Une autre journée de glandouille

Aujourd’hui, je glande à la MAF (maison d’arrêt des femmes) et à l’hôpital pénitentiaire.
Une heure 30 de route pour faire mes 35 km, j’arrive sur le domaine de la prison. Je passe devant le quartier des hommes : Tiens, les pompiers ! Sans doute un suicide ! Ça sera le trente cinquième de l’année … Pourvu que ce ne soit pas un de mes élèves !
Je continue jusqu’à la MAF. Je m’apprête à sortir de ma voiture quand j’aperçois des gyrophares qui approchent. Des policiers cagoulés, armés jusqu’aux dents, sortent du premier véhicule. L’un d’eux vient vers moi, me braque avec sa mitraillette, et m’ ordonne de ne pas bouger. J’ai compris, une basque est extraite pour une visite chez le juge anti-terrorisme. Il faut attendre qu’elle soit sortie. Vingt minutes s’écoulent et je peux enfin essayer d’entrer. Passage par le sas. La surveillante ne me connaît pas. Je n’ai pas mon laissez-passer, car chez les hommes, j’ai un numéro enregistré sur un registre, c’est plus rapide. Elle appelle la détention pour savoir si mon intervention est bien programmée. C’est bon ! Je peux y aller. Deux grilles plus loin, je suis en détention, je prends la clé de la salle au bureau du chef, je demande mes élèves à la surveillante du rez-de-chaussée, et je vais m’installer. Les élèves arrivent une par une. Nous sommes dans une petite structure (100 détenues environ, pour 2500 hommes à côté), donc la discipline est moins stricte. En revanche, j’ai tous les niveaux en même temps. 12 élèves, 5 niveaux différents. Pédagogie différenciée, je dirais même individualisée. Et les peines étant très variables (de quelques semaines jusqu’à perpétuité), il faut aussi s’adapter à ce facteur. De plus, avec les femmes, il faut faire attention aux animosités : certaines sont mises à l’écart et on ne sait pas toujours pourquoi. Là, j’en ai une qui me dit en arrivant qu’elle n’est pas très bien car c’est le jour anniversaire de la mort de ses 2 enfants. J’apprendrai que c’est elle qui les a tués … Le cours de maths se passe bien. Les trois basques qui ont un très bon niveau aident les autres, l’ambiance de travail est excellente.
A 11h30, fin du cours, je vais rejoindre mes collègues au mess. J’apprends que le suicidé du matin est un de nos élèves : 25 ans, première incarcération, petite peine, mais il n’a pas supporté la détention. Journée de merde !
L’après-midi, je glande à l’hôpital pénitentiaire, le seul en France. J’ai un numéro d’entrée (pas le même qu’au grand quartier, ce serait trop simple), ça va assez vite. Ici, je donne un cours d’initiation à l’informatique, pour 5 détenus maximum. J’ai une petite salle à l’étage du bâtiment administratif. Les élèves arrivent un par un : les 2 premiers avec des béquilles (un accident de sport et une balle dans la jambe), le troisième est en fauteuil roulant, le quatrième est en phase terminale du sida (il lui reste quelques semaines à vivre), et le dernier a une tumeur maligne au cerveau. L’ambiance est décontractée, les élèves sont contents d’être là, c’est leur seul moment de détente de la semaine, avec le cours de français donné par un de mes collègues. Le reste du temps, ils cumulent prison et hôpital, c’est un peu dur.
16h30, il faut se quitter.
Encore une belle journée à ne rien faire.

 

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