Petit moment mignon

J’étais au début de ma carrière d’enseignante.

Après plusieurs années en SEGPA (où j’ai vécu une expérience forte et enrichissante comme beaucoup d’enseignants qui sont envoyés en début de carrière dans des postes un peu particuliers ou difficiles), j’obtiens un poste provisoire en école maternelle avec une classe de moyenne section.

L’année se déroule merveilleusement bien, avec de nouvelles découvertes et une équipe formidable. Voilà la fin de l’année qui se profile et je sais que je vais changer d’école. Le dernier jour arrive et celui-ci est accompagné de grisaille et de pluie en plein mois de juin.

16h30: le moment des séparations arrive. Quand arrive l’heure des parents, je croule sous les au revoir, les remerciements et les petites attentions en tous genres. Et alors l’émotion que je contenais depuis le matin, avec cette drôle de petite boule au ventre qui m’avait accompagnée toute la journée laisse échapper quelques larmes sur mon visage. Eh oui, je pleure de quitter ces loulous que j’avais accompagnés durant une année!

Il ne faut pas oublier que derrière une feignasse se cache parfois un cœur qui s’attache à ces petits humains… J’essaie de cacher mon trouble et mes larmes mais les petits sont très perspicaces pour ressentir nos sentiments et alors que les parents semblent ne pas s’en apercevoir, une de mes petites élèves s’approche de moi, me prend la main et me dit, avec un mélange d’émotion, d’étonnement et d’admiration :
« Oh ! Maîtresse ! Il pleut dans le ciel comme il pleut dans tes yeux ! »
Et je lis dans ses yeux qu’elle est persuadée que le temps de la journée et mon humeur du jour étaient liés.

Eh oui ! Feignasse mais fée-gnasse aussi toujours un peu dans les yeux de nos loulous.

Et maintenant ? Je suis heureux, c’est tout.

Pour un premier témoignage, je vais faire simple : une présentation et pourquoi j’aime ce job. Je ne travaille dans l’Éducation Nationale que depuis 4 ans, bien que j’en aie bientôt 36…

Auparavant, j’étais enseignant-chercheur à la fac de sciences de la vie et de la santé de Bordeaux. Cet ancien job, je l’aimais beaucoup. Mais après moult péripéties, j’ai eu besoin de changer d’air, de m’aérer l’esprit. J’ai donc décidé de démissionner et de me lancer dans l’aventure CRPE. Mais pas par hasard hein !?

En fait, j’ai toujours voulu être « maître » : quand j’étais môme je passais des heures dans les toilettes à faire la classe à de minuscules amis imaginaires… Hem… J’étais déjà un peu dérangé… Pour revenir à nos moutons, j’ai utilisé mes droits au chômage pour m’enfermer dans mon studio (hé oui, un chercheur ça gagne pas tant que ça non plus) et bachoter le concours. Et le plus naturellement du monde, je l’ai eu.

Rentrée suivante, je fus mis en poste à temps partiel en… maternelle ! Alors là, je ne m’y attendais pas du tout ! Grosse panique ! Finalement, je me suis éclaté toute l’année, un vrai régal. Rentrée encore suivante : poste de brigade et titularisation. J’en profite pour demander à l’inspection une reconstruction de carrière (7 ans de recherche quand même…). Quelques mois plus tard, une jolie lettre m’annonce qu’ayant été inactif pendant 366 jours entre ma démission de la recherche et mon entrée dans l’EN, on ne tiendra pas compte de mes années précédentes. Hé oui, il paraît que le maximum d’arrêt entre les deux contrats était de… 365 jours ! Hihihi ! Je crois que je devrais jouer plus souvent à la loterie. Bref ! Première déconvenue : dans l’EN, autant que dans la recherche, on prend les gens pour des pions, rien d’autre.

Non ! Ce n’est pas possible, je dois me tromper, me dis-je ! Mais non… L’année suivante, j’obtiens un poste à titre définitif dans l’école… de mon enfance ! Joie et bonheur m’envahissent. Sentiments rapidement mis à mal dès le deuxième jour de la rentrée : dans ma classe de CM2, deux enfants précoces avec troubles du comportement (dont un ultra violent, qui saute une classe et est nouveau dans l’école, comme moi), 3 élèves à profil SEGPA avec un petit niveau fin de CE1, 3 enfants du voyage non lecteurs, et 8 élèves avec PPRE. Pour le reste, environ 5 élèves bons à corrects pour des CM2 et 6 élèves de niveau CM1.

Bref, je craque. Le petit J. met ma classe à sac, il ne supporte pas le mot « règles », les bureaux volent, les compas aussi, les portes claquent et les cris résonnent ; les enfants ont peur… et moi donc ! Mois de novembre : mon corps parle, je dois subir une intervention chirurgicale. A mon retour en janvier, je suis différent. Beaucoup de recul et d’introspection m’ont fait évoluer. Les élèves sont heureux de me retrouver… Je continue mon travail de fond avec le petit J. et tous les autres bien sûr.

Je tiens, tout va mieux. De rendez-vous parents-profs en équipes éducatives, j’arrive tant bien que mal en fin d’année et décide de dire au revoir à mes petites têtes blondes (et brunes) en leur disant un petit mot personnalisé assorti d’un conseil pour le collège. Tout se passe bien pour la moitié de la classe. Le petit J. s’approche et se tient à ma droite. Je le regarde dans les yeux, j’inspire et détourne le regard. Je fonds en larmes : des larmes de joie car J. va entrer au collège et maintenant il se fond presque dans la masse. Il s’agenouille, maintient mon regard et me dit :

Vous êtes le seul qui se soit occupé de moi jusqu’à présent. Merci.

Et maintenant ? Je suis heureux, c’est tout.

Pas si méchants…

Quelquefois, quand je parle des conditions de détention dans les vieilles prisons comme Fresnes, la Santé ou les Baumettes à Marseille, on me répond : ils n’y sont pas pour rien, ils n’avaient qu’à se tenir tranquilles, ou pire : ils sont mieux traités que nos vieux dans les maisons de retraite ! Et çà, ça m’énerve ! Je réponds que moi, mes parents n’iront jamais dans ce genre d’établissement, parce que s’ils ont besoin de moi, je répondrai présent, et que, de toute façon, une peine de prison, c’est déjà 22 heures sur 24 d’enfermement, et ce n’est pas utile d’en rajouter ! Et puis, merde, on a affaire à des hommes, pas à du bétail ! La grosse majorité a été condamnée à une peine de moins de 3 mois, ce qui signifie que beaucoup parmi les donneurs de leçon pourraient un jour passer par la case prison, quant aux autres, ils ne méritent pas moins des conditions correctes d’ « hébergement  » ! Et si se retrouver à deux, parfois trois dans une cellule de 9 mètres carrés prévue pour une personne, c’est mieux qu’une chambre à l’hospice, alors brûlez toutes les maisons de retraite, et occupez-vous de vos « vieux » ! Voilà, c’est dit, je me sens mieux ! Des hommes, je disais, des hommes qui ont commis une erreur, qui la paient, mais qui ont des sentiments, un cœur, comme nous tous. Je me souviens de ce jour, à l’époque il n’y avait pas de télévision dans les cellules, où nous avions organisé une projection du film « Le champion ». C’est l’histoire d’un boxeur à la retraite qui remet les gants pour avoir les moyens de s’occuper de son petit garçon. A la fin, il meurt sur le ring, dans les bras de son fils. Quand j’ai rallumé la lumière, tout le monde était en larmes.

Et cet autre jour où, mes problèmes familiaux prenant le dessus sur ma bonne humeur habituelle, j’étais un peu tendu au moment de commencer mon cours. Un de mes élèves prend la parole et dit : » Ça va pas, prof ? Vous n’êtes pas comme d’habitude ». Je leur raconte sans entrer dans les détails ce qui se passe chez moi. Et là, mon interlocuteur dit, au nom de toute la classe : « Non, prof, si vous n’êtes pas bien, nous on n’est pas bien non plus ! » Cette petite phrase m’a remis du baume au cœur, et la journée a été bien plus agréable que prévu.

Et pour finir, une petite dernière : les cours durant trois heures sans interruption, si ce n’est une pause de dix minutes à la mi-temps, j’avais pris l’habitude pendant les vingt dernières minutes de sortir mon « grimoire ». Un livre d’énigmes mathématiques, à la couverture décorée façon enluminures, d’où le nom que lui ont donné les élèves. Moment de détente attendu par toute la classe (ou presque ). Un matin, j’apprends qu’un de mes élèves, un certain Dupont, qui était régulièrement convoqué chez le surveillant chef, s’était plaint du fait qu’on s’amusait beaucoup en cours de maths. Arrivé en classe, pendant les quelques minutes de discussion habituelles avant de commencer le cours, je glisse une remarque sur le fait qu’un détenu du groupe « balance  » chez le chef, et en plus, critique ma façon de travailler. Ça jette un froid, mais le cours se déroule normalement. Dupont est dans ses petits souliers. A la fin du cours, un des élèves attend que tout le monde soit sorti et me demande : « C’est qui ?  » Je réponds : « Devine ! » . « Dupont ? « . Je ne dis rien, mais il a bien compris.

La prochaine fois que j’aurai cours avec ce groupe, Dupont sera toujours là, mais avec un énorme coquard à l’œil gauche … faut pas toucher à notre prof de math !

Marc Ardhuin

Prof feignasse d’anglais-vache !

Lorsqu’un vendredi de vacances, en bonne feignasse, tu vas traîner au milieu des vaches rouges chez un de tes éleveurs-amis, au soleil, APN en bandoulière, mais carnet et stylo à la main, pour apprendre toutes les subtilités du jugement bovin, et ben, un vendredi soir de vacances, en bonne feignasse, que fais tu ?

Tu renotes tout et puis tu traduis pour tes élèves, tu transpires, tu SOS tes éleveurs-amis étrangers… puisque tu es prof-feignasse « d’anglais-vache » en lycée agricole (et oui, nous aussi, on glande 6 mois par an !). On note le soutien psy du chat-feignasse. Et de la cup of tea.

Suppléante depuis novembre 2011

Suppléante depuis novembre 2011. À temps plein jusqu’à janvier 2015. Congé maternité et difficile de reprendre pendant l’année. Pas de poste sûr dès le retour, donc difficile de trouver une garde pour mon bébé.

Donc j’ai repris en septembre 2016. J’ai su le 25 août que j’allais reprendre dès le 29/08 pour la pré-rentrée. Donc 4 jours pour préparer le maximum de choses pour la rentrée, s’organiser personnellement. Payée un peu plus du smic, enfin, quand je suis payée…. faut pas que je sois pressée pour être payée…

En septembre je n’ai eu « que » 80% de mon salaire et il a été versé le 7/10… En plus des remplacements, je me prépare pour la énième fois au concours. J’ai choisi ce métier par amour et par vocation et pourtant il y a de quoi être écœurée du système.

Pour rien au monde je ne changerais de métier (même si je ne suis pas encore titulaire) et pourtant il faut être motivée pour entendre les critiques diverses et variées et pour être payée aussi peu par rapport aux nombres d’heures qu’on passe en classe ou à travailler pour notre classe, sans parler du niveau d’études demandé.

Si on se respectait tout simplement. 

Je ne pense pas que la question soit de justifier notre temps de travail ou notre salaire !
Nous avons passé un concours et bien choisi notre métier c’est tout. Nous sommes privilégiés et alors ?

Est-ce-que nous allons compter combien de temps bossent vraiment les gens qui sont à 35 heures ?

Combien de temps passent-ils sur le parking à fumer une clope ? Combien de temps sur l’ordi à jouer à Candy Crush ?

Oui, un ouvrier à la chaîne peut nous envier lui, oh oui ! Son temps de travail est chronométré à la minute …. mais tous les autres ?

Maintenant le combat est celui ci : si on se respectait tout simplement.

Course de chaises

Tiens au fait… Je vous ai raconté le jour où après une journée pourrie une collègue et moi avons fait une course de chaises à roulettes dans la salle des profs en oubliant de fermer la porte et comment on a été vues par deux élèves à deux doigts de faire une syncope genre « En fait les profs, c’est drôle ? »  Non ? Ben je vous le dis. Et sachez que ça nous a fait du bien de craquer !

Super feignasse

« Tu fais de l’art ET des expériences en sciences avec tes élèves ? Tu ferais pas mieux de rester sur français-maths ? « . « Participer à la chorale de l’école ??? Mais ils sont capables d’apprendre une VRAIE chanson en entier ? ». »Une expo en art ? Ouais, mais tu as tout fait, c’est pas eux ! »… Petit coup de gueule : « J’ai des élèves pas des plantes vertes » 😦 Bienvenue en ULIS où la super-feignasse a seulement 13 élèves et une avs !