Voilà, voilà, voilà..
J’ai fait grève.

Mes élèves étaient en classe, comme d’hab.
Parce que le lundi je suis au bureau et que ma collègue n’a pas fait grève. Parce que perdre une journée de salaire c’est compliqué pour beaucoup. Et puis…
Quand on fait grève en élémentaire personne n’est vraiment gêné, la mairie est tenue de mettre en place un service de garde (cela ne s’appelle pas comme ça mais c’est exactement ça). Alors faire grève n’est pas très efficace.
Donc j’ai fait grève mais le travail que je n’ai pas effectué hier s’est juste empilé sur le bureau.
Il reste à faire.
J’ai fait grève en me disant que j’allais apporter ma pierre, porter ma colère avec d’autres. Et que nombreux à être insatisfaits, en colère, nous serions nombreux à le montrer.
10% dit le gouvernement. 30% disent les syndicats. Comme je suis pragmatique j’aurais tendance à couper la poire en deux. Que diriez vous de 20%?
A Blois nous étions 500 à manifester devant la permanence des deux ministres issus de notre département.
Nos délégués, reçus par le préfet, sont ressortis avec le message: “la France est endettée, il faut faire des efforts”.
Faire des efforts c’est travailler au rabais.
C’est maltraiter les plus faibles.
Des classes plus chargées, des enseignants de moins en moins formés, des dispositifs d’aide qui se dissolvent (RASED où es tu?), des outils imposés et le métier dévalorisé par ceux là même qui nous dirigent (ils prescrivent, nous exécutons, plus besoin de réfléchir, trop bêtes nous sommes, l’échec de l’école ne peut être que le notre, pas le leur, à nous donner les moyens de réussir). L’école à deux vitesses avance à grand pas. L’école, sélective, le collège idem. Pour n’envoyer au lycée général que ceux qui proviennent des classes les plus aisées, pour cantonner dans les lycée pro et l’apprentissage ceux qui serviront le capital en travaillant pour que d’autres s’enrichissent, pour survivre.
La France est endettée…
Alors on rabiote sur les fondations même de la société.
L’éducation (et la santé, nul ne l’ignore).
Pensez vous que cette société va encore pouvoir tenir debout longtemps sans fondations? En donnant toujours plus aux mêmes, là haut?
Je sais que je suis qu’une pauvre prof des écoles, pas une première de cordée, mais il me semble que quand une construction, un système, est déséquilibré il se casse la gueule…
Non?
Se mobiliser pour ça pourrait être une idée fédératrice. Un moteur.
Le système maltraite nos enfants, sape la société de demain (d’aujourd’hui aussi).
Se mobiliser.
Mais, je le vois, l’éducation nationale ne coûte pas aux “usagers” (pour l’instant), ce n’est pas visible comme quand on fait son plein. Alors sa détérioration ne fait pas de vague. Il n’y a pas de blocage en vue. Nous allons juste sombrer en silence.

 

texte de Anne Allet

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