Ben moi j’aimerais vous dire que c’est une véritable thérapie ce groupe ! MERCI BEAUCOUP !!! On se sent moins seule et on rigole même du plus pénible. Et oui parfois se plaindre fait du bien et prendre tout au second degré c’est génial. Ça fait relativiser. On nous tire assez dans les pattes pour ne pas le faire entre nous. Alors continuez à vous plaindre, à blaguer et à nous faire aimer ce groupe !!!

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Le jour se lève. La lune traîne encore un peu dans le ciel, elle ne veut pas retourner dans ses pénates. Elle sourit encore très légèrement, d’un œil goguenard. Vos paupières sont encore toutes ensommeillées et les discours à la radio ont quelque peine à pénétrer votre cerveau. On reconnecte délicatement les neurones, grâce au réseau sans fil bourré de théine. La journée devrait être sympa, vous n’êtes pas énervée dès le réveil. Ce petit regain d’espoir vous redonne de l’énergie et vous partez au boulot d’un pas alerte, l’esprit léger.
Un matin qui s’avère relativement lent finalement. Vos élèves ont les yeux vitreux, leur regard s’est un peu perdu. Ils écoutent, sages, et sont, pour une fois, plutôt efficaces. Mais calmes. Un peu trop calmes. Vous sentez que quelque chose cloche, et pourtant vous ne mettez pas le doigt dessus. Une tentative de motivation à la Full Metal Jacket : « Réveil, bande de feignasses ! » Non, ça en réalité vous ne pouvez pas le dire parce que sinon vous auriez la police en civil de l’Education Nationale qui viendrait vous taper sur les doigts avec une règle en fer pour traumatisme à vie d’une génération entière de gamins. Après, donc, un « Allez, les enfants, on se réveille, s’il vous plait, sinon, on va finir par s’ennuyer et c’est vraiment pas drôle de s’ennuyer en classe, hein ? C’est pas drôle. » La matinée commence à s’accélérer et les enfants se secouent un peu le poil, s’ébrouent subrepticement.

Au cours de la pause méridienne, pendant l’aide personnalisée (oui bon le soutien, appelons un chat, un chat) les individus qui vous servent de disciples ont une légère tendance à l’excitation. La faim doit les tirailler (comme vous d’ailleurs) mais cela ne se traduit pas de la même manière. Votre abattement se révèle plus puissant au fur et à mesure que leur tension augmente. Ils donnent l’impression de fauves en cage.

Retour de cantine, les cris pullulent dans toute la cour de récréation. Des cris qui se font de plus en plus furieux, stridents ; les courses plus rapides prennent la forme d’une chasse entre un guépard et une antilope. Les plus petits jouent les fanfarons mais les vieux briscards de CM2 ne leur laissent aucune chance. Juste avant la sonnerie qui devrait les sauver, plusieurs spécimens sont à terre, blessés, perdus pour le restant de la journée.

De votre côté, la fatigue vous sarcle et vous empêche de réagir promptement et calmement. Les élèves peu à peu se muent en fauves très sauvages pour lesquels chaque objet devient un nouvel outil de torture pour vos oreilles. Ils sont pires que des loutres ayant découvert qu’on pouvait casser une noix sur une pierre. Vos paroles sont lettres mortes. Vos explications ne peuvent même plus sortir de votre bouche sans être interrompues par un flot de sons incompréhensibles.

Dans toute la classe, les chaises se transforment en lianes servant à se balancer. Vous utilisez pourtant leur propre langage visuel pour faire entrer les connaissances dans leurs cerveaux. Un écran. Mais rien n’y fait. Le calme ne s’installe pas. Seule solution pour rompre l’excitation et vous empêcher d’appeler la SPA : une histoire. Le calme revient peu à peu, mais vous devez ajouter à votre récit, des mimiques, du jeu théâtral, un véritable one-woman-show, pour maintenir leur attention. Épuisant en fin de journée.

La sonnerie vous sauve. Les fauves quittent le navire en hurlant et en se bousculant, comme s’ils n’avaient pas vu la lumière depuis des lustres. Le goûter se déroule sous des auspices bien chamboulés. Et l’heure d’étude qui suit n’est qu’un enchaînement de petits cris et “d’égosillements” d’élèves qui ne parviennent pas à calmer leurs ardeurs. Épuisée, vous finissez par menacer, quinze fois d’affilée, parce que maintenant, punir ou sanctionner, c’est mal. En perte totale de crédibilité, vous relâchez finalement le troupeau à 18h. Lessivée, vidée de toute l’énergie vitale qui vous avait tenu compagnie dans la matinée…

Les questions affluent : mais qu’ai-je donc bien fait qui les a poussés à cette transformation ? Pourquoi ne parviennent-ils pas à se maîtriser plus d’une matinée ? Vous pourriez puiser dans toutes les pédagogies alternatives qui vous donneraient des réponses claires et simples, mais c’est en regardant le ciel à travers vos volets que vous comprenez enfin. Vous comprenez pourquoi l’agitation des élèves était inversement proportionnelle à votre épuisement.

Des loups-garous ; oui vos élèves étaient en train de se transformer en loups-garous. Ce soir, c’est la pleine lune. Pratique non ?

NDLR : La rédaction tient à vous rassurer, ça ne se passe presque pas comme ça. Presque pas.

Anne Larrègle

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Le pire du pire. Il y a une dizaine d’années. J’étais professeur d’arts appliqués en lycée professionnel classé violence et je reprenais le travail après deux ans d’absence pour me soigner d’un cancer. La reprise a été rude. J’ai comme il se doit et par solidarité, hérité d’une classe (entre autres) trop difficile pour que mon collègue les suive deux années consécutives. Pour lui comme pour moi, l’horreur innommable. Une classe de Bac Pro comptables (cette formation n’existe plus). 35 élèves dont quelques caïds de cité en huitième heure de cours. Pour bien faire huit heures d’enseignement général, donc huit heures de cours non dédoublées consécutives à 35 !!!

L’enfer, autant pour les élèves que pour les profs. L’année passe tant bien que mal. Les quelques filles ont souffert autant que moi. Dont une certaine Myriam, qui voulait réussir, se défendait contre les garçons et faisait preuve d’une agressivité sans pareille qu’elle ne pouvait doser avec le prof. On est pédagogue, on comprend, on veut que l’élève réussisse coûte que coûte, on met de l’eau dans son vin, et on fait avec.

L’année suivante je n’ai plus cette classe, mais un jour cette élève avec laquelle les relations avaient été toujours très tendues me salue de son plus beau sourire et me dit : “Bonjour madame”; je lui renvoie son salut ! J’étais très très étonnée, ce “bonjour madame” me semblait très très bizarre ! Effectivement une semaine plus tard, alerte disparition inquiétante tout azimut, presse, TV, facebook. Je n’enseignais plus dans cette classe, et les élèves en stage ont été convoqués par la police au lycée puis conduits au commissariat et interrogés les uns après les autres. Puis ce fut le tour des professeurs qui devaient justifier de leur emploi du temps. Cela a duré une semaine.

Le vendredi soir suivant, la police m’appelle chez moi, en mettant les petits plats dans les grands et me demande si je voulais bien venir d’urgence au commissariat le samedi matin. Je m’y rends et suis prise avant la collègue qui attendait son tour. Je ne sais pas pourquoi on me convoque. Et puis on me demande ce que je pense “moi” de cette disparition, si cette jeune fille pourrait avoir des tendances suicidaires etc…On n’a toujours pas retrouvé le corps… On me dit aussi que les élèves (finalement ils m’aimaient bien) avaient parlé de moi à la police et que c’est pour cette raison qu’ils souhaitaient s’entretenir avec moi. Ce n’était pas un interrogatoire. J’ai dit ce que j’avais à dire, que cette élève n’avait aucune tendance suicidaire, qu’elle était une battante et voulait absolument s’en sortir et qu’elle y arrivait.

Le grand chef, très courtois, me raccompagne à l’ascenseur, me porte mon sac (!) et me dit :

votre métier est plus difficile que le nôtre, parce que nous on a la répression!

Je me souviendrai toute ma vie de cette remarque qui finalement m’avait fait du bien ! Le samedi ou le dimanche matin, dans le journal local, un communiqué de la police indiquait que le corps de Myriam avait été retrouvé, entièrement nu dans un des bras du Rhin du côté allemand (j’habite à trois kilomètres de la frontière près de ce Rhin)… et qu’il s’agissait vraisemblablement d’un suicide. Ils avaient déjà retrouvé le corps lorsqu’ils m’ont convoquée ! Nous ne le savions pas. Aucun d’entre nous n’a jamais cru à cette version de l’enquête. D’autant que l’un de nos collègues, professeur de navigation fluviale et ancien capitaine de la gendarmerie fluviale, nous a expliqué, pour avoir sorti de l’eau des centaines de cadavres, qu’une personne qui se suicide ne se déshabille jamais. Ce collègue a choisi l’enseignement après une carrière dans la gendarmerie, parce qu’il s’est vu totalement indifférent devant le désespoir de deux parents découvrant le corps de leur enfant noyée, et qui voulaient aussi se jeter à l’eau.

C’était il y a une dizaine d’années ! Aujourd’hui je suis professeur documentaliste dans un collège. Cette “anecdote” a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. C’est le cas de le dire. “Ainsi va la vie, ceux qui restent ont toujours raison ! Ainsi va la mort, les absents ont toujours tort !” Nous ne connaîtrons jamais la vérité. Voici une des petites histoires de ma besace de prof. Un métier que j’aime par-dessus tout ainsi que mes élèves, mais difficile à vivre et qui vous use jusqu’à la corde…

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L’année de la présumée fin du monde à venir (21.12.2012) une de mes élèves m’a dit : “Madame !!!!! Si c’est vraiment la fin du monde alors j’aurai passé toute ma vie à l’école !!!!! 😮”

Oh merde, moi aussi…

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Ce matin quand le réveil a sonné à huit heures, j’ai soudainement bondi comme une furie, prête à prendre ma douche en quatrième vitesse, hurlant à tout vent : « P… je suis à la bourre, mais mince quelle andouille, je vais être en retard. » Réponse de l’amoureux : « Mais pourquoi ? ». Moi : « Ben c’est ma pré-rentrée, je prends à neuf heures, roooh zuute… ». Lui encore, voix ensommeillée : « On est dimanche, c’est moi qui doit me lever, pas toi. » Soulagement, retour dans le lit chaud comme si c’était la dernière merveille du monde, le cocon et la douceur absolue, comme dans les pubs, sourire de satisfaction accroché aux oreilles !
« Chérie, j’ai enfin trouvé pourquoi Einstein n’avait pas tout à fait raison dans sa théorie de la relativité. Ma découverte va changer la face des sciences. Dieu sait que j’en ai passé du temps sur cette recherche ! Mes efforts sont enfin récompensés ! Les étudiants vont m’aduler à présent. » « Oui mon chéri, dors. Tu as juste fait un autre rêve comme durant toute la semaine. N’oublie pas, ce n’est que demain la rentrée et le laboratoire du lycée n’est pas encore réparé. Allez dors. »
Cri dans la nuit, main à la gorge, yeux exorbités, sueurs froides. Une impression fugace d’avoir perdu toute son énergie. « Que se passe-t-il mon amour ? ». « Ils m’ont encore trouvée, vérifie s’il te plaît, je suis sûre qu’ils ont encore atteint leur but. Et leurs yeux, si tu avais vu leurs yeux. Et ce teint livide, morts mais vivants. », « Écoute, il faut quand même que tu parviennes à t’apaiser par rapport à ça. Je te le redis : tu n’as aucune marque dans le cou. Tes élèves ne sont pas des vampires. »
« Et donc, là, l’élève m’a répondu : « Et la vieille, si tu me lâchais un peu. » [blabla]. Je te raconte pas comment le cours de mon collègue s’est déroulé. Un flop complet, toujours à cause de Chaprot. Mais on ne peut pas le virer du collège parce que sinon il n’a plus aucun établissement où aller…[blabla]. Et le principal m’a affirmé que …[blabla]. Parce que d’un autre côté, je crains qu’ils n’aient pas le niveau pour comprendre cette œuvre…[blabla]. Pourtant j’ai passé du temps sur la préparation, mais ils ne s’intéressaient à rien, j’avais l’impression de parler dans le vide, tu sais comme quand [blabla] ». « D’accord ma chérie, mais si tu me laissais le temps d’accrocher mon manteau, de m’asseoir, de t’embrasser, avant de me raconter ta journée au collège, hein ? Si tu décrochais quand tu rentres à la maison ? Non ? »
« Tiens, ça me fait penser à mon élève Chaprot, tu sais celui dont je t’ai parlé. La fois où il a dessiné ce magnifique paysage, tu sais, je t’en avais parlé. Qu’est-ce qu’il était doué, je vais le regretter. ». « Oui, mais là, tu es sur une île de la Méditerranée, pendant les vacances, avec ta famille, tes amis. Alors oui, la mer est belle mais je ne vois pas en quoi elle peut te rappeler un de tes élèves qui avait dessiné ses vacances dans les Alpes. »
Je ne comprends pas. J’ai mal à la gorge, je dors mal, je me sens faible. J’ai le crâne en vrac, j’ai mal au ventre. Je ne respire pas très bien. J’ai des angoisses, je fais des cauchemars. Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourtant les vacances étaient bien, je devrais être en forme. « Non, tu ne peux pas être en forme parce que dans une semaine, c’est la rentrée ! ». Argument implacable.
Et après, on dira que les profs ne sont pas sérieux, qu’ils ne prennent pas leur boulot à cœur et qu’ils font toujours ça en dilettante.

Anne Larrègle

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Nous sommes toujours dans les années 90. Le service social a fait passer une note dans chaque cellule : Georges Moustaki donnera un concert à la prison dans 3 semaines. La salle utilisée pour ce type d’activités est la chapelle. On y assiste plutôt à la messe ou à des conférences, rarement à des concerts. C’est un événement, et les demandes affluent. L’administration pénitentiaire social submergé nous demande de faire un tri parmi nos élèves pour en éliminer certains dont le comportement justierait leur éviction. 

Il n’en est pas question ! D’une part, les détenus en classe ne posent jamais aucun problème, d’autre part, nous ne nous octroyons pas le droit de faire ce genre de tri. Il y a environ 150 places à la chapelle Elle se présente comme un petit amphithéâtre de fac, avec une scène en bas, et des gradins en bois pour les spectateurs. Au début du vingtième siècle, chaque détenu qui assistait à la messe était placé dans une boîte cubique d’ 1,20 mètre d’arrête, avec 2 trous au niveau des yeux. Ils ne devaient pas voir les autres. Pour les déplacements en groupe, ils étaient cagoulés. Les boîtes et les cagoules ont heureusement disparu ! 

Notre refus enregistré, l’administration a plusieurs critères de sélection à sa disposition : elle écarte les DPS (détenus particulièrement surveillés ), les interdits de communiquer, ceux qui ont à leur actif une tentative d’évasion, une agression sur un autre détenu ou sur un surveillant, ceux qui ont trop souvent des rapports d’incident. Ça en élimine déjà une bonne partie. Après, chaque chef de division a ses propres critères plus ou moins valables pour faire sa liste définitive. Durant la semaine précédant le concert, quelques uns de nos élèves se plaindront d’avoir été écartés sans motif. Malheureusement, nous ne pouvons rien faire. C’est une des frustrations de notre métier : nous sommes fonctionnaires comme les surveillants, mais nous sommes accueillis dans leur locaux et ne pouvons pas intervenir dans leurs décisions ni leur façon de traiter les détenus. Nous devons faire abstraction des injustices dont nous sommes témoins parfois (je dis bien parfois, je ne généralise pas ). On appelle ça le devoir de réserve. 

Le grand jour arrive. C’est un vendredi après-midi, ce qui permet aux collègues qui le souhaitent d’y assister. J’en fais partie. 

Georges Moustaki vient gratuitement, et sans publicité extérieure, c’est la condition pour ce type de manifestation.

13 heures 45, nous entrons en premier. Les surveillants sont sur les dents : 150 détenus dans une salle, pourvu qu’il n’y ait pas d’incident ! 

Un gradé dirige la manoeuvre : première division aux 4 premiers rangs, deuxième division derrière eux, troisième division au fond. Et on se tait tant que ça n’est pas commencé ! 

Les musiciens s’installent, Moustaki arrive dans un tonnerre d’applaudissements. 

Je me disais avant le spectacle, un concert de Moustaki, c’est bien, mais ça doit manquer de dynamisme ! Hé bien non, j’avais complètement tort. Les chansons s’enchaînent, les détenus se déchaînent, l’ambiance est extraordinaire ! Moment d’émotion quand Georges leur demande de chanter avec lui “ma liberté “. Certains sont en larmes. 

Et ça reprend de plus belle, les surveillants commencent à s’agiter car on a déjà une demi-heure de retard. Finalement, le métèque conclura ce beau moment 3 quarts d’heure après l’heure prévue. 

Nos élèves nous reparleront de cet après-midi avec délice, et moi, j’en garde un souvenir impérissable.

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Petite anecdote : Je suis T1 en reconversion professionnelle et je revois hier une ancienne collègue. Elle me demande : “Alors ces vacances avec les enfants ?
Moi : Jusqu’à aujourd’hui le petit était chez la nounou et la grande chez sa grand- mère pour pouvoir bosser tranquillement.
Elle : Mais tu bosses pendant les vacances ?
Moi : Oui, je prépare ma prochaine période.
Elle : Ah bon ! C’ est pas l’Éducation Nationale qui envoie ce que vous devez faire ?”
Je ne pensais pas que la méconnaissance du métier pouvait aller aussi loin…

Vernata Stéfanie

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Depuis la 5ème, je savais que je voulais être prof.

J’hésitais entre anglais et français. Je suis donc prof d’anglais depuis 16 ans. Essentiellement TZR, avec parfois des compléments de service. J’ai tout fait de la 6ème segpa au BTS, en passant par l’EREA, le lycée pro, etc… Ce que je constate surtout, c’est une dégradation des conditions de travail depuis bientôt 10 ans, je dirais.

Je ne suis pas statisticienne, ni sociologue, mais j’ai le sentiment qu’on est de moins en moins d’adultes pour encadrer les enfants. Donc forcément, la charge de travail est décuplée pour chacun. Surtout qu’on ne peut pas jeter l’éponge et dire “tant pis, moi je fais juste le minimum et basta !”. On ne peut pas, parce que pour nous, les élèves ne sont pas non plus des statistiques, mais de jeunes humains en pleine formation, et qu’on ne peut pas ne pas être là pour eux.

Ce métier est passionnant car c’est quand même un métier très créatif (en tout cas pour moi, dans ma matière). On peut faire ce qu’on veut, du moment qu’on sait dans quel but pédagogique on le fait. Mais pour cela, il a aussi fallu se former: un des côtés très chronophage de ce métier, c’est l’obligation d’être autodidacte, de s’auto-former en permanence. C’est aussi ce qu’il y a de plus riche, et en tant que profs, nous sommes sûrement nombreux à avoir aimé l’école, avoir adoré apprendre. Mais il n’empêche que cela prend un temps fou. Ce qui pourrait ne pas être grave, car ce temps passé nous enrichi…

Pourtant je dois dire qu’à un moment, j’apprécierais assez aussi que l’enrichissement ne soit pas que spirituel, mais un peu plus sonnant et trébuchant.

Pourquoi ? Parce qu’effectivement, loin de ne passer que 18 heures à travailler, c’est souvent au moins 40h les petites semaines, voire largement plus, souvent. Et pendant les vacances ? Et bien la petite machine à faire des cours ne s’arrête jamais. On y pense tout le temps finalement. On passe du temps à gérer les nouvelles technologies pour pas un rond de plus : en anglais, on utilise volontiers MP3, ipad, etc… Mais tout cela, ça demande un boulot monstre à gérer. Et ce temps n’est jamais comptabilisé. Une fois, j’ai quand même eu la surprise d’une double paye au mois d’août. Je pensais que c’était une erreur…C’est là que j’ai appris l’existence d’une sorte de cagnotte occulte (j’étais membre du CA, on n’en a jamais évoqué l’existence !) que le chef d’établissement pouvait distribuer, selon son bon vouloir, apparemment. J’avais fait un projet Comenius, et une expérimentation avec les MP3, donc j’ai eu de la chance d’être, pour une fois, payée (Comenius : je ne compte même pas le temps passé !!! Impossible). Mais cela vient comme une sorte de grâce princière, au lieu d’être simplement un dû pour un travail effectué par une personne compétente.

Et c’est ça qui me gêne de plus en plus : nous sommes (dans la grande majorité je pense) hautement compétents, impliqués, et finalement ce n’est pas reconnu. Cela peut l’être dans nos réunions de spécialistes (réunions entre profs geeks style cyberlangue, dans les moocs, les webinaires, les séminaires eTwinning…On se crée un réseau, dans lequel on est enfin reconnu). Je ne voudrais pas donner l’impression que c’est l’argent qui serait ma motivation, car vraiment au départ ce n’est pas cela, loin de là.

Mais dans cette société mercantile de consommation, tous les gens, comme nous qui bradons nos compétences, ne sont pas du tout considérés.

D’où la possibilité pour des gens à l’ignorance crasse de dire des énormités comme l’allusion au travail 6 mois dans l’année. Par ailleurs, on nous impose sans cesse des réunions stériles et sans autre but que de passer le temps, car nous devons des heures…Je dois des heures passées à glander, à me tourner les pouces, les fesses scotchées à une chaise en regardant l’heure tourner ? Mais à quoi ça rime ? La plupart de ces réunions ne servent à rien et pourraient être remplacées par un simple document de travail collaboratif où chacun rapidement donnerait son avis….

C’est ce qui est le plus pesant : savoir que l’on a tant de choses à faire, et perdre son temps à ne rien faire ! Juste navrant. Nous sommes des gens de terrain, tous les jours on est dans le concret, on cherche, on tâtonne, on se trompe, on a des réussites, des échecs, on recommence, on apprend à nos élèves, on apprend de nos élèves. Ce qui serait bien, c’est que le talent qui s’exerce tous les jours dans les classes soit reconnu et apprécié. Et ça, je pense que c’est aussi quelque chose qu’on doit faire nous- mêmes, ne pas attendre la petite tape sur la tête de félicitation. Je tourne beaucoup, et je vois plein d’initiatives super, partout. Je suis hyper fière de faire partie de ce milieu car il est très riche.

Alors il faut aussi qu’on fasse notre com, qu’on valorise nos initiatives, nos idées, nos projets, tous les trucs super chouettes qu’on fait pour nos élèves et avec eux. Qu’on partage entre nous, qu’on crée des liens entre nous. Qu’on élargisse le réseau, qu’on montre ce qui marche, qu’on réfléchisse ensemble quand ça ne marche pas, sans jugement mais avec bienveillance. Il y avait des slogans “I’m black and I’m proud”, et bien on devrait montrer à quel point on est talentueux, ingénieux, créatifs, intelligents, etc…

“Prof, et fière de l’être!”

Euriell

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Petit souvenir de feignasse.
Feignasse de nuit. Un jour, je rends les copies de brevet blanc de français (genre la copie il te faut bien 30 minutes au moins pour la corriger quand tu débutes, tu multiplies ça par 27 élèves, et tu remercies les feignants qui n’ont pas répondu à toutes les questions ; t’as presque envie de leur filer un joli point bonus avec des petits cœurs pour t’avoir évité 30 minutes de boulot chez toi, le soir, alors que t’aurais pu glander devant un programme débile à la télé). Un élève, l’air perplexe, lève la main et me demande :
-“Madame, vous avez corrigé les copies tard le soir, non ?
– Euh, oui, pourquoi ?
– Parce que vous n’avez pas fini d’écrire mon appréciation !”

Je m’étais carrément arrêtée au milieu d’un mot et d’une phrase… Trop feignasse pour finir, bien sûr ! 😉

Silvia Hannoyer-Legrand

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Bonjour ! J’ajoute ma petite anecdote : avant de me lancer dans la grande aventure du CAPES je suis partie à Mayotte en tant que contractuelle ( je voulais d’abord voir si ce métier me plaisait avant de m’engager pour une belle carrière)… C’était l’année où Mayotte devenait un DOM. Un élève m’a demandé : “Mais madame, si maintenant Mayotte c’est français, alors on va avoir de la neige ???!!!”…

Eléonore Von Meadow

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