Mes débuts. 

Après ma licence de math, lassé des études, je décide d’en rester là, et de résilier mon sursis pour le service militaire. Je pars le 1er octobre 1972 pour Nantes, où je vais faire mes classes pendant 3 mois. Ensuite, j’irai à l’hôpital Begin à Saint-Mandé, faire les 9 mois qui restent dans un bureau, avec en plus une garde de nuit par mois, plus quelques gardes de week-end. Rien de bien passionnant, j’aurai perdu un an …
L’enseignement me tentait, et comme à l’époque on manquait de profs de math, on pouvait demander un poste d’instituteur suppléant sur liste collège. Je me suis donc inscrit au rectorat de Paris, et j’ai gardé mes congés jusqu’au dernier mois pour être libre début septembre. Après quelques jours à attendre en vain près du téléphone, je décide d’aller voir directement au rectorat ce qu’il en est. J’arrive vers 8 heures du matin, et il y a déjà 50 personnes qui font la queue dehors pour la même raison que moi. Après quelques heures d’attente, on me reçoit, et coup de chance, on me propose un poste à l’année. C’est sur 3 établissements dans 3 quartiers différents de Paris, mais comme je me déplace à moto, je devrais y arriver. Je n’ai aucune formation pédagogique, et je vais avoir des élèves dans 2 collèges d’enseignement commercial, et un collège d’enseignement familial et social. Je vais vite comprendre ma douleur, surtout dans l’établissement situé près de la Place de la République, où 90% des élèves sont fils de commerçants, et ont leur voie toute tracée. La réussite scolaire est le cadet de leurs soucis ! Au CEFS, le but est un CAP qui ne donnera aux élèves que très peu de débouchés. J’ai beaucoup de mal avec la discipline, et je perdrai 10 kilos au cours de l’année. Tous les matins, l’angoisse faisait ressortir mon petit déjeuner par où il était entré. J’ai quand-même eu droit à une dizaine de matinées de formation le mercredi matin, assurées par des IEN.
La deuxième année, j’ai encore un poste vacant, dans un CES, rue Amelot, près du cirque d’hiver Bouglione. Je dois passer le certificat d’aptitude pédagogique pour pouvoir devenir remplaçant, puis stagiaire, puis titulaire, puis demander mon intégration dans le corps des PEGC. Je dois présenter une séquence de math ou de français, une séquence de matière d’éveil, et une séquence de sport. Je choisis math, et je voudrais faire SVT. Je demande de l’aide à une collègue spécialiste de la matière, elle fait semblant de ne pas comprendre. Je me rabats sur le dessin. Je m’entends bien avec le prof d’arts plastiques, on prépare ensemble la séquence. Il y a aussi un entretien, je révise mon code soleil.
Le jour de l’examen, je suis stressé, et l’inspectrice ne fait rien pour me mettre à l’aise. Elle critique tout ce que j’ai fait, elle me dit « On voit que vous n’êtes pas sportif,  » alors que je faisais du foot après avoir pratiqué précédemment l’athlétisme et le rugby. Bref, la cata ! Et pour clore l’année en beauté, la principale qui devait donner une appréciation sur mon carnet de suppléance me fait comprendre que je ne suis pas fait pour ce métier.
J’insiste quand-même l’année suivante, et on me donne un remplacement de congé de maternité pour 6 mois dans un collège qui prépare au CAP de comptabilité des élèves « normaux » et des malentendants. Les 15 premiers jours, la collègue est avec moi, ce qui m’aidera beaucoup pour la suite. Je me sens plus à l’aise, et je vais repasser mon CAP, bien aidé par les collègues pour ce qui est de la préparation. L’inspecteur (un homme ! ) est bienveillant, et me dira, entre autre :  » Les maths, c’était très bien, la SVT, un peu plus discutable, et pour la gym, on voit que vous êtes sportif !  » Comme quoi, les a priori …
J’ai donc pu continuer.
Une année dans un collège près du faubourg Saint Antoine : j’ai deux classes de transition, que je partage avec une collègue. Elle fait les matières littéraires, et moi les matières scientifiques. Nous sommes séparés du reste du collège : nos classes sont au bout d’un couloir, les horaires sont décalés par rapport aux autres. Le principal adjoint, qui sera nommé à Fleury-Mérogis 2 ans plus tard n’aura aucun souvenir de moi !
Passage pendant 3 ans à la prison de Fleury-Mérogis, puis 2 ans dans un collège de menuiserie à Paris. Et enfin, titularisation et intégration dans le corps des PEGC la même année, et coup de chance, un poste de math s’est libéré à Fresnes. Je l’ai demandé, je l’ai obtenu, et je ne l’ai plus quitté.

Marc Ardhuin

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