L’art de la perforation anale dans les plaines du Caucase administratif (de l’Education Nationale ou de ce qu’il en reste – acte 2)

Par le monde selon Smig

Caucase

« Alors, tu acceptes d’être prof principal de seconde parce que les titulaires ne veulent pas. Tu acceptes d’être coordinateur matière parce que les titulaires ne veulent pas et, comme toi, tu as besoin d’euros, tu acceptes, de toute façon, n’importe quoi et tout le monde le sait. En plus, tu as la malchance de parler quelques langues alors, tu pars en voyage, c’est toujours ça… parce que les titulaires ne veulent pas… alors toi qui habites loin de ton lieu de travail, toi qui ne gagnes pas lourd, toi qui, forcément, paies tes repas parce que tu ne rentres pas chez toi, toi qui se tapes, en plus, des pleins d’essence parce qu’il faut bien y aller, et bien, toi, tu fais des heures et des heures, parce que les titulaires ne le veulent pas.  Il y a donc ce que tu gagnes et ce que, en réalité, tu gagnes. Alors tu fumes, parce que la fatigue, les nerfs, l’injustice… d’autres boivent, se droguent, ou prennent des substances antidépressives… et à la limite, comment faire autrement? Voila comment l’éducation nationale construit des précaires qui s’enfoncent et qui doivent corriger des copies et donner le bac. »

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La grogne continue

Alors que pour le ministère tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et que la rentrée scolaire s’st faite paisiblement en musique, la grogne ne cesse de monter dans les écoles.

La fin des contrats aidés, l’utilisation des PDQMC pour alimenter les CP à 12, les postes non pourvus dans le secondaire …sont autant de sujets de mécontentement comme le montrent nos deux cartes sur la métropole et les DOM/TOM.

N’hésitez pas à les compléter en ajoutant ce qui se passe dans votre établissement, votre ville, votre académie etc…Plus on aura d’informations plus ce sera facile de montrer ses défaillances au minstère et à l’Etat (cf. les contrats aidés).Pour cela, il suffit de saisir le lieu, de cliquer sur le petit crayon, de mettre une épingle et de remplir la description. Ou tout simplement de nous laisser vos informations en commentaire.

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De l’Education Nationale ou de ce qu’il en reste… – acte 1

Par le Monde selon Smig

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Il manque des enseignants. Chaque année, x enseignants sont manquants ou ne sont pas remplacés. Triste constat. J’ai été, pendant 8 ans, contractuel dans l’enseignement privé sous contrat. Donc, tout dans la légalité et toussa toussa… Balancé d’un établissement à un autre, la plupart du temps assez maltraité puisque tu récupères tout ce que les collègues (peut-on parler de collègues au final?) ne veulent pas. Les classes surchargées, indisciplinées, avec les horaires les plus ingérables… le vendredi en dernière heure ou le lundi en première et tout cela pour 1300 euros. Tous les ans, tu es convoqué dans les premiers pour corriger le bac et pour surveiller. Et les titulaires trouvent ça normal, à peine montrent ils, parfois, pour certains, une lointaine compassion quand ils apprennent ton salaire alors qu’ils sont déjà parfaitement au courant. Du coup, tu acceptes toutes les heures supplémentaires possibles. Tu fais les BTS alternance, les AP, la cantine, les récrés, les chiottes… tu arrives à peine à 2000 euros en étant, dans l’établissement, du lundi 8 heures au vendredi 17.30. Toutes tes heures sont prises et tu fais 45 heures par semaine dont 40 devant élèves. Et surtout, tu dois te taire.

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Les portables bientôt interdits dans les établissements scolaires ?

Conformément au programme d’Emmanuel Macron, Jean-Michel Blanquer a décidé d’interdire les portables à l’école.

Comment compte-t-il s’y prendre?  Tout simplement en transposant le protocole utilisé en conseil des ministres: chacun dépose son portable dans un casier fermé avant de rentrer dans la salle du Conseil.

« Il s’agit là encore de faire respecter les règles et le droit. L’usage des téléphones est interdit en classe. Avec les principaux, les professeurs et les parents, nous devons trouver le moyen de protéger nos élèves de la dispersion occasionnée par les écrans et les téléphones. En Conseil des ministres, nous déposons nos portables dans des casiers avant de nous réunir. Il me semble que cela est faisable pour tout groupe humain, y compris une classe. » (L’Express, 13/09/2017)

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Pour les associations de parents d’élèves, cela est irréalisable.

Imaginons un collège de 780 élèves, même en admettant que tous n’ont pas des téléphones portables, il semble impossible d’avoir à disposition autant de casiers fermés. Sans compter le temps nécessaire à la dépose d’une telle quantité de téléphone et les soucis d’assurances en cas de vol. Qui sera responsable ?

Pour rappel : L’article L. 511-5 du code de l’éducation indique que « dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d’un téléphone mobile est interdite ».

–  À l’école et au collège, l’utilisation du téléphone portable pendant les heures de cours est donc prohibée. Cela signifie que L’élève ne peut pas l’utiliser même en remplacement de sa calculatrice, ou pour regarder l’heure. Ce qui est un peu contradictoire avec les injonctions de certains IPR de se servir d’applications sur téléphone portables pour certaines activités dont l’utilisation des QR codes.

– Dans les lycées, c’est le règlement intérieur qui s’applique. Le lycéen devra donc vérifier en  début d’année ce qui est stipulé à ce proposdans le règlement intérieur qui lui sera remis et qu’il devra approuver.

Pour de plus amples informations sur la régulation  des usages du téléphone portable dans l’établissement scolaire, vous trouverez des réponses sur cette fiche de l’académie de Versailles.

Un guide pour feignasse débutante

Débuter dans l’enseignement n’est jamais simple. On a toujours peur de mal faire et on se pose plein de questions : Est ce que j’ai assez d’autorité ? Comment monter une séquence ? Comment gérer les élèves ?…

En attendant la formation passionnante sur ce thème de l’ESPE, le réseau Canopé et la revue Sciences humaines offre aux enseignants un extrait de 50 pages de l’ouvrage « Guide du jeune enseignant » de Fabrice Herviau

guide jeune enseignant

Pour se le procurer il suffit de suivre la procédure expliquée ici.

La CNIL propose des formations à la protections de données personnelles pour les enseignants

L’injonction d’utiliser le numérique est de plus en plus forte. Mais face à un équipement pour le moins aléatoire selon les établissements, les enseignants sont de plus en plus nombreux à utiliser leur matériel personnel y compris en matière de numérique.

CNILDe nombreux établissements scolaires utilisent des services éducatifs en ligne qui ne rentrent pas dans le cadre réglementaire sécurisé fixé par le ministère de l’éducation nationale. Et on y laisse sans le vouloir un nombre incalculable de données.  Ainsi, des enseignants peuvent avoir recours à des applications web dont les ressources sont hébergées sur des serveurs distants, qui ne présentent pas les garanties nécessaires en matière de protection des données personnelles des élèves (L’EN ayant ouvert l’accès à ses données ).

La CNIL propose à tous les enseignants et personnels de l’EN qui le demandent  une formation à la protection des données personnelles. Cette formation n’est pas individuelle mais peut être une formation d’établissement ou académique. Pour cela il suffit d’en faire la demande ici.

Lettre ouverte à  Emmanuel Macron, président de la République 

Par Anne Humblot Lagarde

Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République…
Monsieur le Président,

Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps et si elle parvient jusqu’à vous.

Au moment des élections présidentielles, en tant qu’enseignante, j’ai suivi attentivement vos propositions concernant l’Education Nationale, mon ministère de tutelle. Certaines idées, et surtout l’importance que vous disiez attacher à la scolarisation des élèves handicapés me semblaient de bon augure.

La nomination de Jean-Michel Blanquer au poste de Ministre de l’Education nationale m’a laissée espérer que nous prenions enfin un chemin qui allait me permettre de travailler l’esprit plus tranquille sous la direction d’un homme aux idées novatrices. La confiance qu’il disait vouloir redonner aux enseignants en tant que personnes les mieux à même de juger sur le terrain de ce qui est bon pour leurs élèves, et la scolarisation des élèves handicapés à laquelle il voulait donner un nouveau souffle, entre autres par la pérennisation de ces emplois précaires d’AVS (individuelles ou collectives) qui sont devenus les auxiliaires indispensables à la bonne inclusion de ces enfants dans les écoles, collèges et lycées. Ces deux points, pour ne parler que de ceux-là, étaient pour moi d’une importance capitale.

Et puis le 1er septembre, jour de pré rentrée, je suis retombée dans la dure réalité de mon quotidien d’enseignante, de petite fonctionnaire jugée tout juste bon à fonctionner…

Cette année, pour la 10ème rentrée consécutive, j’ai repris un poste dans l’ASH (Adaptation et Scolarisation des Handicapés). Plus précisément dans une classe d’ULIS école, dans une petite ville de la banlieue parisienne. Dans ces classes, plus que jamais, au regard du profil des élèves qui nous sont confiés, la présence d’une AVSCo est indispensable. Celle-ci doit être formée, compétente et professionnelle pour faire face aux multiples tâches qui lui incombent dans nos classes aux profils tellement divers.

Au cours de ces 10 années en CLIS d’abord puis en ULIS école depuis 2 ans, j’ai formé 4 AVSCo. A deux reprises, j’ai été seule dans ma classe faute de pouvoir recruter une personne compétente sur ce poste difficile. Ce travail de formation que j’ai effectué, je l’ai effectué bénévolement puisque rien dans ma fonction n’indique que je doive être formatrice. J’ai eu la chance de côtoyer des personnes formidables, volontaires, compétentes, avides d’apprendre à faire leur travail du mieux possible, ne comptant pas leurs heures. Chaque fois, au bout de deux ans, on m’a indiqué que ces personnes ne pouvaient pas continuer à exercer ce métier pour lequel je les avais formées et qu’elles aimaient. Docilement, je suis repartie à zéro. J’ai accueilli la nouvelle personne que je n’avais pas choisie, pour laquelle je n’avais d’autre choix que de « faire avec ».

Il y a deux ans, j’ai accueilli dans ma classe une nouvelle personne qui suivait en parallèle une formation diplômante. Elle a fait partie des premières personnes à pouvoir choisir l’option lui permettant d’obtenir un diplôme d’AMP (Aide Médico-psychologique) avec option AESH. Je m’en suis réjouie, d’abord pour elle qui allait pouvoir exercer un métier qu’elle aimait grâce à ce diplôme, pour mes élèves qui allaient enfin pouvoir bénéficier de l’aide d’une personne motivée et qualifiée, et enfin, égoïstement, aussi pour moi qui allait enfin pouvoir travailler l’esprit plus serein avec une personne de qualité et d’expérience.

C’était sans compter avec l’incohérence de mon ministère de tutelle… Adieu les belles phrases sur la scolarisation des élèves handicapés, aux oubliettes la confiance faite aux enseignants pour prendre des décisions et des initiatives pour le bien de leurs élèves.

En effet, je me suis vue signifier l’impossibilité qu’il y avait à embaucher la personne diplômée que j’avais formée. Par la décision de je ne sais qui, les AESH ne peuvent pas travailler dans les ULIS dans notre beau département de Seine et Marne. La magie de Facebook et un sondage auprès de multiples enseignants d’ULIS m’a montré la disparité des situations, mais aussi démontré que dans de nombreux départements,des ULIS bénéficient d’AESHCo, en CDI, qui travaillent dans la même classe depuis 3, 4 voire 5 années consécutives. Les enseignantes se félicitent de ce partenariat qui leur permet d’exercer pleinement leurs missions de coordonnatrice de dispositif.

Mais je ne pourrai pas moi-même bénéficier de la même chance. Une AVSCo en CUI, vous savez, ces emplois précaires que vous dénoncez, vient d’être recrutée pour mon dispositif. Et je dis bien « vient d’être recrutée ». En effet, bien que la fiche de poste ait été éditée en juin 2017, les entretiens de recrutement ont eu lieu le 8 septembre. Ce qui m’a permis de faire ma rentrée le 4 septembre seule dans ma classe avec mes 12 élèves dont deux à profil autistiques, 3 nouveaux très déficients qui n’ont aucune autonomie, 1 hyper actif avec TED, et je ne parle pas des autres qui sont des « anciens » qui connaissent bien mes habitudes de travail et ont été assez gentils pour ne pas me poser trop de problèmes la première semaine. Maintenant que cette personne est recrutée, il va me falloir attendre qu’elle ait signé son contrat, sans doute pas avant une bonne semaine, avant qu’elle arrive dans ma classe, toute neuve et sans qualification, sans doute très motivée par ce travail, mais… demandant très légitimement à être formée pour celui-ci.

Alors ce soir, j’ai pris ma plus belle plume de maîtresse d’école pour vous faire savoir mon ras le bol d’être traitée avec mépris, de voir le travail que j’effectue être jeté à la poubelle sans aucun état d’âme. Où est cette bienveillance que vous nous demandez d’exercer à l’égard de nos élèves et que l’on nous manifeste si peu à nous, enseignants ?

Je n’espère pas faire changer quoi que ce soit par ce courrier, juste vous faire savoir que moi aussi, à 55 ans, après 35 années consacrées à l’Education nationale, il me vient des envies de déserter…

Anne HUMBLOT

Enseignante en ULIS Ecole à l’école des Rossignots à Nangis.