Par Julie
Je suis professeur des écoles. J’ai passé le concours via la voie externe, par correspondance, après avoir exercé dans une entreprise privée, où j’ai vécu une très mauvaise expérience humaine. J’avais besoin de retrouver du lien humain, de me sentir utile, bonne à quelque chose.
L’entrée dans le métier a été fracassante, jetée dans la fosse aux lions. Affectée à un IUFM à 60 km de chez moi, et à un stage filé à 80 km. Une formation à l’IUFM complètement inadaptée à la réalité du terrain. Je m’improvisais maîtresse, mes longues heures de préparations inefficaces ne se faisaient pas sans internet… la pédagogie ça ne s’improvise pas ! Les enfants ne me faisaient pas de cadeaux, les conseillers pédagogiques non plus, j’ai souvent voulu démissionner, mais je ne suis pas du genre à me laisser abattre.
Une fois validée, j’ai été affectée à plusieurs dizaines de kilomètres de chez moi, chaque année dans un endroit différent. Mais je ne me plains pas, je n’ai jamais dû déménager.
J’ai toujours beaucoup travaillé, préparé, j’observais les classes de mes collègues d’école en école, je m’imprégnais de conseils, méthodes pédagogiques. Et puis j’ai eu des enfants, je les ai observé, j’ai eu envie d’en savoir plus sur la psychologie de l’enfant. Durant mon congé parental, je me suis documentée, j’ai lu des articles sur le net, lu des livres sur la communication non violente, sur les travaux de Montessori etc… Je ne comprends pas, à l’IUFM, on m’a appris à rédiger un cahier journal et une fiche de prép… on ne m’a rien appris sur la psychologie de l’enfant !!
De retour au travail, je me rends compte que mes nouvelles collègues sont dans la même mouvance que moi, on échange, on discute, on aménage notre pédagogie. J’aime cette interaction !
Aujourd’hui, j’aime mon métier, il me prend aux tripes, je suis fière de ne pas avoir lâché au début. Mais si j’arrive à l’exercer comme je le fais aujourd’hui, si j’ai la sensation d’apporter à mes élèves (plus qu’un enseignement, une relation affective forte) si j’ai confiance en ce que je fais, c’est grâce à toutes les collègues croisées dans les différentes écoles où j’ai été affectée.
J’ai croisé des collègues passionnées, des collègues bienveillantes, énergiques, créatives, des collègues aidantes et solidaires, à l’écoute. Ce sont elles qui m’ont véritablement formée à mon métier. Parmi les multiples casquettes d’un enseignant, on peut aussi ajouter celui de formateur, l’institution est défaillante aussi à ce sujet…
Je dis souvent que l’Ecole est branlante, mais ce qui fait tenir les murs, ce sont les enseignants et leur foi. Il est temps de les préserver, de les écouter, de leur faire confiance, pour que cette crise de vocation et que la perte de motivation dans le métier ne fasse totalement défaillir l’Ecole.

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