Tenir…

Une collègue me disait hier qu’elle espérait avoir assez de contenu pour son prochain cours : « Je crois quand même que j’aurai de quoi tenir les deux heures ». C’est une phrase qu’on prononce tous les jours, et le verbe est important : il faut TENIR. Il n’y a que les profs qui connaissent le sens de ce mot. Il faut tenir : comme on tient une position militaire devant des assaillants, jusqu’à la relève. Il faut tenir : comme on tient les élèves (ou pas). Il faut tenir le temps qui nous est donné, et parfois c’est un peu long. Il faut se tenir devant les élèves. Et on est absolument seul quand on tient : tout, dans le cours repose sur nos épaules, tout ne tient qu’à soi.
On se demande si on a de quoi tenir comme si les cours qu’on préparait étaient une nourriture prévue pour un long voyage, et on se demande si on n’est pas un peu court : ne risque-t-on pas de finir affamé ? Cette question soulève en moi à chaque fois une (petite) angoisse avant chaque cours : au fait, est-ce que j’ai de quoi tenir mes deux heures ? Si j’ai de quoi tenir, j’ai de quoi les tenir.
Quand on a tenu les deux heures on est content : tel le soldat victorieux, on regarde son cours avec le sentiment du devoir accompli. Mais le répit est de courte durée, car il faut avoir de quoi tenir les deux prochaines heures. Prof : c’est le flux tendu permanent.
Les élèves ne s’en rendent pas compte : ils bouffent nos provisions comme si ça sortait d’une corne d’abondance.

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