La dernière journée d’école

par Geneviève Bobillon

« Ahhh la dernière journée d’école.. .

Les livrets d’évaluation sont rendus, les pires élèves sont partis en vacances anticipées, ceux qui sont là profitent, savourent, sont pris de nostalgie…
Les Cm2 ont les yeux humides de ceux qui quittent pour toujours le monde protégé de l’enfance…
Ils passent de classe en classe faire leurs adieux aux maîtresses qui les ont accompagnés une année dans leur parcours, ils font des promesses : « On reviendra vous voir quand on finira plus tôt »
Ce dernier jour, ce n’est que de l’amour!
Les enfants investissent le tableau blanc pour écrire les plus belles déclarations à leur maîtresse adorée, « la meilleure du monde », celle qui leur « a tant appris »; la maîtresse savoure ces mots en occultant les fautes d’orthographe qui lui feraient douter de l’efficacité de sa pédagogie… 

genevieve
Le compte à rebours est lancé : plus que quelques minutes avant les grandes vacances! Les larmes coulent, les filles pleurent à gros sanglots, les garçons se laissent prendre par l’émotion sans plus chercher à jouer les durs. La maîtresse ouvre ses bras pour un gros câlin collectif.
Ses élèves, à ce moment, elle les aime plus que tout. Elle les a guidés, vu évoluer, elle a été sévère, bienveillante, elle les a encouragés, félicités, elle a pris en compte les spécificités de chacun, a cherché comment les rendre heureux de venir chaque jour à l’école, comment leur faire croire en eux, comment leur donner envie de donner le meilleur d’eux même.
Ce sont SES élèves et pourtant ils partent…
Ce dernier jour, ce n’est que de l’amour…😊😊😊😊😊😊 »

Pourquoi faire ce métier ?

par anonyme

« Après 10 années de loyaux services dans l’éducation nationale et dans le 93, et en attente de mutation me voici au pied d’un mur de questions qui me font cogiter jours et nuits…
Et ce genre de témoignage où je me reconnais totalement me perturbe encore plus car ce système, la façon dont nous sommes traités par les inspecteurs, par certains conseillers pédagogiques, par certains ou certaines directrices, par certains collègues, par certains parents… Ces heures de réunions qui ne mènent nulle part (108h au total) que nous devons faire en plus de nos heures de classe…

Tout ceci finit par effacer la priorité de ce métier qui est d’instruire, d’enseigner avec méthode et pédagogie à des enfants en instaurant un climat de respect et de confiance dans la classe (c’est ça qui me passionnait, qui me transcendait, qui me faisait lever le matin avec envie et energie).

Mais aujourd’hui, je n’arrive plus à me lever le matin sans avoir une boule au ventre… »

Grosse envie de m’énerver

Par Soso Dany

« Ce soir, je prends ma voiture pour rentrer après une longue, très longue journée d’oraux. Comme je suis une prof sérieuse, hein, j’écoute France info dans la voiture (et puis ça fait bien devant les élèves…). Ça bouchonne un peu alors je peux écouter les infos tranquillou. Grosse envie de m’énerver! Il va falloir faire des économies. Alors la cour des comptes se creuse la tête. Oh mais oui mais bien sûr ! Les fonctionnaires! Et si on gelait leur point d’indice?
Autre info notable : plus de 100 000 futurs bacheliers sont sans affectation pour la rentrée. Y a pas de place… Oui mais pourquoi? Parce qu’on a fait des économies sur leur dos.
Y a un moment, Versailles et compagnie, c’est vraiment nécessaire? Parce que dans mon village, y a une salle des fêtes et c’est pas cher. Promis, les élus du peuple, je vous ferai une piémontaise! »

enervé

C’est aussi ça le bonheur de notre métier

par Auré Lie

« Maîtresse en CM1/CM2, hier soir avait lieu la représentation théâtrale partie de quelques idées en début d’année… Un metteur en scène, une artiste plasticienne, 24 élèves hyper motivés, des heures de travail et quelques mois plus tard : un résultat merveilleux ! Des enfants heureux, émus aux larmes sous les applaudissements du public, qui crient : « Maîtresse ! Maîtresse !  » et moi qui pleure aussi évidemment 😊
C’est aussi ça le bonheur de notre métier !!
Bonne fin d’année scolaire à vous tous les feignasses 😘 »

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Le mépris pour la voie pro

par Soso Dany

« Expérience…
Question orientation, y en a pleins qui se posent des questions… et ils ont raison. C’est difficile de faire un choix à 15 ans et surtout de leur faire confiance dans leur choix à ces morveux de 15 ans…
En troisième, mon fiston m’annonce qu’il ne se plaît pas en voie générale. Quoi?! me dis-je, désespérée d’avoir enfanté un être malformé intellectuellement. Jetez-moi la pierre pour cette pensée si vous le souhaitez mais écoutez avant cette tranche de vie-réalité.
Mon fiston partit en bac pro menuiserie. Par fierté et désir de lui montrer que cohérente je suis dans mes propos question orientation, j’acquiesçai sans trop y croire à son projet. En effet, mention bien au brevet, et un bulletin scolaire qui me satisfaisait, je ne donnais pas cher à son souhait qui me paraissait fortement désuet. « Tu devrais t’assurer un avenir avec la voie générale!  » Tel était mon désir mais pas le sien. Après tout chacun a le droit de se tromper, aussi le laissai-je partir en lycée pro non sans m’être assurée auparavant un passage en seconde G.
Qui s’est fourvoyé d’après vous?
D’un bulletin moyen au collège (donc voie générale), il est passé à des bulletins excellents (dans la voie qu’il a choisie). Après? Le bac? On ne se pose aucune question hormis quelle va être sa mention… Parce qu’en bac pro, les mentions sont aussi difficiles à obtenir. En attendant, demain, il entre dans une grande école à Paris. Et cela fait trois ans que je me réjouis de l’avoir écouté, ce petit morveux qui refusait la voie G.
J’ai fait ce témoignage de mon passé réel vécu d’aujourd’hui après trois ans d’incertitudes et de doutes sans vous raconter les pressions de mes collègues ni celles de ma direction concernant le choix de mon fiston (il faut remplir les classes pour sauver le lycée). Je suis passée pour une inconsciente qui gâche la vie de ses gosses… Aujourd’hui, PP de seconde, je vois le mépris pour la voie pro et je plains tous ces gosses qui suivent un mouvement qui n’est pas le leur. »

Qu’est-ce qu’on va faire de moi l’année prochaine

par P.

« Bonsoir,

Cette année plusieurs dizaines de stagiaires ont été mis en responsabilité sur la même classe dans le 93.
Comme il n’y a pas encore eu de « Conseil de formation » cette année en Seine-Saint-Denis, aucun bilan de ce type d’organisation n’a été fait par l’institution.

C’est grâce à une « question diverse » posée au DASEN en CAPD par le SNUipp-FSU 93 que nous avons appris sa volonté de généraliser les binômes de stagiaires en responsabilité d’une même classe dès la prochaine rentrée. (source SNUipp)

Jusqu’à présent, les stagiaires étaient complétés par des TRS, enseignants titulaires qui pouvaient donc se retrouver sur deux classes. A noter qu’avant ça, les EFS étaient à temps plein et les TRS complétaient les décharges de directeur ou les temps partiels (rares puisque systématiquement refusés).

Du coup, moi, TRS n’ayant rien obtenu au mouvement, je me pose la question existentielle suivante : qu’est-ce qu’on va faire de moi l’année prochaine si les EFS n’ont plus besoin de mes services vu qu’il est évident qu’il n’y aura pas assez de décharges ?

Quelqu’un en sait-il plus ? ( Réponse en commentaire possible).

Un peu d’humanité

Par Anonyme

Suite aux résultats du 1e tour de l’élection présidentielle, nous avions reçu cet message :

« J’ai une question à vous poser. Pas de polémique ou de politique à la con svp. Je veux des idées, des conseils, des témoignages peut être….

Au moment de l’élection de Donald Trump, une élève qui n’est pas française black et musulmane est venue me demander: « Madame, si Trump est élu ,c’est vrai que je vais devoir partir? ». Comment dire, elle m’a brisée le cœur la choupette.
Si elle me redemande ça en fonction des résultats du premier tour, je lui réponds quoi?Merci pour vos lumières. »

Nos membres ont bien essayé de répondre à cette question épineuse…Mais la plus belle réponse pleine d’humanité vient dans le post  ci-dessous :

« Bonsoir
Pour ceux qui se souviennent de mon précédent post, ma petite élève est bien venue me voir en pleurs lundi à la récré paniquée en me disant: « Madame est ce que je vais devoir quitter la France dans 15 jours ».
Je m’étais préparée à lui répondre mais coup de chance le principal était derrière moi et m’a demandé de traduire ce qu’elle me disait. j’ai donc traduit et il nous a demandé de le suivre dans son bureau.
Ma petite élève était décomposée et moi j’avoue mon coeur battait très vite.
Une fois dans le bureau, le principal a montré à mon élève une lettre écrite de sa main et de l’équipe de direction qui disait qu’ils ne la laisseraient pas tomber. Que tous les adultes étaient là pour elle et que si ils voulaient venir la gicler ils nous trouveraient en face avec des avocats en face si besoin.

J’ai tout traduit à ma petite élève qui a fondu en larmes dans mes bras, sacrée choupette. Puis elle est repartie avec des ampoules pour remplacer ses yeux…. Quel plaisir, le principal et moi en avions à notre tour les larmes aux yeux.

Je ne sais pas ce que l’avenir dira, mais se fermer à tout le monde et le repli sur soi n’est jamais une solution.

P.S: pas de politique svp, je raconte juste une histoire dans un contexte »

Bravo à ce monsieur pour sa réponse pleine de d’humanité.

Billet d’humeur

Par P.

« Billet d’humeur pour illustrer l’inhumanité de nos responsables des ressources humaines. Une histoire parmi tant d’autres hélas.

Je suis Professeure des écoles, Brigade, c’est à dire affectée à des remplacements longs. Actuellement je remplace une jeune maman. Cette jeune femme a été affectée à ce poste à la rentrée de septembre à titre provisoire (elle doit avoir 1 ou 2 ans d’ancienneté donc pas assez de points pour avoir un poste fixe au mouvement). Poste qui se situe à 60 km de son domicile.

Les services de l’EN étaient au courant de son état de femme enceinte en septembre. Première aberration. Classe pas facile + temps de transport + fatigue, ma collègue s’est arrêtée plusieurs fois, puis définitivement, puis en congé maternité. La classe a donc eu droit à divers remplaçants, jusqu’à moi qui ai pris en charge la classe depuis janvier. L’école est dans ma commune de résidence. Pour moi tout va bien. Mais ma jeune collègue, qui doit reprendre après les vacances de printemps , a essayé de demander à être affectée sur un autre poste ou à faire ZIL pour ne pas s’éloigner trop de son domicile. Que nenni ! Elle devra revenir à son poste.

J’ai eu 3 enfants et je m’imagine l’angoisse de cette jeune maman, qui doit trouver une solution de garde pour laquelle une bonne partie de son salaire va y passer, qui va parcourir tous les jours 120 km et des heures en transport (en région parisienne).

Alors qu’avec un peu de volonté et d’humanité une autre solution aurait certainement pu être trouvée. Ce n’est pas à moi que je pense, c’est à ma collègue et aussi aux élèves. Car qu’est-ce qu’il va se passer ? A nouveau la valse des ZILs ?

Tout le monde y perd dans l’histoire. Les services de remplacements vont s’arracher les cheveux avec des absences à répétition, les élèves seront ballottés et désorientés, ma collègue sera stressée et épuisée, les parents seront en colère et inquiets. En me laissant sur le poste jusqu’à la fin de l’année tout cela aurait pu être évité. Était-ce si difficile à décider ? Et c’est cette institution qui n’a plus que le mot « bienveillance » à la bouche ? écœurant. »

Pourquoi les profs ont besoin de vacances toutes les 6 semaines

Par Laura G-S

« Avant-veille de vacances:
7H50 arrivée au lycée, discussion sur un projet MPS, et sujet donné à la vie scolaire pour un DS de rattrapage pour les absents
8H10: cours de terminale S: 5 élèves en suivi, pb familiaux , pb psy – TS la semaine d’avant, et une conciliation entre mère et fille très difficile (forte inquiétude du retour)
10H: pause …
discussion tendue avec J qui ne comprend pas son 0 pour un DM non rendu
discussion avec M pour des absences non justifiées
discussion avec E pour sa TS
discussion avec L et M pour un projet tutorat
pause finie 😦
10H15-10H30: essai de TP pour les ECE
10H30-11H15: intendance, gestion des stocks, suite de l’audit sécurité
11H15-12H00: anonymat des copies de bac blanc, répartition …
12H00-12H15: photocopies
12H20: retour chez soi, repas, mari parti bosser à 12H (pas vu) gosses à la cantine
12H50: retour au lycée
13H00: séparation de 3 secondes en train de se bousculer très fortement dans les couloirs puis TP
14H30: pause – retour à l’intendance
14H35: Tp du groupe 2
16H00: pause: discussion sur le projet MPS …
16H10: MPS: suivi des élèves, c’est dense
17H30: entretien avec une élève qui s’est faite virer de l’atelier danse
17H45: entretien avec proviseur sur les projets de fin d’année (APB, tutorat, immersion, …)
19H30: je rentre à la maison!
encore une journée qui m’explique pourquoi les profs ont besoin de vacances toutes les 6 semaines!

Coup de gueule d’un enseignant

Par Nicolas  Rayez.

« Comment est-ce possible que l’on puisse sacrifier aujourd’hui notre jeunesse.

Je ne comprends pas pourquoi les élèves se retrouvent à 36 par classe au lycée alors qu’il n’y a qu’une personne en face pour les aider.

Je ne comprends pas pourquoi on supprime des conseillers d’orientation alors que nos jeunes sont de plus en plus perdus.

Je ne comprends pas pourquoi on veut faire des classes avec tous les niveaux alors qu’en faisant cela on empêche chaque élève d’évoluer à son rythme !

Je ne comprends pas pourquoi les mathématiques sont encore considérées comme une matière supérieure à l’EPS par beaucoup de monde alors qu’il faut aussi comprendre notre corps.

Je ne comprends pas pourquoi la filière scientifique se sent si intelligente face à la filière professionnelle.

Je ne comprends pas pourquoi l’école est parfois si loin de la réalité alors qu’il faudrait les aider à la comprendre.

Je ne comprends pas pourquoi l’élève n’est qu’un numéro, qu’une note aux yeux du système ou bien de ses parents alors que nous même ne l’avons pas forcément toujours bien vécu.

Je ne comprends pas pourquoi nos jeunes sont assis aussi longtemps sur une chaise par jour alors qu’on ne pourrait plus le faire.

Je ne comprends pas pourquoi la place des loisirs ou de la vie de famille passe après les nombreux devoirs journaliers alors que dans la journée ils sont déjà à l’école.

Je ne comprends pas pourquoi l’école se forme essentiellement au numérique alors que de nombreuses personnes ne savent pas encore lire ou compter correctement.

Je ne comprends pas pourquoi un enseignant est souvent livré, abandonné devant une classe alors qu’il débute.

Je ne comprends pas pourquoi certains parents veulent faire de leurs enfants des machines alors qu’ils ont d’abord besoin de s’épanouir.

Je ne comprends pas pourquoi l’école est parfois devenue si inintéressante alors qu’il y a un tas de choses à apprendre. Je ne comprends pas pourquoi un élève sait appliquer le théorème de Pythagore alors qu’il a du mal à faire une réduction de 20 %.

Je ne comprends pas pourquoi certains se révoltent contre l’enseignement alors qu’il faudrait l’aider. Je ne comprends pas pourquoi nos politiciens abordent uniquement le nombre de profs ou les zones prioritaires alors qu’il y a un tas d’autres questions à répondre.

Je ne comprends pas pourquoi le ministre de l’éducation n’a jamais été prof alors qu’il doit les diriger.

Je ne comprends pas pourquoi l’école doit dire amen à tout alors qu’elle doit soit disant les former.

Je ne comprends pas pourquoi certains élèves ne pourraient pas partager leurs compétences musicales ou autres…

Je ne comprends pas pourquoi l’élève n’aime pas l’école alors qu’il y passe ses journées.

Je ne comprends pas pourquoi autant de profs démissionnent ou font un burn-out alors qu’il faudrait se battre.

En fait … Si je comprends. Je comprends pourquoi …
Je comprends que le jour où l’élève sera considéré comme unique et non plus 1/36ème on aura la capacité de le faire évoluer.

Je comprends que le jour où tout le monde travaillera pour faire évoluer l’enseignement on progressera.

Je comprends que le jour où l’enseignant ne sera pas pointé du doigt pour une broutille mais soutenu pour son travail, le système éducatif évoluera.

Je comprends que notre école va mal et qu’elle doit évoluer alors que nous avons tous les acteurs pour réussir.

Je comprends que le métier d’enseignants fasse aussi peur aujourd’hui …

Mais je comprends que des centaines de milliers d’enseignants font un travail super chaque jour et qu’il ne faut surtout rien lâcher !

Et je comprends également que nos jeunes sont les principaux acteurs de demain et qu’il faut les aider à avancer. »