Chronique 2 : Et après, on dira que …

Ce matin quand le réveil a sonné à huit heures, j’ai soudainement bondi comme une furie, prête à prendre ma douche en quatrième vitesse, hurlant à tout vent : « P… je suis à la bourre, mais mince quelle andouille, je vais être en retard. » Réponse de l’amoureux : « Mais pourquoi ? ». Moi : « Ben c’est ma pré-rentrée, je prends à neuf heures, roooh zuute… ». Lui encore, voix ensommeillée : « On est dimanche, c’est moi qui doit me lever, pas toi. » Soulagement, retour dans le lit chaud comme si c’était la dernière merveille du monde, le cocon et la douceur absolue, comme dans les pubs, sourire de satisfaction accroché aux oreilles !
« Chérie, j’ai enfin trouvé pourquoi Einstein n’avait pas tout à fait raison dans sa théorie de la relativité. Ma découverte va changer la face des sciences. Dieu sait que j’en ai passé du temps sur cette recherche ! Mes efforts sont enfin récompensés ! Les étudiants vont m’aduler à présent. » « Oui mon chéri, dors. Tu as juste fait un autre rêve comme durant toute la semaine. N’oublie pas, ce n’est que demain la rentrée et le laboratoire du lycée n’est pas encore réparé. Allez dors. »
Cri dans la nuit, main à la gorge, yeux exorbités, sueurs froides. Une impression fugace d’avoir perdu toute son énergie. « Que se passe-t-il mon amour ? ». « Ils m’ont encore trouvée, vérifie s’il te plaît, je suis sûre qu’ils ont encore atteint leur but. Et leurs yeux, si tu avais vu leurs yeux. Et ce teint livide, morts mais vivants. », « Écoute, il faut quand même que tu parviennes à t’apaiser par rapport à ça. Je te le redis : tu n’as aucune marque dans le cou. Tes élèves ne sont pas des vampires. »
« Et donc, là, l’élève m’a répondu : « Et la vieille, si tu me lâchais un peu. » [blabla]. Je te raconte pas comment le cours de mon collègue s’est déroulé. Un flop complet, toujours à cause de Chaprot. Mais on ne peut pas le virer du collège parce que sinon il n’a plus aucun établissement où aller…[blabla]. Et le principal m’a affirmé que …[blabla]. Parce que d’un autre côté, je crains qu’ils n’aient pas le niveau pour comprendre cette œuvre…[blabla]. Pourtant j’ai passé du temps sur la préparation, mais ils ne s’intéressaient à rien, j’avais l’impression de parler dans le vide, tu sais comme quand [blabla] ». « D’accord ma chérie, mais si tu me laissais le temps d’accrocher mon manteau, de m’asseoir, de t’embrasser, avant de me raconter ta journée au collège, hein ? Si tu décrochais quand tu rentres à la maison ? Non ? »
« Tiens, ça me fait penser à mon élève Chaprot, tu sais celui dont je t’ai parlé. La fois où il a dessiné ce magnifique paysage, tu sais, je t’en avais parlé. Qu’est-ce qu’il était doué, je vais le regretter. ». « Oui, mais là, tu es sur une île de la Méditerranée, pendant les vacances, avec ta famille, tes amis. Alors oui, la mer est belle mais je ne vois pas en quoi elle peut te rappeler un de tes élèves qui avait dessiné ses vacances dans les Alpes. »
Je ne comprends pas. J’ai mal à la gorge, je dors mal, je me sens faible. J’ai le crâne en vrac, j’ai mal au ventre. Je ne respire pas très bien. J’ai des angoisses, je fais des cauchemars. Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourtant les vacances étaient bien, je devrais être en forme. « Non, tu ne peux pas être en forme parce que dans une semaine, c’est la rentrée ! ». Argument implacable.
Et après, on dira que les profs ne sont pas sérieux, qu’ils ne prennent pas leur boulot à cœur et qu’ils font toujours ça en dilettante.

Anne Larrègle

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