Monsieur le ministre,

 

Je suis l’une de ces directrices qui font tourner la machine école avec mes collègues adjoint-e-s et j’ai écouté, ce dimanche matin, votre intervention sur RTL.

J’avais déjà regardé votre vidéo de vœux et j’étais restée sur ma faim. Sur ma faim de reconnaissance. J’attendais donc un mot de votre part sur l’amélioration de nos conditions de travail, j’ai entendu suppression de poste. Alors que c’est de moyens humains, plus de maîtres que de classes, un vrai RASED dans chaque école, dans toutes les écoles, dont nous avons besoin pour réussir.

J’attendais une décision de revalorisation, de remise à niveau de mon salaire. J’ai entendu heures supplémentaires, “travailler plus pour gagner plus”, alors que nous travaillons bénévolement jusqu’à plus soif, bien au-delà des 108 heures qui nous sont imparties. Ajouter des heures aux heures, encore et encore?

J’ai entendu défiscalisation de ces hypothétiques heures supplémentaires. Elles ne compteront donc pas pour notre de plus en plus lointaine retraite. Vous annoncez un observatoire du pouvoir d’achat. Que souhaitez-vous observer? Interrogez vos services, ils vous diront ce que nous avons comme pouvoir d’achat. Lisez les études de l’OCDE, elles vous diront où se trouve notre pouvoir d’achat. Ce qui n’est pour vous qu’un coût est notre pouvoir d’achat. Ne dépensez pas notre argent en études et observations. Nous pouvons vous dire, nous, que nous sommes déclassés.

J’ai entendu que vous nous écoutez. Vous aviez même l’air sincère. Cela a été pour moi, pour beaucoup d’entre nous, une humiliation de plus. Vous nous écoutez dites-vous? Moi je vous dis que vous ne nous entendez pas. Sans doute parce que vous nous écoutez à travers le matelas de la hiérarchie (pas de vagues). Sans doute parce que vous êtes bien loin de notre réalité. Une visite de quelques minutes dans une école, préparée, peignée, lissée, une discussion entre deux portes avec un-e enseignant-e est une vision faussée de la réalité.

Parce que la réalité, Monsieur le ministre, c’est que nous nous sentons comme une bouée abandonnée en pleine mer. Dans les quartiers, dans les campagnes, derniers représentants des ruines du service public. Seuls, et sans aide, face aux besoins toujours plus prégnants de nos élèves, assistantes sociales, orthophonistes, psychologues, psychomotricien-ne-s, médecin scolaire, médecin de ville, disparus dans la machine à mouliner la société ces dernières années. Seuls face aux parents de plus en plus perdus, de plus en plus souvent agressifs, confrontés à la violence sociale de la société actuelle. Nous nous sentons comme une bouée abandonnée en pleine mer, pas de médecine du travail, pas de gestion des ressources humaines, pas de formation continue de qualité (formations au rabais, imposées, sans relation avec nos besoins), outils inadaptés (matériel personnel, LSU imposé, chronophage et inutile pédagogiquement, magistère désespérant, évaluations nationales détachées de la réalité d’une classe, chronophage, inutilisables…), hiérarchie au mieux inexistante, au pire infantilisante.

Vous ne nous entendez pas. Vos consultations, questions fermées, questionnaires à remplir pendant les vacances, sont une insulte à notre intelligence, à notre expertise. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous nous assénez des changements de programmes (appelez cela comme vous le souhaitez, vous ne leurrez personne) pendant l’été. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous nous faites parvenir vos injonctions à de grandes innovations (croyez-vous réellement avoir inventé le fil à couper le beurre avec une dictée par jour, une chorale dans chaque école, la disparition de la méthode globale (la méthode globale!!! Plus de 30 ans que chaque ministre l’agite sous le nez des parents pour détourner leur regard de la disparition des aides)?) par voie de presse.

Par voie de presse. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous laissez des élus, des journalistes, dénigrer notre fonction, notre mission, en colportant encore et encore la caricature de l’enseignant fainéant et nanti. Vous appelez la bienveillance de vos vœux. Nous n’attendons que cela. Je reste à votre disposition pour plus de précision de ce que nous, professeurs des écoles, directeurs, vivons au quotidien.

Salutations sincères.

par Anne

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Monsieur le ministre,

Je ne suis qu’une petite directrice, pour l’essentiel une professeure des écoles (1/4 de décharge pour 5 classes) et je fais appel à vous, notre ministre, à votre grand sens de la pédagogie, avec votre facilité à communiquer par médias interposés, pour rétablir la vérité face aux affirmations erronées clamées haut et fort par Mme la députée Motin et relayées, sans discernement, par des radios nationales.

Les professeurs des écoles ne peuvent pas et ne pourront pas améliorer leur pouvoir d’achat grâce aux heures supplémentaires. Asséner cette contre vérité au public déjà prompt à nous mésestimer est, pour nous, comme du sel sur des plaies déjà bien profondes.

Si en effet quelques heures supplémentaires sont “disponibles” pour les professeurs des écoles, stages de réussite de quelques heures deux fois par an, payées de 3 à 6 mois plus tard (d’expérience de stage effectué en août pour améliorer les finances de la rentrée, n’est payé que pour Noël) et pour une portion congrue d’entre nous (2 professeurs sur 8 sur notre groupe scolaire) l’essentiel des heures supplémentaires que nous effectuons sont bénévoles.

Nous qui sommes si facilement qualifiés de fainéants ne recevons pas les parents, souvent tôt le matin ou tard le soir, puisqu’ils travaillent, “eux”, en heures supplémentaires.
Nous ne participons pas aux réunions avec la mairie, avec l’association de parents d’élèves, avec la médiathèque, pour l’organisation d’une fête de quartier, d’un comice agricole en heures supplémentaires. Nous ne partons pas en classe de découverte, laissant nos familles pour quelques jours de responsabilité 24 heures sur 24 heures de nos 25 à 30 élèves sur des heures supplémentaires. Le “forfait” de 108 heures (voir le détail ci-dessous) étant soldé dès la fin du premier trimestre nous faisons fonctionner l’école sur un temps qui ne nous est pas compté (ou qui ne compte pas?). Voilà pour le sel.

Ce n’est donc pas, vous le reconnaîtrez, ces heures supplémentaires, qui amélioreront nos fins de mois. Les enseignants sont déclassés d’année en année. Nous sommes les parents pauvres de l’Europe (source OCDE). Nous qui avons la tâche de former les citoyens de demain avons de plus en plus de mal à élever correctement nos propres enfants. Voici les plaies.

Aussi, Monsieur le ministre, je ne vous demande même pas ce que votre collègue à la fonction publique nous refuse, sous prétexte d’économies (que le gouvernement ne fait pas avec les grandes multinationales), de prime ou d’augmentation, mais je demande de reconnaître et de faire connaitre que rien n’est mis en œuvre pour améliorer notre condition de grouillots de l’état, de sherpas de l’élite (naïvement je pensais servir le peuple français).

Je reste à votre disposition pour plus de précisions de ce que nous, professeurs des écoles, directeurs, vivons au quotidien.

Salutations sincères.

 

Pour rappel, forfait de 108 heures:

36 heures d’activités pédagogiques complémentaires face élèves, 24 heures consacrées à l’organisation, projet d’école, accueil des élèves à besoins particuliers, travail de cycle, liaison avec le collège, 24 heures de conseils de maîtres et temps de rencontre avec les parents (rien qu’une demie heure avec chaque parent une fois l’an et… c’est grillé!), 18 heures de formation continue (les commentaires quant au contenu de ces “formations” pourraient faire l’objet un courrier spécifique), 6 heures pour les conseils d’école (si tout se passe bien, si l’on n’est pas obligé d’en réunir un de plus, exceptionnel).

 

par Anne

 

 

 

Pétition adressée à M. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale :

https://www.mesopinions.com/petition/politique/contre-desinformation/56598

Par Les stylos rouges

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C’est la période des vœux et je cherchais comment vous formuler les miens.
Des mots sont venus, pas ceux que j’attendais.
Mais puisqu’ils étaient là je les ai écrits et 
à l’aube de cette nouvelle année je vous les offre :

 

 

Dehors le feu et le sang
Partout
Le chaos
La planète qui meurt
Nos corps empoisonnés
Les animaux torturés
Un monde qui se fracture
Des valeurs pulvérisées
Des téléphones comme compagnons
La misère à nos portes
Le règne des puissants
Les libertés qui reculent
Le fascisme qui rôde

La colère
La peur
Partout
Compliqué
Terrifiant

Et pourtant
Dedans
Chez nous tous
Parfois enfoui
Souvent à fleur de peau
Des émotions intactes
De l’amour
De la générosité
De la compassion
De l’empathie
De l’humour
Et puis les sourires
La tendresse
La transmission

Dehors, le monde s’embrase
Dedans, nos cœurs flambent
Parce qu’on est la cause
Mais aussi la solution

Alors pour 2019 si on faisait le pari de l’intelligence
De nous réveiller
De nous lever
D’avancer
Chacun à notre manière, comme on peut, comme on veut
Chacun à notre rythme, à petits pas ou en courant
Chacun comme on le sent, dans notre coin ou ensemble
Mais sans baisser les bras
Comme des sentinelles
Comme des remparts
Pour nous
Pour nos enfants
Pour la terre que nous leur laisserons

Tant il est vrai que c’est à partir de l’infime que se déploie l’immense

 

Marilyn Buisson

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Voilà, voilà, voilà..
J’ai fait grève.

Mes élèves étaient en classe, comme d’hab.
Parce que le lundi je suis au bureau et que ma collègue n’a pas fait grève. Parce que perdre une journée de salaire c’est compliqué pour beaucoup. Et puis…
Quand on fait grève en élémentaire personne n’est vraiment gêné, la mairie est tenue de mettre en place un service de garde (cela ne s’appelle pas comme ça mais c’est exactement ça). Alors faire grève n’est pas très efficace.
Donc j’ai fait grève mais le travail que je n’ai pas effectué hier s’est juste empilé sur le bureau.
Il reste à faire.
J’ai fait grève en me disant que j’allais apporter ma pierre, porter ma colère avec d’autres. Et que nombreux à être insatisfaits, en colère, nous serions nombreux à le montrer.
10% dit le gouvernement. 30% disent les syndicats. Comme je suis pragmatique j’aurais tendance à couper la poire en deux. Que diriez vous de 20%?
A Blois nous étions 500 à manifester devant la permanence des deux ministres issus de notre département.
Nos délégués, reçus par le préfet, sont ressortis avec le message: “la France est endettée, il faut faire des efforts”.
Faire des efforts c’est travailler au rabais.
C’est maltraiter les plus faibles.
Des classes plus chargées, des enseignants de moins en moins formés, des dispositifs d’aide qui se dissolvent (RASED où es tu?), des outils imposés et le métier dévalorisé par ceux là même qui nous dirigent (ils prescrivent, nous exécutons, plus besoin de réfléchir, trop bêtes nous sommes, l’échec de l’école ne peut être que le notre, pas le leur, à nous donner les moyens de réussir). L’école à deux vitesses avance à grand pas. L’école, sélective, le collège idem. Pour n’envoyer au lycée général que ceux qui proviennent des classes les plus aisées, pour cantonner dans les lycée pro et l’apprentissage ceux qui serviront le capital en travaillant pour que d’autres s’enrichissent, pour survivre.
La France est endettée…
Alors on rabiote sur les fondations même de la société.
L’éducation (et la santé, nul ne l’ignore).
Pensez vous que cette société va encore pouvoir tenir debout longtemps sans fondations? En donnant toujours plus aux mêmes, là haut?
Je sais que je suis qu’une pauvre prof des écoles, pas une première de cordée, mais il me semble que quand une construction, un système, est déséquilibré il se casse la gueule…
Non?
Se mobiliser pour ça pourrait être une idée fédératrice. Un moteur.
Le système maltraite nos enfants, sape la société de demain (d’aujourd’hui aussi).
Se mobiliser.
Mais, je le vois, l’éducation nationale ne coûte pas aux “usagers” (pour l’instant), ce n’est pas visible comme quand on fait son plein. Alors sa détérioration ne fait pas de vague. Il n’y a pas de blocage en vue. Nous allons juste sombrer en silence.

 

texte de Anne Allet

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Se satisfaire, laisser faire…
Ronchonner, parfois, dans son coin, mais rester là, à attendre.
Pendant que d’autres se servent, profitent.
Ce matin, encore, je vais faire un pas de coté.
Je ne serais qu’une goutte d’eau tombée au milieu du désert, avec Gilles nous serons deux, seuls grévistes sur nos lieux de travail, pas de quoi gêner qui que se soit, mais nous ne pouvons pas ronchonner, râler, tempêter et rester là à attendre des jours meilleurs qui ne viendront pas.
L’un comme l’autre nous ne pouvons pas laisser ce gouvernement, et messire Mac Rond, détruire les services publics, école, hôpital, services de proximité dans nos campagnes (et dans les quartiers) sous prétexte que cela coûte trop cher. Trop cher?
L’école qui forme des citoyens éclairés? Notre avenir, non?
Mac Rond et ses potes, nous l’avons bien compris, ne veulent pas de citoyens, ils veulent des consommateurs, décérébrés, de la chair à usine… Travaillez, consommez et taisez vous.
L’hôpital qui soigne la population? Grace à la solidarité de tous.
Aïe! Ce n’est pas rentable. Cela ne rapporte pas aux investisseurs, cela ne rapporte pas de dividendes. C’est incompréhensible pour qui ne pensent que revenu, rendement…
Les services publics? Quoi? Quel est ce gros mot? Service?
Ils n’arrivent plus à l’associer qu’à commercial, qu’à client…
Les vrais services, de la population, qui paye ses impôts, pour la population, coûtent trop chers. A qui? Aux financiers?
Je ne veux pas, JE NE VEUX PAS, que mon travail, mon “investissement” dans la société, serve à engraisser les premiers de cordée. Je ne veux pas que mes enfants, mes élèves ne soient plus que des sherpas pour oligarchie dédaigneuse et vicieuse.
Je ne veux pas que la soupe médiatique nous détourne de nos valeurs.
Liberté Égalité Fraternité
Je ne veux pas laisser le monde sombrer entre pollution et climat détraqué sans lever le petit doigt. Je ne veux pas que l’autre devienne l’ennemi (désigné, bouc émissaire, ça pue!).
Mon doigt, celui de Gilles, ne seront, sans doute, dans ce monde où la plupart ont renoncé, déjà, pas nombreux, pas à la une des journaux, mais ils seront levés. Avec l’espoir que nos petites gouttes dans le désert arrivent à faire fleurir le début d’un autre avenir.

texte de Anne Allet

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Les traitements de Procréation Médicalement Assistée (PMA) sont aujourd’hui très variés : insémination artificielle, fécondation in vitro, micro-injection, etc. Chaque parcours est différent. Leur point commun est qu’ils nécessitent un suivi médical très renforcé (multiples prises de sang, échographies, rendez-vous gynécologiques…).

Si certains de ces rendez-vous peuvent être planifiés à l’avance et hors temps scolaire, d’autres dépendent de facteurs trop imprédictibles pour cela. C’est pourquoi les femmes qui suivent ce type de parcours sont régulièrement absentes et rapidement confrontées à la problématique suivante : que faire pour éviter les remarques des collègues, des parents d’élèves et de son inspecteur ?

Voici quelques témoignages recueillis à ce propos. Tous les prénoms ont été modifiés par souci d’anonymat.

 « Au début de mon parcours, j’ai eu quelques soucis : mon inspectrice m’a demandé de prendre mes rendez-vous hors temps scolaire. J’ai donc été obligée de lui expliquer la raison de mes absences. Depuis je précise toujours. Les secrétaires sont tops ! Hélas, nous sommes nombreuses à avoir ce parcours. »

Valérie

 « J’ai joué franc jeu avec mon équipe et ma circonscription. Ça passe mieux les absences… Mais je culpabilise toujours autant car je ne suis pas remplacée et ça m’ennuie de devoir étaler ma vie privée. »

Anne

Certaines souhaitent garder ce parcours privé. Ainsi, Mélanie, professeur titulaire dans une classe de CE1  a préféré changer de poste et devenir ZIL (professeur effectuant les remplacements) pour éviter les remarques :

« Avec les contrôles à l’hôpital, la radio, les échographies, les ponctions, l’hyperstimulation et les fécondations in vitro, j’ai été très souvent absente. Je devais me justifier auprès des parents sans trop en dire non plus. La plupart des collègues n’étaient pas au courant. Si tu n’es pas remplacée, ce n’est pas agréable pour l’équipe, c’est sûr ! »

 

Depuis la publication de la circulaire du 24 mars 2017, la situation est plus claire : les absences dues à une PMA doivent être autorisées et rémunérées.

La plupart du temps, les équipes de circonscriptions sont très compréhensives. Malheureusement, certaines collègues doivent encore faire face à quelques pratiques des plus maladroites. La mésaventure de Mathilde est édifiante :

 « Le cabinet de ma gynécologue se situe à une demi-heure de route de mon domicile et à 1h30 de mon école. Suivie depuis septembre, je suis régulièrement absente par demi-journée. Malheureusement, je cumule avec une petite santé. Rhino/angine/bronchite… Depuis mercredi dernier, je suis en arrêt lundi et mardi et absente mercredi pour la PMA…. Cet après-midi, je reçois un appel de ma circonscription… L’IEN constate que je ne suis pas assez à l’école et s’interroge sur mon avenir en classe… Je ne savais pas quoi répondre ! La PMA n’est pas un choix ! Et je ne fais exprès d’être malade ?! »

 

« Vous ne pouvez pas comprendre, vous n’avez pas d’enfants. »

 

Mais pour retranscrire le parcours que vivent ces collègues, on ne peut se contenter d’évoquer les absences dues aux rendez-vous médicaux. Il est essentiel de comprendre ce qui s’y joue. Ariane, professeur PDMQDC, m’explique :

« Il y a eu des jours difficiles… avec des nouvelles dures à encaisser et la nécessité de retourner en classe malgré tout… en ravalant les larmes… »

 

Que dire également des collègues qui interrogent sans retenue : « Aloooooors ? Ça a marché ?” » Qu’espèrent-ils ? Une annonce de grossesse des plus fragiles bien loin de la fin du premier trimestre ? Ou l’annonce d’un nouvel échec ?

 

Comment réagir chaque année, lors du mouvement aux traditionnelles remarques : “Si tu veux être prioritaire tu n’as qu’à faire des enfants, c’est facile !” ?

Pauline, professeur dans le secondaire raconte : « L’année dernière, on a supprimé un poste dans mon lycée. Tout le monde – collègues, directeur, inspecteur – m’a balancé que je n’étais pas prioritaire car sans enfant. Je l’ai très mal pris. »

Samira entend elle-aussi souvent que ses 3 heures de route quotidiennes ne sont rien car « elle n’a pas d’enfants » : « Des personnes avec moins d’ancienneté me passent devant pour les postes à cause de cela. Alors la route ne me dérange pas. Mais le “ben ouais t’as pas d’enfant” fait mal à entendre. »

Rachel aussi est exaspérée par ces remarques :

« C’est déjà une souffrance de ne pas réussir à avoir d’enfant et en plus on nous dit en pleine figure, parfois plusieurs fois par jour, que nous ne sommes prioritaires pour rien puisque sans enfant. C’est horrible et ça augmente la souffrance que l’on ressent ! Des collègues avec moins d’ancienneté obtiennent des postes à cause des points enfant et ça, je le vis chaque année de plus en plus mal. A chaque mouvement, c’est comme une deuxième punition. Est-ce que parce qu’on n’a pas la joie d’être maman, il faut nous enlever le droit à un poste fixe définitif ? C’est injuste. On devrait tous être logé à la même enseigne : l’ancienneté de service et c’est tout. »

 

Certains propos qui peuvent paraître anodins renvoient à une dure réalité personnelle. Comme cette fameuse phrase dont les parents d’élèves sont parfois adeptes : « Vous ne pouvez pas comprendre, vous n’avez pas d’enfants. »

Être mère ou ne pas être mère devrait être un choix. Malheureusement la réalité est tout autre.

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Demain, je serai en grève.

J’entends déjà le citoyen lambda : “Aaaaaahhh… Ces fonctionnaires, jamais contents ! Pfff… Avec tous leurs avantages, ils n’ont pas honte !”
Oh que non, je n’ai pas honte de défendre l’école publique !! J’ai choisi de perdre une journée de salaire pour dire ma colère…
Ma colère à propos des suppressions de postes annoncés, et de la surcharge des classes, pour recruter en plus petit nombre et à moindre coût des contractuels non formés au MÉTIER d’enseignant. Car oui, enseigner, ça s’apprend… Qui irait se faire couper les cheveux chez un coiffeur sans formation ? Personne. Pourtant, confier ses enfants à un enseignant pas formé tend à devenir la règle et cela ne gêne personne ?
Ma colère de voir des enfants en situation de handicap toujours en attente de leur AVS à 1 mois et demi de la fin de l’année scolaire.
Ma colère de voir la précarité des postes d’AVS, et les défaillances dans le recrutement. MERCI de tout coeur à nos perles rares qui sont un accompagnement précieux, malgré leur salaire tellement bas !
Ma colère du manque de remplaçants en cas d’absence. La semaine dernière, j’ai travaillé en dormant 4 à 5 h par nuit, en toussant à m’écorcher le gosier nuit et jour parce que je savais que je ne serai pas remplacée… Je suis désolée si malgré mes précautions j’ai contaminé certains de “mes petits”…
Ma colère aussi du manque de considération de notre métier… J’accompagne dans les apprentissages et avec bienveillance entre 21 et 31 enfants chaque année, 6h par jour, quand bien des parents ne supportent plus leur chère progéniture (1 à 3 enfants le plus souvent) au bout de 15 jours de vacances…
Donc oui, je suis en colère… Parce que j’aime mon boulot et que j’entends défendre une qualité de l’enseignement public, gratuit et obligatoire…
Je serai donc en colère, demain, sur le Vieux Port !!….
Merci de m’avoir lue jusqu’au bout !

par Pris Gi, une instit de tout son coeur

 

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