Ces élèves dont on se souvient

J’enseigne depuis 2002, et lors de cette première année d’enseignement, j’ai eu l’occasion de revoir le principal adjoint du collège où j’avais étudié. Je me disais qu’une dizaine d’années n’était pas un laps de temps bien long et je m’avance pour le saluer. Et là, il ne me reconnaît pas et s’en excuse :  » Vous savez, vous deviez être une élève sans problème, on ne se souvient que des cas difficiles à la longue « .
Cette phrase m’a profondément marquée, et je me suis promis d’éviter de tomber dans ce travers.
Cinq ans plus tard, je prends la direction d’une école et enseigne en CP. Au cours d’un apprentissage sur le genre des noms, on classe les articles, mais se pose le problème du fameux l’ qui ne donne pas d’indice. Après mûre réflexion, un (excellent) élève lève la main et me dit :  » C’est encore un de tes pièges, mais j’ai trouvé la solution !  »
Je lui demande de s’expliquer et de nous dire si c’est masculin ou féminin. Il me répond : « Junior « . Je cherche à comprendre et il m’explique :  » Chez le coiffeur, c’est masculin, féminin ou junior « … C’était sa réponse, il était fier d’avoir trouvé.
Je vous passe le fou-rire que j’ai piqué, la mine déconfite de l’élève qui pense avoir dit une grosse bêtise, moi qui le rassure en disant qu’il avait au contraire de l’esprit et que c’est bien d’avoir essayé. J’ai ajouté que je me souviendrais longtemps de ce moment, et que je saurais le lui rappeler à l’occasion.
L’an dernier, j’ai recroisé cet élève. On a discuté et il m’a dit : « Je suis sûr que vous vous en souvenez, hein ?  »
On en a ri ensemble.
Et j’ai l’impression d’avoir respecté ma promesse…
Collègues feignasses, quoi qu’on en dise, on marque toujours nos élèves, mais la réciproque est tout aussi vraie. Je râle, je m’épuise dessus, mais j’adore mon métier !

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