La mutation dont tu es le zéro…euh le héros.

Attention, c’est un peu long
La mutation dont tu es le zéro… euh le héros.

Ca y est, ton conjoint a réussi à l’obtenir. La fameuse mutation dans la contrée de vos rêves… Le Saint Graal ! Ô joie, ode à l’amour, votre enfant apprendra à marcher en dehors des paillasses bétonnées de la région parisienne. Euphorie et émerveillement. Reste maintenant à savoir ce que toi, feignasse de premier ordre, tu vas faire de tout ça. Lance le dé.

Si tu fais 1 : Ton conjoint est un mage nanti et gagne suffisamment bien sa vie pour t’entretenir pendant plusieurs années (on se demande bien d’ailleurs pourquoi tu as choisi d’être feignasse). Pas de souci pour toi, tu peux prendre un congé parental et t’adonner au macramé et à l’art divinatoire. T’as le temps de la voir venir ta mutation, sous le soleil et au bord de la plage.

Si tu fais 2 : Ha ! Dommage. Ton conjoint n’est pas un mage nanti. Alors, ton congé parental, va falloir sérieusement penser à le raccourcir. C’est ce qu’on t’a conseillé de prendre dans l’Antre des Gestionnaires de feignasses, mais tu sens bien qu’il y a une embûche. C’est sans compter avec l’aimable participation de la CAF (ou Comment Atteindre la Folie) qui commet l’erreur fatale de t’accorder une aide qui ne viendra jamais parce que … ton rejeton a plus d’un an… Donc t’as zéro ressource. Un emprunt qui va débuter. Tu dois trouver une solution. Ha ! … ben tu as fait 2 !

Donc, là, tu relances le dé : tu fais 1 : tu prends ton fils sous le bras. Tu rentres dans ton département Déprimland, tu finis de liquider tes quelques écus en faisant des allers-retours pour réunir la famille tous les weekends et payer un double loyer. A ton boulot, tu fréquentes des Orques que tu aurais préféré ne plus jamais revoir. Ton fils devient infernal, tu finis par déprimer, tu fomentes des actions répréhensibles aux yeux de la digne Inquisition… Nan, vas-y, relance le dé ; on n’est pas inhumain. C’est pas le bon chemin.

Tu fais 2 : tu tombes sur une bonne fée, elle te fait gagner plein d’argent, tu achètes la maison de tes rêves… oui ben, vas-y arrête de rêver justement, tu te fais du mal. Relance le dé.

Tu fais 3 : tu dégotes un job en 2 jours… on a dit « Arrête de rêver ».

Tu fais 4 (il n’y a que 4 faces sur ton dé) : Là, tu entends une voix gutturale prononcer des paroles effrayantes : « Entre ici pauvre feignasse que tu es, et pénètre au cœur des Ténébreux Labyrinthes de la Mutation. » Argh, ta gorge se serre ; tu sais que tu vas devoir affronter les pires dangers et les attaques les plus viles de la part de créatures invisibles. Peut-être même devras-tu faire face à la terrible Moire Ministéria Educationata, maîtresse de ton destin et de celui des pauvres autres feignasses dans ton genre.

Ton chemin est donc celui-là. Et tu y vas, la fleur à l’arc, en bonne guerrière farouche que tu es. Ta mutation, tu demandes. Hors-délai mais ce n’est pas grave. Les Elfes de ta nouvelle contrée ont besoin de feignasses en renfort cette année. Le dé est lancé : 3. Ha… désolés, mais la mutation que vous avez quémandée n’est pas attribuée actuellement… et à jamais. Mouahahaha. Les sous-fifres de la Ministéria rôdaient à l’affût de la moindre tentative d’accès au bonheur. Tu es acculée. Rebrousse chemin.

Désormais tu es au cœur du Labyrinthe de la folie fonctionnariale. Dans ta situation, tu ne peux bénéficier d’aucune aide aux indigents. Même ta propre Guilde, qui t’empêche, il faut le préciser, d’exercer ton sacerdoce ne peut rien t’apporter. Pas un écu. Toutes les portes se ferment. Il te faudra trouver la bonne, celle qui sauvera ta famille et tes espoirs. Trois portes face à toi. Trois sceaux.

Sceau numéro 1 : congé parental et grosse galère d’argent. Ou alors tu deviens garde-chiourme dans le civil. Certes, tu pourras enfin t’adonner aux puissants préceptes de la prêtresse Montessoria mais rester dans ton logis ne te botte pas plus que ça. Si les autres sceaux se révèlent anxiogènes, alors tu rebrousseras chemin pour ce dernier.

Sceau numéro 2 : tu quittes la Guilde. Mais tu as déjà passé tant d’épreuves initiatiques et sacrifié tant de temps que tu ne peux t’y résoudre. Oh, ce n’est pas pour la maigre bourse que tu récoltes à la fin du mois, non… mais pour ces mini trolls qui te font croire encore à la puissance du savoir et de la connaissance. Tu es un mage et tu veux le rester. Transmettre ton savoir.

Sceau numéro 3 : la disponibilité. Tu perds tous les bénéfices, ou presque, de ta Guilde. Il te faut alors découvrir quelle activité sera la bonne. Mais encore une fois, c’est sans compter avec les fourberies et imbroglios de l’Académie des feignasses de la capitale. Parce que tous les métiers ne te sont pas accessibles. Or, celui qui t’intéresse fortement fait partie d’une guilde, le Territorialis, qui s’apparente à la Ministéria Educationata mais sur un plan plus local. Tu souhaites former des mages plus âgés, qui commencent déjà à exercer une vocation. Mais la bourse qui te serait versée viendra-t-elle du même coffre que celui de ta guilde ? Des fils à démêler, plus denses et épais que la forêt d’épines de Maléfice. Parce que l’antre des Gestionnaires de feignasses n’est pas apte à te donner l’indice nécessaire, la réponse simple à ton énigme.

Du coup, tu relances le dé. Et tu fais 3bis (oui, c’est un dé magique). Il t’offre la possibilité de cumuler deux chemins en même temps. Tu décides donc de tenter le tout pour le tout au risque de devenir un hors-la-loi de l’Académie. Tu vas creuser du côté du Territorialis. Et dans le même temps, tu vas jouer les mercenaires et trouver des missions pour ton propre compte. Corriger des parchemins, relire des ouvrages. C’est un équilibre fragile. Tu as ton petit rejeton angélique à garder, tu ne peux pas le confier encore à une nurse parce que les nurses demandent des écus, que tu n’as pas. Alors tu croises les doigts pour que tes efforts paient, le plus rapidement possible.

Courir deux lièvres à la fois. La seule condition de survie. Et tu y crois, avec des hauts et des bas, mais tu y crois. Et un jour, tu n’auras plus à lancer de dés. Pour la Ministéria ou pour une autre Guilde, la question reste en suspens. Mais tu ne relanceras plus… de dés.

Histoire avec les 3èmes sur la 1ère guerre mondiale. On lit des lettres envoyées du front par des poilus, on travaille les conditions de vie dans les tranchées, bref, pour une fois, mes 3èmes sont au top, intéressés, intéressants, et à fond dans le travail (je suis en segpa).
A la fin de la séance, l’un des garçons me demande à quoi ça sert la guerre. Voyant mon hésitation à répondre (je n’ai pas de réponse en fait ! ), son copain lui dit : Tu vois, la guerre ça sert à faire pleurer les mamans quand leur fils part et ne revient pas.
J’ai les larmes aux yeux  !
Définitivement, en dépit de nos conditions de travail parfois (souvent) difficiles, en dépit du peu de considération à notre encontre de la société et de nos politiques, en dépit des heures de boulot invisible (sauf pour nos familles), ce sont ces petits moments de grâce qui me font aimer mon métier !

Une journée comme les autres…

Levée à 5h30. Déposer ses ‘paquets’ chez la nounou. Se prendre 1h45 de bouchons dans la tête pour juste 1h de cours, heure de cours ratée puisqu’en retard. Découvrir que le conseil de classe des 6èmes est prévu ce soir ( Ah ouais, c’était dans le mail ? Lequel ? ) Croiser un élève qui devrait être en stage. ( 1- fuir, 2- faire la morte, 3- faire son boulot ). Le mettre dans une classe. Non, ils commencent à 10h30. Direction la Perm où l’élève décide d’insulter gratuitement l’assistant d’éducation. Le ramener dans le bureau… Une heure de discussion…  Rapport. Tu rentres tes notes à toute vitesse, en te prenant la tête à saisir des compétences qui n’existent pas parce que le LSU promis existe encore moins… Saisir un gevasco avec le directeur parce que la référente a perdu ses notes… Puis quand tu finis enfin à 16h, on te dégage parce que le conseil de classe est dans ta salle (espérer très fort qu’ils te la remettent telle qu’ils l’ont trouvée…). Puis à 17h, lire sur les lèvres du principal que le conseil de classe est annulé. Rire bêtement pendant 15mn, virer au violet, et …. Bref une journée comme les autres.

L’Éducation Nationale m’a tuer

Bonjour à tous,
je me décide enfin à prendre la plume…

D’abord ingénieur, j’ai décidé, il y a 10 ans, de devenir professeur des écoles. C’était pour moi un vrai choix, une vocation, une évidence. J’ai ensuite pris la direction d’une école de 9 classes pendant les 4 dernières années. J’ai fait un burn-out il y a deux ans. J’exerçais pourtant dans un milieu dit favorisé.

La violence et l’agressivité de certaines familles, le manque total de considération par notre hiérarchie (au plus haut niveau comme nous l’a encore récemment prouvé Nicolas Sarkozy), le non-respect des personnels « extérieurs » (aide administrative, AVS…) voire des enfants, ont fini par avoir raison de ma motivation et de mon profond désir de contribuer à une éducation laïque, gratuite et obligatoire au service de tous. Je me suis sentie enfermée dans une boîte avec les deux pieds dans le béton.

Voici quelques illustrations de tout ça :

L’année dernière, un élève de CE1 s’est fait pipi dessus pendant la classe. La maîtresse s’est occupée de lui, a demandé un change à une autre maîtresse qui lui a gentiment prêté un short d’un de ses enfants. Le lendemain, le père est arrivé extrêmement agressif en accusant la maîtresse d’avoir humilié son fils en lui mettant un short de migrant… Mais, ça ne s’est pas arrêté là. Les parents ont demandé un rendez-vous avec la directrice (en l’occurrence moi ! ). Le père a été de nouveau très agressif, j’ai même dû lui demander de me parler autrement faute de quoi, je devrais mettre en terme à cet entretien. Ce dernier voulait qu’on lui garantisse que son fils irait aux toilettes dans la seconde où il le souhaitait ! Il a même fini par écrire au recteur pour lui en parler et bien sûr, mon IEN m’a demandé un écrit afin de lui expliquer la situation. J’ai encore passé 2 heures dessus et lui ai demandé de me faire une copie du courrier qu’il enverrait à cette famille. Je n’ai bien sûr jamais rien reçu !

D’autres sont venus dans ma classe pendant que j’accueillais mes élèves le jour de la rentrée pour se plaindre de la classe dans laquelle était leur fille. J’ai eu beau leur expliquer que le moment était mal choisi et les raccompagner en laissant ma classe, j’ai quand même eu du mal à fermer le portail que la mère bloquait. J’ai bien senti que le moindre contact avec elle pouvait déclencher une agression physique de sa part… Et après, j’ai dû retourner accueillir mes élèves comme si de rien n’était.

Sans parler de la mise en place des nouveaux rythmes avec des adjoints au maire qui enregistrent les réunions sans nous le demander mais qui coupent pour critiquer les parents…

L’aide administrative qui va au collège pour signer son nouveau contrat et à qui on annonce qu’en fait, c’est pour lui dire que c’est fini et pour lui donner les papiers pour Pôle emploi…Bien sûr, sans prévenir ni l’inspection, ni l’école, ce qui fait qu’il n’y a pas de secrétaire à la rentrée… Et là, le conseiller pédagogique de me dire : « Ça fait longtemps que je ne m’en offusque plus, sinon je ne pourrais pas continuer ».

Un inspecteur qui nous laisse nous débrouiller avec un enfant violent et en grande souffrance dans le système scolaire alors que les gendarmes sont venus, que je l’ai récupéré dans ma classe de CM1 alors qu’il était en CM2 avec des stagiaires…
Et là, je me suis dit que je n’avais pas envie que toutes ces choses deviennent normales pour moi. Je n’avais pas non plus envie d’être le punching-ball des familles, de la hiérarchie, des partenaires, voire, parfois, des enfants ou des collègues.

Pour finir, une dernière qui va beaucoup vous faire rire : pendant que j’étais en arrêt maladie (non payée en tant que directrice au bout d’un mois car en fait, ce n’est pas un métier, c’est juste un petit truc à côté ! ), un collègue a été inspecté et a demandé à parler du burn-out. Voilà la réponse de l’inspecteur : « Oui, je connais bien le sujet, j’ai un ami qui en soigne de plus en plus. Moi, chez les institutrices de plus de 50 ans, j’appelle ça la ménopause pédagogique. ». Sans commentaire.

J’aurais encore des milliers d’exemples mais je vais m’arrêter là.

Le burn-out m’a permis de prendre conscience que tout cela n’était plus bon pour moi et qu’il était temps de passer à autre chose.

J’ai fait une formation de coaching l’année dernière et suis en disponibilité depuis le 1er septembre. J’ai créé une association qui a pour objet de favoriser l’épanouissement personnel et professionnel des individus. J’accompagne des enfants, des adolescents et des adultes. En même temps, je suis inscrite à la fac en deuxième année de Licence de psychologie afin d’améliorer encore mes accompagnements. Je ne sais pas si « les nécessités de service » me permettront de me remettre en disponibilité l’année prochaine mais je vais en faire la demande.

Je voulais juste, grâce à ces quelques mots, partager mes souffrances passées, avec mes collègues, et leur dire qu’ils ne sont pas seuls. Ils ne sont pas non plus coupables de ce dont la société les accuse et n’ont pas à porter sur leurs épaules les défaillances de l’institution.

Je remercie les 800 000 feignasses qui, je l’espère, vont permettre que la société française ait une meilleure vision du quotidien des enseignants au-delà des vacances et des grèves.

Et j’espère aussi que les politiques et les journalistes veilleront à mieux relayer la réalité plutôt que de continuer à diffuser, volontairement ou maladroitement, des croyances populaires qui sont fausses ; comme Jean-Jacques Bourdin, que j’estime beaucoup, l’a pourtant fait sur RMC le matin du 11 février 2015 et ça m’a profondément blessée.

Enfin, je voulais interpeler Madame La Ministre de l’Education Nationale afin qu’elle prenne conscience de cette souffrance grandissante dans ses rangs, essentiellement due aux inégalités de moyens sur le territoire, au manque de respect et de considération des enseignants par leur propre institution ainsi que par les usagers.

Vous pouvez être fiers de votre investissement, de votre métier, de ce que vous êtes et de ce que vous faites. Aux 800 000 Feignasses, j’adresse tout mon respect et toute mon admiration !

Ces élèves dont on se souvient

J’enseigne depuis 2002, et lors de cette première année d’enseignement, j’ai eu l’occasion de revoir le principal adjoint du collège où j’avais étudié. Je me disais qu’une dizaine d’années n’était pas un laps de temps bien long et je m’avance pour le saluer. Et là, il ne me reconnaît pas et s’en excuse :  » Vous savez, vous deviez être une élève sans problème, on ne se souvient que des cas difficiles à la longue « .
Cette phrase m’a profondément marquée, et je me suis promis d’éviter de tomber dans ce travers.
Cinq ans plus tard, je prends la direction d’une école et enseigne en CP. Au cours d’un apprentissage sur le genre des noms, on classe les articles, mais se pose le problème du fameux l’ qui ne donne pas d’indice. Après mûre réflexion, un (excellent) élève lève la main et me dit :  » C’est encore un de tes pièges, mais j’ai trouvé la solution !  »
Je lui demande de s’expliquer et de nous dire si c’est masculin ou féminin. Il me répond : « Junior « . Je cherche à comprendre et il m’explique :  » Chez le coiffeur, c’est masculin, féminin ou junior « … C’était sa réponse, il était fier d’avoir trouvé.
Je vous passe le fou-rire que j’ai piqué, la mine déconfite de l’élève qui pense avoir dit une grosse bêtise, moi qui le rassure en disant qu’il avait au contraire de l’esprit et que c’est bien d’avoir essayé. J’ai ajouté que je me souviendrais longtemps de ce moment, et que je saurais le lui rappeler à l’occasion.
L’an dernier, j’ai recroisé cet élève. On a discuté et il m’a dit : « Je suis sûr que vous vous en souvenez, hein ?  »
On en a ri ensemble.
Et j’ai l’impression d’avoir respecté ma promesse…
Collègues feignasses, quoi qu’on en dise, on marque toujours nos élèves, mais la réciproque est tout aussi vraie. Je râle, je m’épuise dessus, mais j’adore mon métier !

Petit Ours et les abeilles

Un soir, rentrant de la forêt tout pleurnichant,
Petit Ours assura qu’elles lui paieraient cher.
Arrivé au bercail, apercevant Maman,
En larmes il fondit, aux jupons de sa mère.

_ « Mais qu’as-tu mon petit ? déplora la fleuriste,
N’as-tu pas eu ton miel ? Mais que font les abeilles ? »
« Elles m’ont encore piqué, c’est pourquoi je suis triste,
Je n’ai pas eu mon miel, elles font toujours pareil ! ».

Maman ours agacée, consola son petit.
Pour sa consolation, lui promit dès demain
Des bonbons délicieux et des confiseries,
Une journée joyeuse dans son magasin.

Le lendemain midi, Petit Ours, bien content,
Partit rejoindre sa fleuriste de maman.
Que de surprises vit accrochées à ses dents !
De toutes les couleurs, de toutes les saveurs !
Petit Ours en mangeant, passa ainsi son temps
Au magasin gâté, la forêt délaissant.

Dans la forêt pourtant, s’empressaient les abeilles :
L’ourson viendrait chercher son miel aux teintes d’or !
Mais les jours s’écoulant, sans visite, esseulées,
Les ouvrières s’inquiétèrent de son sort.

_« Que va-t-il devenir, s’il ne se nourrit plus ?
Et que deviendrons-nous, s’il ne vient plus nous voir ? »
Bien vide est la forêt, les fleurs ne comptent plus,
Nos jours comme nos nuits sont plongés dans le noir ! »

Ainsi se lamentaient les mornes ouvrières
Dans un bourdonnement chagrin et douloureux,
Les fleurs que naguère butinaient ces dernières
Fanaient avec le temps, d’un pistil langoureux.

À la boutique encor, petit ours épaté,
Musardait en mâchant, éructant et souffrant.
Et maman s’inquiétait, devant son étal vide,
De la bonbonne voir le fond.

Mû par le bruissement du massif forestier,
Un renard soucieux traversa la prairie.
Quel ébahissement fut le sien quand il vit
La forêt sans bleuet, sans iris, sans pensée !

Il se dit qu’au village on devait avoir peur,
Car un monde sans fleurs est un monde qui meurt.
Il vit une fleuriste implorant son enfant,
De l’aider à chercher un nouveau rendement.

Ce dernier, nonchalant, pansu, ventripotent,
Râlait tout en soufflant qu’il avait bien le temps.
Renard qui s’offusqua de cet ours mal léché
Vint proposer son aide à cette infortunée.

_ « Merci monsieur Renard de me prêter secours !
Mon fils est bien malin mais les abeilles folles
N’ont su que le piquer dès qu’il s’en approchait,
De cesse elles n’avaient de rehausser leur miel. »

À ces mots, Renard comprit que prairie sans fleurs
Résulte de l’enfant que l’on nourrit de leurres.
Sachant que sans raison ne piquent les abeilles,
Il dit à la maman ce précieux conseil :
_« Apprenez-lui à grimper, soignez ses piqûres,
Du miel qu’il convoite soutenez la gageure ! »