plage…
Mais y aurait il un prof d’auto-école ?

Parce que sinon on a peut être trouvé la seule espèce de prof qui ne soit pas feignasse.

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Mon secret de feignasse ? L’ampoule basse consommation.
Quand je suis arrivée dans ma zone en PACA en tant que TZR, j’ai emménagé dans une petite maison de village. J’ai une pièce qui me sert de bureau et qui donne sur la rue. Quand je bosse tard le soir, j’ai mes voisins qui me le font remarquer car ils voient la lumière.
Et là, astuce de feignasse ! J’allume même si je suis en train de buller devant la téloche…J’impressionne quoi….
Par contre, je vous conseille les led de chez Casto, y’a tout ce qu’il faut… ça évite de plomber le budget électricité…

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« Les maîtres d’école sont des jardiniers en intelligences humaines. »  Victor Hugo

Le jardin est une classe, chaque graine représente un élève. Pour que la graine devienne un grand arbre, il faut lui donner de l’eau, beaucoup d’eau. Chaque arrosoir représente une leçon de géométrie, de numération, de géographie, d’anglais, de conjugaison, de sport, et pour que l’arbre ne parte pas de travers il faut de l’éducation civique.

Youssef, CM2, Trappes

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Directeur d’école d’un établissement ayant perdu le statut d’éducation prioritaire (on se demande bien pourquoi…), demi-déchargé, j’ai arrêté de compter mes heures hebdomadaires en octobre, trop déprimé, aux alentours de 60 H en septembre…
On m’insulte donc en me faisant passer pour une feignasse, je serais en vacances 6 mois par an ?
Outre le fait que je suis allé à l’école les deux premiers jours des vacances pour travailler, qu’il me reste encore les évaluations à corriger, des cours à ranger, des cours à préparer, sans compter les sollicitations administratives incessantes (simplification administrative ?).
Bref, lassé de ce manque criant et injuste de respect envers les enseignants…

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Je fais partie des 800 000 feignasses mais plus pour longtemps… et oui à force d’avoir glander pendant tant d’années, j’arrive à la retraite et je vais pouvoir enfin TRAVAILLER… Comme ça fait du bien de prononcer ce mot !
Je n’aurai plus à dire que je suis prof en me cachant sous une table parce que je vais entendre “Ah les vacances…” et que du coup j’ai une envie irrépressible de filer de grandes tartes dans la gueule à ceux qui ricanent mais qui avec leur RTT, finalement, arrivent à 2 mois de “vacances” mais qui, par contre, gagnent 2 à 3 fois plus que moi… et qui peuvent partir en vacances quand ils veulent en économisant 30 % au moins sur les prix “hors périodes chaudes”.
Je n’entendrai plus non plus de mon propre père “Tu es fatiguée ? Mais de quoi ?” ou d’une copine qui ne travaille pas “Passe, toi, moi je n’ai pas le temps”.
Mais du coup je pourrai dire comme tous les retraités “Ppfiou depuis que je suis à la retraite je n’ai plus le temps de rien faire”.
Mais par contre je continuerai à penser à vous les feignasses, aux 3-4h/semaine que vous passez à corriger les 33 copies des élèves qui vous trouvent parfois nulles, aux 2-3h/semaine que vous mettez à remplir les cahiers de textes en ligne (quand tout marche bien… hein, parce que des fois…) que des parents/élèves ne regardent jamais sauf pour vous dire qu’il n’est pas à jour, aux 10-15h que vous passez à préparer des cours ou des évaluations, et aussi aux réunions en tout genre, aux RV avec des parents plus ou moins bien disposés et j’en passe…
Enfin je vais pouvoir glander sans passer pour une feignasse !!!
Ravie au final de quitter ce métier qui a fait de nos hommes politiques ce qu’ils sont, parce que, soyons réalistes, si nous n’étions pas là, ils ne seraient pas là non plus, hein..
Et là quand même quand je vois ce qu’ils sont devenus : menteurs, tricheurs, fourbes, abrutis, mégalos, mythos et j’en passe, je me dis qu’on a raté qlq chose dans leur éducation…

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